En bref
Réformateur de Genève, Calvin a préfacé la Bible d’Olivétan (1535), puis dirigé pendant vingt-cinq ans la révision de la Bible française qui deviendra la Bible de Genève française (1560, 1588). Ses commentaires couvrent presque toute l’Écriture, sauf l’Apocalypse. Il a fait de Genève un centre d’impression et d’exil d’où sont sorties aussi la Bible de Genève anglaise et des Bibles en italien et en espagnol. Sa responsabilité dans l’exécution de Michel Servet reste une tache.
Provenance et confession
Jean Cauvin (latinisé en Calvinus) naît le 10 juillet 1509 à Noyon. Son père, Gérard, est notaire et homme d’affaires du chapitre cathédral et de l’évêque ; ce lien procure à l’enfant, tonsuré, des bénéfices ecclésiastiques qui financent ses études. Sa langue est le français ; il écrit aussi en latin. Il étudie à Paris (collèges de la Marche et de Montaigu), puis le droit à Orléans et à Bourges, où il apprend le grec auprès de Melchior Wolmar. Né catholique, il se convertit à la Réforme vers 1533 et résigne ses bénéfices à Noyon en mai 1534. Il n’a jamais été ordonné prêtre ; il devient pasteur à Genève. Aucune appartenance à une société ou un cercle n’est documentée. La rumeur d’une origine juive (« Cauin », « Cohen ») ne repose sur aucun document : le nom Cauvin est picard et la famille est connue sur plusieurs générations.
Vie
- Né le 10 juillet 1509 à Noyon. Études à Paris (collège de Montaigu), droit à Orléans et Bourges, humanisme (commentaire du De clementia de Sénèque, 1532).
- Conversion « subite » (selon sa préface aux Psaumes, 1557), vers 1533. Fuite de Paris après le discours de Nicolas Cop (1533) ; affaire des Placards (1534).
- 1536 : Institution de la religion chrétienne (en latin à Bâle, en français en 1541). Retenu à Genève par Farel.
- 1538 : chassé de Genève ; pasteur des réfugiés français à Strasbourg avec Bucer (1538-1541).
- 1541 : rappelé à Genève, Ordonnances ecclésiastiques, consistoire.
- 1553 : Michel Servet, antitrinitaire, est arrêté à Genève à l’initiative de Calvin, jugé par le Conseil et brûlé le 27 octobre ; Calvin avait demandé une exécution moins cruelle (par le glaive), mais approuvé la peine de mort.
- 1559 : Académie de Genève, confiée à Théodore de Bèze. Calvin meurt le 27 mai 1564.
Influence sur la Bible et la doctrine
Faits documentés.
- 1535 : préfaces latine et française de la Bible d’Olivétan.
- Révisions du Nouveau Testament et de la Bible d’Olivétan, souvent sans son nom : 1543, 1545, 1551, 1553, 1560. L’édition de 1560 est la base de la Bible de Genève ; la révision complète par la Compagnie des pasteurs paraît en 1588, après sa mort.
- Commentaires sur tout le Nouveau Testament sauf 2 et 3 Jean et l’Apocalypse, et sur la plupart des livres de l’Ancien Testament. Sur Mt 24, il rapporte l’annonce de Jésus en grande partie à la ruine de Jérusalem, tout en étendant certains versets à la fin du monde (Harmonie évangélique, 1555) ; sa lecture combine donc les deux applications.
- Son principe herméneutique : brevitas et facilitas, expliquer le sens simple et naturel, contre l’allégorie.
Doctrine. Prédestination double, souveraineté de Dieu, présence spirituelle du Christ dans la Cène, discipline ecclésiastique. Il n’a pas enseigné de règne terrestre futur de mille ans : il rejette le chiliasme comme une fiction puérile (Institution, III, 25, 5).
Interprétation. Calvin est souvent tenu, y compris par des historiens qui ne partagent pas sa théologie, pour l’un des exégètes les plus rigoureux de la Réforme : sobre, attentif au sens grammatical et historique. Il n’a pas commenté l’Apocalypse ; ses raisons ne sont pas connues avec certitude. Mais la Genève de Calvin a aussi brûlé un homme pour ses idées sur la Trinité, et Calvin a défendu cette exécution par écrit (Defensio orthodoxae fidei, 1554), ce qui provoqua la réponse de Sébastien Castellion.
Financement et réseaux
- Documenté : Calvin était salarié de la République de Genève (gages de pasteur, logement). L’impression des Bibles à Genève était une industrie privée florissante (Robert Estienne, Jean Crespin, Conrad Badius, Jean Gérard), alimentée par les réfugiés français.
- Allégué : des auteurs polémistes catholiques (Jérôme Bolsec, Vie de Calvin, 1577) ont lancé des accusations morales contre lui ; elles ne reposent sur aucune preuve. Sur Internet, on lit que Calvin était juif d’origine (« Cauin » / « Cohen ») ou financé par des banquiers : c’est sans fondement documentaire.
- Non démontré : aucun financement extérieur de ses travaux bibliques.
Signaux d’alerte
- 7. Pouvoir politique servi (documenté) : à Genève, sa discipline ecclésiastique s’appuie sur le magistrat ; le Conseil fait exécuter Michel Servet (1553) avec son approbation. Le rapport est d’ailleurs conflictuel : Calvin a été chassé de Genève en 1538 et s’est souvent heurté au Conseil.
- 1. Passé caché ou mensonger (allégué par Jérôme Bolsec, dans Histoire de la vie, mœurs, actes, doctrine… de Jean Calvin, 1577) : Bolsec affirme qu’il aurait été condamné à Noyon pour un crime de mœurs. Aucun document de Noyon ne le confirme ; les historiens tiennent ce récit pour un pamphlet.
Conclusion : un signal documenté, commun aux Églises d’État du XVIe siècle, et une allégation de pamphlet sans preuve. Rien de suspect sur le plan de l’infiltration ; l’affaire Servet reste le point grave de sa vie.
Pourquoi cette note
Quatre étoiles : exégèse attentive au texte, révision continue de la Bible française vers plus de fidélité aux originaux, Genève comme refuge des traducteurs, revenus connus et modestes. Réserves sérieuses : l’affaire Servet et une Église adossée au magistrat, qui contraignait les consciences.
Voir aussi
- Pierre Robert Olivétan
- Bible d’Olivétan
- Bible de Genève française
- Théodore de Bèze
- Sébastien Castellion
- Robert Estienne
- Prétérisme
Sources
- Bernard Cottret, Calvin : biographie, Paris, Lattès, 1995.
- Calvin, Commentaires sur le Nouveau Testament et Institution de la religion chrétienne (1560), éd. Labor et Fides.
- Max Engammare, « Cinquante ans de révision de la traduction biblique d’Olivétan », Bibliothèque d’Humanisme et Renaissance 53 (1991).
- T. H. L. Parker, Calvin’s New Testament Commentaries, 2e éd., Édimbourg, 1993.
- Jérôme Bolsec, Histoire de la vie, mœurs, actes, doctrine, constance et mort de Jean Calvin, Lyon, 1577 (pamphlet hostile, cité comme source de l’allégation).