Fiche de recherche, sources indiquées. Les points marqués « à vérifier » ne sont pas encore confirmés par les sources.
En bref
Humaniste picard, Lefèvre a publié en 1523 le premier Nouveau Testament imprimé en français destiné au peuple, puis, en 1530 à Anvers, la première Bible complète en français traduite d’un seul tenant (Bible de Lefèvre d’Étaples). Il traduisait de la Vulgate, en la corrigeant çà et là d’après le grec. Resté dans l’Église catholique, il a préparé le terrain des réformateurs français, dont Pierre Robert Olivétan, qui reprit largement son Nouveau Testament.
Provenance et confession
Lefèvre naît vers 1455 à Étaples, en Picardie ; on ne sait presque rien de sa famille, que la tradition dit modeste. Sa langue est le picard et le français ; il écrit en latin. Formé à l’université de Paris, il y enseigne la philosophie au collège du Cardinal-Lemoine. Ses voyages en Italie le mettent en contact avec Ficin et Pic de la Mirandole et le tournent vers les Pères et l’Écriture. Il est prêtre, sans appartenir à un ordre ; il vit pourtant longtemps comme hôte de l’abbaye bénédictine de Saint-Germain-des-Prés. Il ne quitte jamais l’Église catholique, même lorsque ses écrits sont censurés. Le « cercle de Meaux », réuni autour de l’évêque Briçonnet de 1521 à 1525, est un groupe public de prédicateurs et de lettrés réformistes, documenté par la correspondance de ses membres.
Vie
- Né vers 1455 à Étaples (Picardie). Professeur au collège du Cardinal-Lemoine à Paris, éditeur d’Aristote.
- 1507 : il entre comme hôte à l’abbaye de Saint-Germain-des-Prés, dont l’abbé est Guillaume Briçonnet.
- Psalterium quincuplex (1509, cinq versions latines des Psaumes comparées), Commentaires sur les épîtres de saint Paul (1512), où il affirme que la justification vient de la grâce de Dieu et non des œuvres, avant Martin Luther.
- 1521 : Briçonnet, devenu évêque de Meaux, l’appelle comme vicaire. Autour d’eux, le cercle de Meaux (Guillaume Farel, Gérard Roussel, Michel d’Arande, François Vatable) prêche l’Écriture au peuple.
- 1525 : après Pavie, la Sorbonne et le Parlement poursuivent le cercle ; Lefèvre s’enfuit à Strasbourg. François Ier le rappelle (1526) et le fait précepteur de ses enfants.
- Il finit sa vie à Nérac, sous la protection de Marguerite d’Angoulême, reine de Navarre, et y meurt en 1536.
Influence sur la Bible et la doctrine
Faits documentés.
- 1523 : les Évangiles puis le reste du Nouveau Testament paraissent à Paris chez Simon de Colines, sans nom de traducteur, avec une épître exhortative qui dit que chacun doit avoir l’Évangile dans sa langue.
- 1524-1528 : Psautier et parties de l’Ancien Testament (impressions à Anvers après 1525).
- 1530 : la Bible complète, imprimée à Anvers par Martin Lempereur (Merten de Keyser), avec privilège impérial de Charles Quint. Elle est révisée par les théologiens de Louvain, ce qui aboutit à la Bible de Louvain (1550).
- Le texte suit la Vulgate ; il contient donc la Comma Johanneum et le « livre de vie » d’Ap 22:19. Lefèvre corrige parfois la Vulgate d’après le grec, en marge ou dans le texte (étendue exacte à vérifier).
- La Sorbonne condamne ses traductions et ses commentaires (1523-1525), et ses livres sont brûlés à Paris.
Interprétation. Lefèvre est un pont. Sa théologie de la grâce et sa passion pour l’Écriture en langue commune annoncent la Réforme, mais il n’a pas rompu avec Rome et n’a pas traduit des originaux. Sa langue simple a été reprise par Olivétan, et par lui dans toute la tradition protestante française.
Financement et réseaux
- Documenté : protection et appui de Guillaume Briçonnet (hébergement à Saint-Germain-des-Prés, charge de vicaire à Meaux) ; protection de Marguerite d’Angoulême, sœur de François Ier, et de François Ier lui-même, qui le soustrait à la Sorbonne. L’impression anversoise de 1530 est une entreprise commerciale de Lempereur.
- Allégué : on a dit que Marguerite finançait directement ses traductions ; sa protection est certaine, un paiement direct n’est pas établi (à vérifier).
- Non démontré : aucun financement occulte.
Signaux d’alerte
Aucun signal documenté. Sa protection par Briçonnet, Marguerite de Navarre et François Ier est publique ; il a signé ses commentaires de son nom et a été poursuivi pour eux. Rien de suspect.
Pourquoi cette note
Quatre étoiles : premier Nouveau Testament et première Bible complète en français pour le peuple, théologie de la grâce, persécution subie. Réserves : traduction depuis la Vulgate et non des originaux, corrections d’après le grec limitées.
Voir aussi
- Bible de Lefèvre d’Étaples
- Pierre Robert Olivétan et Bible d’Olivétan
- Bible de Louvain
- Jean Calvin
- Vulgate
Sources
- Guy Bedouelle, Lefèvre d’Étaples et l’intelligence des Écritures, Genève, Droz, 1976.
- Philip Edgcumbe Hughes, Lefèvre: Pioneer of Ecclesiastical Renewal in France, Grand Rapids, 1984.
- Bettye Thomas Chambers, Bibliography of French Bibles: Fifteenth- and Sixteenth-Century French-Language Editions, Genève, Droz, 1983.
- Pierre-Maurice Bogaert (dir.), Les Bibles en français. Histoire illustrée du Moyen Âge à nos jours, Turnhout, Brepols, 1991.
- Michel Veissière, L’évêque Guillaume Briçonnet (1470-1534), Provins, 1986 (sur le cercle de Meaux).