Fiche de recherche, sources indiquées. Les points marqués « à vérifier » ne sont pas encore confirmés par les sources.
En bref
Prêtre de Prague et prédicateur en langue tchèque, Hus a repris les idées de John Wycliffe sur l’autorité de l’Écriture et la corruption du clergé. Convoqué au concile de Constance sous sauf-conduit impérial, il est emprisonné, condamné et brûlé vif le 6 juillet 1415. Son exemple a nourri l’Unité des Frères (Unitas Fratrum), qui donnera la Bible de Kralice.
Provenance et confession
Jan Hus naît vers 1370 à Husinec, en Bohême du Sud, dans une famille de paysans pauvres ; son nom vient de son village. Sa langue est le tchèque, qu’il a défendu et prêché ; il écrit ses ouvrages savants en latin. Il gagne sa vie comme étudiant en servant à l’église, puis obtient à l’université de Prague la maîtrise ès arts (1396) et poursuit la théologie sans aller jusqu’au doctorat. Il est ordonné prêtre en 1400. Né catholique, il ne s’est jamais séparé de l’Église de son propre chef : il en appelait au concile et au Christ contre les décisions du pape, et il est mort prêtre condamné, non fondateur d’Église. Il n’appartient à aucun ordre religieux. Les institutions qui portent sa trace (Église hussite, Unité des Frères) se sont formées après sa mort.
Vie
- Né vers 1370 à Husinec (Bohême du Sud), d’une famille pauvre ; maître ès arts à Prague (1396), prêtre (1400).
- À partir de 1402, prédicateur de la chapelle de Bethléem à Prague, fondée en 1391 pour la prédication en tchèque.
- Lecteur et défenseur de Wycliffe, dont les écrits circulent en Bohême depuis le mariage de Richard II avec Anne de Bohême (1382).
- Recteur de l’université (1409-1410), après le décret de Kutná Hora qui donne la majorité aux Tchèques.
- 1410 : l’archevêque Zbyněk fait brûler des livres de Wycliffe ; Hus est excommunié (1411, puis aggravé en 1412 après son opposition à la vente des indulgences de Jean XXIII).
- 1413 : De ecclesia, qui définit l’Église comme l’ensemble des prédestinés et nie que le pape en soit la tête nécessaire.
- 1414 : il se rend à Constance avec un sauf-conduit de l’empereur Sigismond ; arrêté en novembre, condamné le 6 juillet 1415, brûlé le jour même. Son ami Jérôme de Prague est brûlé en 1416.
Influence sur la Bible et la doctrine
Faits documentés. Hus a prêché, écrit et commenté l’Écriture en tchèque (Postilla, 1413 ; Explication de la foi, du Décalogue et du Notre Père). La Bible tchèque existait déjà en manuscrits au XIVe siècle ; on lui attribue souvent une révision du texte tchèque du Nouveau Testament vers 1410-1414, mais cette attribution est débattue (à vérifier). Le traité De orthographia bohemica (signes diacritiques encore en usage), qu’on lui attribue, est aussi d’attribution discutée.
Son principe : la loi du Christ, contenue dans l’Écriture, juge l’Église et le pape. Il n’a pas rejeté la Vulgate ni développé de critique textuelle.
Postérité. Les hussites (calixtins et taborites), puis l’Unité des Frères (1457), ont gardé la Bible au centre. Les Frères ont publié la Bible de Kralice (1579-1593), traduite des originaux, qui reste la Bible classique tchèque (elle n’a pas de fiche dans ce recueil).
Interprétation. Hus est un témoin plus qu’un traducteur : il a payé de sa vie la conviction que l’Écriture prime sur l’institution. Certains taborites ont ensuite développé une eschatologie radicale et armée, qu’on ne peut lui imputer.
Financement et réseaux
- Documenté : soutien politique du roi Venceslas IV pendant un temps, et d’une partie de la noblesse tchèque (protestation de 452 nobles après sa mort, 1415). La chapelle de Bethléem vivait d’une fondation de bourgeois pragois (Jan de Mühlheim et Václav Kříž, 1391).
- Allégué : aucune allégation sérieuse de financement occulte.
- Non démontré : aucun financement d’une traduction par un tiers.
Signaux d’alerte
Aucun signal documenté. Le soutien du roi Venceslas IV et de la noblesse tchèque est public et intermittent ; Hus ne doit son titre qu’à un cursus universitaire normal, et rien ne le relie à un financement caché ou à un cercle secret. Rien de suspect.
Pourquoi cette note
Quatre étoiles : fidélité à l’autorité de l’Écriture jusqu’à la mort, prédication dans la langue du peuple, fruit durable. Pas cinq parce que son rôle direct dans la traduction est incertain et qu’il n’a laissé aucun texte biblique qu’on puisse juger sur les originaux (il travaillait à partir de la Vulgate).
Voir aussi
- John Wycliffe
- Bible de Wycliffe
- Martin Luther (qui écrivit à Spalatin en février 1520 que « nous sommes tous hussites » sans le savoir)
- Pierre Valdo
Sources
- Matthew Spinka, John Hus: A Biography, Princeton, 1968.
- Thomas A. Fudge, Jan Hus: Religious Reform and Social Revolution in Bohemia, Londres, 2010.
- Pierre de Mladoňovice, Relatio de Mag. Joannis Hus causa (témoin oculaire du procès), trad. anglaise Spinka, John Hus at the Council of Constance, 1965.
- František Šmahel, Die Hussitische Revolution, 3 vol., Hanovre, 2002.