Fiche de recherche, sources indiquées. Évaluation proposée, pas encore confirmée. Les points marqués « à vérifier » ne sont pas encore confirmés par les sources.
En bref
La Bible catholique officielle des pays de langue française pendant près de deux siècles. Publiée à Louvain en 1550 par les théologiens de l’université, sous privilège de Charles Quint, pour opposer aux Bibles protestantes un texte « sûr ». C’est en réalité une révision de la Bible de Lefèvre d’Étaples, corrigée sur la Vulgate et débarrassée de ce qui sentait la Réforme, avec des emprunts à la Bible d’Olivétan.
Histoire
Faits documentés. Après le concile de Trente, qui déclare la Vulgate « authentique » (1546), Charles Quint veut des Bibles en langue vulgaire contrôlées par l’Église pour ses Pays-Bas. L’université de Louvain dresse en 1546 un index de livres interdits où figurent les Bibles françaises existantes. Une Bible latine révisée (la « Vulgate de Louvain », 1547), une Bible néerlandaise (1548) puis la Bible française (1550) paraissent chez l’imprimeur Barthélemy de Grave, avec Antoine-Marie Bergagne et Jean de Waen. Le travail français est attribué à Nicolas de Leuze, aidé de François de Larben. Britannica la décrit comme une version tirée à la fois de Lefèvre et d’Olivétan ; d’autres historiens y voient d’abord une révision de Lefèvre.
Elle est rééditée et révisée de nombreuses fois (notamment à Paris et à Lyon) et reste la Bible catholique française de référence jusqu’à la fin du XVIIe siècle, où la Bible de Port-Royal la remplace dans l’usage lettré.
Financement. Documenté : entreprise impériale et universitaire ; privilège exclusif accordé par Charles Quint à l’imprimeur. Le but déclaré était de remplacer les traductions protestantes. Allégué : rien de notable. Non démontré : pas de financement privé particulier connu.
Texte source et méthode
Traduction de la Vulgate (version de Louvain), avec quelques consultations du grec et de l’hébreu selon certains auteurs. Méthode littérale. Les passages où Olivétan avait traduit d’après l’hébreu sont ramenés au latin.
Passages témoins
| Passage | Traitement |
|---|---|
| Mt 24:34 | Suit generatio : « génération » (à vérifier). |
| Ap 1:1 | Suit cito : « bientôt » (à vérifier). |
| 1 Jn 5:7-8 | Présent, comme dans les Vulgates de Louvain (à vérifier). |
| Mc 16:9-20 | Présent. |
| 1 Tm 3:16 | Suit quod : le mystère qui a été manifesté (à vérifier). |
| Ap 22:19 | Selon le latin utilisé, « livre de vie » est probable pour les Vulgates du XVIe siècle (à vérifier). |
Notes, livres et doctrine
Contient tous les deutérocanoniques intégrés au canon, conformément à Trente. Préfaces et annotations orientées contre les « hérétiques » : la lecture de la Bible par les laïcs est encadrée par l’Église. Ce n’est pas le texte qui est falsifié, c’est l’accès qui est contrôlé.
Ce qu’on lui reproche
- Une Bible protestante rhabillée. Reproche des historiens protestants et constat des bibliographes : la Bible de Louvain reprend largement Lefèvre et emprunte à Olivétan, sans le dire. Passage : l’ensemble. Pourquoi : les théologiens de Louvain voulaient vite un texte « sûr » pour remplacer les Bibles interdites ; corriger un texte existant sur la Vulgate était le moyen le plus rapide. Réponse : les éditeurs ont bel et bien revu le texte sur la Vulgate de Louvain et ôté ce qui sentait la Réforme ; la part exacte des emprunts est discutée (Britannica et Bogaert ne la mesurent pas de la même façon).
- Ramener au latin ce qu’Olivétan avait rendu d’après l’hébreu. Reproche protestant. Passage : l’Ancien Testament. Pourquoi : après Trente (1546), la Vulgate est déclarée « authentique » pour l’usage public de l’Église. Réponse : pour une Bible catholique officielle, c’était la règle.
- Encadrer la lecture plutôt que la permettre. Reproche protestant : préfaces et annotations mettent en garde contre les traductions « hérétiques » et soumettent la lecture des laïcs à l’Église. Pourquoi : commande de Charles Quint dans un contexte de répression de la Réforme aux Pays-Bas. Réponse : les défenseurs catholiques y voient au contraire la première Bible française complète autorisée, qui mettait l’Écriture à la portée des fidèles.
Versets ajoutés ou retirés
- Deutérocanoniques intégrés au canon, conformément à Trente.
- Pour 1 Jean 5-7-8 - la Comma johannique, 1 Timothée 3-16 - Dieu manifesté et Apocalypse 22-19 - livre de vie ou arbre de vie, la traduction suit la Vulgate de Louvain ; non vérifié sur l’édition de 1550 : à vérifier.
Pourquoi cette note
Qualités : traduction honnête et littérale de la Vulgate, longtemps lue par les catholiques francophones. Réserves : elle traduit une traduction et ramène au latin des passages qu’Olivétan avait rendus d’après l’hébreu ; préfaces et annotations polémiques contre les traductions rivales ; commande d’un pouvoir (l’empereur et l’université) dont le but déclaré était de remplacer d’autres Bibles. Le contexte de censure est un fait historique ; il pèse sur le critère d’indépendance, non sur l’exactitude du texte, qui reste une traduction honnête de sa source. 3/5.
Voir aussi
- Bible de Lefèvre d’Étaples · Bible d’Olivétan · Bible de Port-Royal
- Vulgate · Jérôme de Stridon
- Bible de Douai-Reims (équivalent anglais de cette politique)
Sources
- « Louvain Bible », Encyclopaedia Britannica (consulté le 2026-10-27).
- De Gulden Passer, 34 (1956), article sur les Bibles de Barthélemy de Grave (dbnl.org).
- Notice de l’édition 1550, Centre for Reformation and Renaissance Studies, Université de Toronto.
- P.-M. Bogaert (dir.), Les Bibles en français, Brepols, 1991.
- B. T. Chambers, Bibliography of French Bibles, t. I, Droz, 1983.
- Frédéric Delforge, La Bible en France et dans la francophonie, Publisud / Société biblique française, 1991.