En bref
Explorateur écossais, James Bruce a séjourné en Abyssinie (Éthiopie) de 1769 à 1771, à la recherche des sources du Nil. Il en a rapporté plusieurs manuscrits en guèze, dont trois exemplaires du Livre d’Hénoch, perdu en Occident depuis l’Antiquité tardive mais conservé dans le canon de l’Église éthiopienne. Sans lui, la redécouverte d’Hénoch, citée dans Jude 14-15, aurait sans doute attendu des décennies.
Provenance et confession
James Bruce naît le 14 décembre 1730 à Kinnaird House, près de Larbert, dans le Stirlingshire : il est l’héritier d’une famille de petite noblesse terrienne (les lairds de Kinnaird), qui se réclamait d’une parenté avec le roi Robert Bruce. Sa langue est l’anglais (et l’écossais) ; il apprendra l’arabe, le guèze et l’amharique. Il étudie à Harrow, puis le droit à l’université d’Édimbourg, avant d’entrer dans le commerce des vins par son premier mariage. Sa confession n’est pas précisée par les notices consultées : il est protestant, dans l’Écosse presbytérienne de son temps, sans engagement ecclésial connu. Il n’est pas ordonné et n’appartient à aucun ordre. Appartenances documentées : il est initié franc-maçon dans la loge Canongate Kilwinning n° 2 d’Édimbourg le 1er août 1753, et il est membre de la Royal Society. Il hérite du domaine de Kinnaird à la mort de son père en 1758, ce qui finance ses voyages.
Vie
- Né en 1730 au domaine de Kinnaird (Stirlingshire, Écosse). Études à Harrow et à Édimbourg ; il s’occupe un temps du commerce des vins.
- Apprend l’arabe et des rudiments de guèze (éthiopien classique). Consul britannique à Alger (1763-1765), puis voyages en Afrique du Nord et en Méditerranée orientale.
- 1768 : part du Caire, remonte le Nil, passe par Massaoua (1769) et gagne Gondar, capitale éthiopienne, en 1770. Il fréquente la cour du négus et les factions de la guerre civile.
- Novembre 1770 : atteint les sources du Nil Bleu près de Gish Abay, qu’il croit être la source du Nil.
- Rentre en Europe (1773-1774). Ses récits sont accueillis avec incrédulité à Londres.
- Travels to Discover the Source of the Nile (5 vol., Édimbourg, 1790). Meurt en 1794 d’une chute dans l’escalier de sa maison de Kinnaird.
Influence sur la Bible et la doctrine
Le Livre d’Hénoch (faits). En Occident, Hénoch n’était connu que par des citations (Jude 14-15, les Pères, et les extraits grecs de Georges le Syncelle). Bruce rapporte d’Éthiopie trois exemplaires en guèze du livre. Selon ses propres indications : l’un est offert à la Bibliothèque royale de Paris (Louis XV), un autre à la Bodleian Library d’Oxford, et un troisième, inclus dans un manuscrit biblique, reste dans sa collection (aujourd’hui MS Bruce 74, passé à la Bodleian avec la collection de manuscrits de Bruce, achetée par la bibliothèque en 1843). C’est à partir de l’exemplaire d’Oxford que Richard Laurence donne la première traduction anglaise (1821), et Silvestre de Sacy publie dès 1800 des extraits latins tirés de l’exemplaire de Paris.
Autres manuscrits (faits). Bruce rapporte aussi des livres de l’Ancien Testament en guèze, des chroniques royales et le Kebra Nagast, qu’il fait connaître en Europe.
Pourquoi c’est important. Toute la tradition occidentale du texte éthiopien d’Hénoch commence avec les manuscrits de Bruce. Les découvertes araméennes de Qumrân (1947 et suivantes) ont confirmé l’ancienneté du livre (voir Manuscrits de la mer Morte) ; mais le texte complet n’existe qu’en guèze (voir Bible éthiopienne (guèze)).
Interprétation. Bruce n’était pas un homme d’Église ni un traducteur. Il était vaniteux, parfois inexact dans ses récits, et il cherchait la gloire de l’explorateur. Mais il a vu la valeur d’un livre que l’Europe avait perdu, et il l’a rapporté et donné aux bibliothèques publiques.
Financement et réseaux
- Documenté : voyage financé en grande partie sur sa fortune personnelle ; protection officielle comme ancien consul britannique ; relations avec la cour de France (Buffon, le roi) à son retour.
- Allégué : rien de notable.
- Non démontré : aucun commanditaire religieux ou politique de la recherche d’Hénoch.
Signaux d’alerte
- 3. Société secrète ou occulte (documenté) : Bruce est franc-maçon, initié dans la loge Canongate Kilwinning n° 2 d’Édimbourg le 1er août 1753 ; la loge le compte parmi ses membres illustres (« the Abyssinian Traveller »). En proportion : la franc-maçonnerie écossaise du XVIIIe siècle recrutait largement dans la gentry et les milieux savants ; et Bruce n’était ni homme d’Église, ni traducteur, ni éditeur du texte : il a rapporté des manuscrits et les a donnés à des bibliothèques publiques, où chacun a pu les vérifier.
- 8. Double allégeance (allégué par Graham Hancock, The Sign and the Seal, 1992, qui rapporte que le comte d’Elgin le disait actif dans la maçonnerie « spéculative », et suggéré par Miles Bredin, The Pale Abyssinian, 2000) : son voyage aurait obéi à une quête maçonnique ou templière (l’Arche d’alliance, le temple de Salomon) plutôt qu’à la seule recherche du Nil. Hypothèse non démontrée ; un critique de Bredin juge ces indices peu convaincants.
Conclusion : un signal documenté ; il ne touche pas le texte d’Hénoch, dont les manuscrits sont éthiopiens et indépendants de Bruce, mais la question de ses motivations (maçonniques ou templières) pourrait faire l’objet d’une enquête plus poussée dans ses papiers.
Pourquoi cette note
★★★★☆ : apport décisif et durable pour la transmission d’un texte cité par l’Écriture elle-même (Jude). Pas 5, parce que son rôle est celui d’un collectionneur, non d’un serviteur de la Parole au sens du barème, et parce que ses récits de voyage comportent des inexactitudes.
Voir aussi
- Richard Laurence · August Dillmann · Robert Henry Charles
- Bible éthiopienne (guèze) · Frumence d’Aksoum · Manuscrits de la mer Morte
Sources
- James Bruce, Travels to Discover the Source of the Nile, in the Years 1768-1773, 5 vol., Édimbourg, 1790.
- Miles Bredin, The Pale Abyssinian: A Life of James Bruce, Londres, 2000.
- George W. E. Nickelsburg, 1 Enoch 1, Hermeneia, Fortress Press, 2001 (introduction, histoire des manuscrits).
- R. H. Charles, The Book of Enoch, Oxford, 1912 (introduction).
- Graham Hancock, The Sign and the Seal, Londres, 1992 (appartenance maçonnique, hypothèse sur l’Arche).
- Wikipédia (anglais), « James Bruce » (naissance, études, initiation maçonnique du 1er août 1753) ; historique de la loge Canongate Kilwinning n° 2.