Fiche de recherche, sources indiquées. Les points marqués « à vérifier » ne sont pas encore confirmés par les sources.
Critère de la note : fiabilité comme base de traduction, c’est-à-dire ancienneté, exactitude des copies, utilité pour vérifier le texte massorétique, la Septante et les autres témoins. La note tient compte de l’état fragmentaire, qui empêche de traduire à partir d’eux seuls.
En bref
Découverts entre 1947 et 1956 dans onze grottes près de Qumrân, sur la rive nord-ouest de la mer Morte, ces manuscrits ont reculé de mille ans la connaissance du texte hébreu. Ils comprennent des copies de presque tous les livres de l’Ancien Testament, des commentaires, des règles de communauté et des livres comme Hénoch et les Jubilés. Ils ont été copiés jusqu’à la destruction du site par les Romains, vers 68, pendant la guerre qui a mené à la chute de Jérusalem.
Histoire
Faits documentés.
- Fin 1946 ou début 1947, des bergers bédouins (dont Muhammad edh-Dhib) trouvent des jarres dans la grotte 1. Sept rouleaux, dont le grand rouleau d’Isaïe (1QIsa a), passent par un antiquaire de Bethléem au métropolite syrien Athanasius Samuel et au professeur Eleazar Sukenik.
- En 1954, le métropolite met quatre rouleaux en vente dans le Wall Street Journal ; Yigael Yadin les achète discrètement pour l’État d’Israël (250 000 dollars), avec l’aide du mécène D. Samuel Gottesman.
- De 1949 à 1956, le père Roland de Vaux et G. Lankester Harding fouillent Qumrân et les grottes. La grotte 4 livre environ 15 000 fragments. Une équipe internationale, sans savant juif, est chargée de les publier ; la publication traîne jusqu’en 1991, quand les photographies deviennent publiques.
- Datation : paléographie et carbone 14 placent les manuscrits entre le IIIe siècle avant J.-C. et le Ier siècle après J.-C.
- Parmi les textes non bibliques, des fragments araméens de onze copies environ du livre d’Hénoch (publiés par Józef Milik en 1976) attestent l’ancienneté de 1 Hénoch, dont la Bible éthiopienne (guèze) a gardé le texte complet.
Allégations. Michael Baigent et Richard Leigh (The Dead Sea Scrolls Deception, 1991) ont accusé le Vatican d’avoir retardé la publication pour cacher des textes gênants. Le jésuite José O’Callaghan a proposé (1972) que le fragment grec 7Q5 soit un passage de Marc (6:52-53). John Allegro a tiré des rouleaux une théorie sur des cultes hallucinogènes (The Sacred Mushroom and the Cross, 1970). Aucune de ces thèses n’est confirmée par les fragments publiés ; l’identification de 7Q5 est rejetée par la plupart des papyrologues.
Fiabilité : arguments
Pour.
- Le grand rouleau d’Isaïe, vieux d’environ 2 100 ans, s’accorde pour l’essentiel avec le Texte massorétique médiéval. C’est la meilleure preuve matérielle de la fidélité de la transmission juive.
- Les rouleaux permettent de trancher des passages difficiles : 4QSam a garde un paragraphe sur Nahash avant 1 S 11 (aussi chez Flavius Josèphe) ; 11QPs a garde le verset noun du Ps 145 ; 4QDeut j lit « fils de Dieu » en Dt 32:8.
- Ils éclairent le monde du Nouveau Testament : attente messianique, vocabulaire (« fils de lumière »), interprétations de Daniel et d’Habacuc comme s’accomplissant dans la génération présente.
Réserves.
- Ils sont fragmentaires : seuls quelques rouleaux sont presque complets. On ne peut pas traduire un Ancien Testament à partir d’eux seuls.
- Ils montrent plusieurs formes de texte : proto-massorétique, pré-samaritaine, proche de la Septante (4QJer b, Jérémie court). Ils témoignent d’une époque où le texte n’était pas encore unifié, ce qui oblige à juger chaque passage.
- L’identité des copistes (Esséniens selon De Vaux) est discutée.
Financement
- Documenté : rachat des fragments par le gouvernement jordanien et par des institutions étrangères (Université McGill, Bibliothèque vaticane, Manchester, Heidelberg, McCormick Theological Seminary, All Souls College d’Oxford) ; achat des quatre rouleaux de 1954 par Israël avec l’aide de D. S. Gottesman ; conservation au musée archéologique de Palestine, construit avec un don de John D. Rockefeller Jr., d’où son nom de musée Rockefeller.
- Allégué : contrôle du Vatican sur la publication (Baigent et Leigh) ; financement de l’équipe par Rockefeller (mentionné par plusieurs historiens, montant à vérifier).
- Non démontré : la destruction ou la dissimulation de textes pour leur contenu.
Pourquoi cette note
Quatre étoiles : témoins de premier ordre, les plus anciens, qui confirment la fidélité du texte hébreu et corrigent quelques passages. Ils ne reçoivent pas cinq étoiles parce qu’ils sont fragmentaires et pluriels : ce sont des instruments de vérification, non une base continue de traduction.
Voir aussi
- Roland de Vaux · Texte massorétique · Codex d’Alep · Septante · Pentateuque samaritain
- Bible éthiopienne (guèze) · Richard Laurence · Robert Henry Charles · August Dillmann
- John D. Rockefeller Jr. · Financements - documenté et allégué
- Prétérisme · Futurisme (lectures de Daniel et des prophéties, éclairées par les commentaires de Qumrân)
Sources
- Emanuel Tov, Textual Criticism of the Hebrew Bible, 3e éd., 2012.
- James C. VanderKam et Peter Flint, The Meaning of the Dead Sea Scrolls, HarperSanFrancisco, 2002.
- Józef T. Milik, The Books of Enoch: Aramaic Fragments of Qumrân Cave 4, Oxford, 1976.
- Yigael Yadin, The Message of the Scrolls, 1957.
- Michael Baigent et Richard Leigh, The Dead Sea Scrolls Deception, 1991 (thèse alléguée).