En bref
La Bible dite de Wycliffe est la première Bible complète en anglais. Elle fut faite à Oxford autour de John Wycliffe et de ses disciples, traduite du latin de la Vulgate, avant l’imprimerie. Interdite en 1409, elle circula en secret chez les lollards ; plus de 250 manuscrits en subsistent, ce qui en fait l’un des textes médiévaux anglais les plus copiés.
Histoire
Documenté :
- John Wycliffe (vers 1330-1384), théologien d’Oxford, enseigne que l’Écriture est la seule autorité et doit être accessible à tous, attaque la richesse du clergé, la transsubstantiation et l’autorité papale.
- La version ancienne (vers 1382) est très littérale, calquée sur l’ordre des mots latins. Un manuscrit de la Bodléienne (Douce 369) porte une note attribuant une partie de l’AT (jusqu’à Baruch 3:20) à Nicholas de Hereford. La part personnelle de Wycliffe dans la traduction est incertaine.
- La version tardive (vers 1388-1395), plus idiomatique, est traditionnellement attribuée à John Purvey, secrétaire de Wycliffe ; son « prologue général » décrit la méthode (collation des manuscrits latins, recours aux commentaires). L’attribution à Purvey est discutée.
- En 1407-1409, les Constitutions d’Oxford de l’archevêque Thomas Arundel interdisent de traduire ou de lire toute traduction anglaise de l’Écriture sans approbation épiscopale. Des lollards sont brûlés avec leurs livres.
- Le concile de Constance (1415) condamne Wycliffe à titre posthume ; en 1428, sur ordre du pape Martin V, ses os sont exhumés, brûlés et jetés dans la rivière Swift.
- Le texte ne fut imprimé intégralement qu’en 1850 (Forshall et Madden).
Financement : aucun commanditaire connu. Wycliffe jouissait de la protection de Jean de Gand, duc de Lancastre, au moins jusqu’en 1381 ; rien ne montre qu’il ait payé la traduction.
Texte source et méthode
Traduite de la Vulgate, non du grec ni de l’hébreu (on ne les enseignait guère alors en Angleterre). La fidélité porte donc sur le latin, avec ses propres leçons.
Passages témoins
| Passage | Traitement |
|---|---|
| Mt 24:34 | « this generacioun schal not passe » (« cette génération ») |
| Ap 1:1 | « bientôt », d’après le latin cito (graphie exacte du moyen anglais non vérifiée sur Forshall et Madden) |
| 1 Jn 5:7-8 | présente dans la version tardive (« the Father, the Son [var. the Word], and the Holy Ghost », édition en orthographe modernisée sur BibleGateway) ; version ancienne et manuscrits non vérifiés |
| Mc 16:9-20 | présente |
| 1 Tm 3:16 | « that thing that was showed in flesh » (orthographe modernisée ; relatif neutre, d’après quod) : pas de « Dieu » |
| Ap 22:19 | « book of lijf » (« livre de vie »), d’après la Vulgate |
| Ac 8:37 | présent dans la version tardive (« If thou believest of all thine heart, it is leaveful », BibleGateway) |
Notes, livres et doctrine
Les deutérocanoniques sont traduits, mais le prologue général de la version tardive suit Jérôme de Stridon : ils ne servent pas à établir la doctrine. Peu de gloses dans le texte.
Ce qu’on lui reproche
- Avoir livré l’Écriture aux laïcs (clergé de l’époque) : le chroniqueur Henry Knighton (vers 1390) déplore que la perle de l’Évangile soit jetée aux pourceaux et que le joyau des clercs devienne le jouet des laïcs. Les Constitutions d’Oxford (1407-1409) interdisent toute traduction non approuvée. Pourquoi les traducteurs l’ont fait : le prologue général (ch. 15) dit que le peuple a droit à la loi de Dieu dans sa langue, comme les Français et d’autres l’ont déjà.
- Avoir « corrompu à dessein » le texte (Thomas More, Dialogue Concerning Heresies, 1529) : More affirme que Wycliffe a falsifié le texte sacré et que des traductions anglaises orthodoxes existaient avant lui. Réponse : les éditeurs (Forshall et Madden, 1850) puis Mary Dove n’ont pas trouvé de retouche hérétique dans le texte, qui rend fidèlement la Vulgate ; ce qui est polémique, ce sont certains prologues et gloses lollards.
- Ce n’est pas la Bible de Wycliffe (cardinal Francis Aidan Gasquet, The Old English Bible, 1897) : Gasquet soutient que cette Bible serait une traduction catholique orthodoxe, sans lien avec Wycliffe. Réponse : Anne Hudson (The Premature Reformation, 1988) et les études récentes rattachent clairement les deux versions au cercle de Wycliffe à Oxford.
- Une traduction de traduction (humanistes, puis Tyndale et les critiques modernes) : elle suit la Vulgate, avec ses leçons tardives, sans recours à l’hébreu ni au grec. Pourquoi : ces langues étaient presque ignorées dans l’Angleterre de 1380 ; le prologue dit avoir comparé plusieurs manuscrits latins pour corriger le texte.
- Une version ancienne illisible : le reproche vient des wycliffites eux-mêmes. Le prologue général de la version tardive explique qu’il faut traduire selon le sens et non mot à mot, et que la première version, trop calquée sur le latin, était obscure. C’est la raison de la révision.
Versets ajoutés ou retirés
- Matthieu 6-13 - la doxologie du Notre Père : absente, comme dans la Vulgate.
- Marc 16-9-20 - la finale de Marc : présente.
- Apocalypse 22-19 - livre de vie ou arbre de vie : « livre de vie », d’après la Vulgate.
- 1 Timothée 3-16 - Dieu manifesté : relatif neutre, d’après quod.
- 1 Jean 5-7-8 - la Comma johannique : présente dans la version tardive (BibleGateway) ; version ancienne non vérifiée.
- Actes 8-37 - la confession de l’eunuque : présent dans la version tardive.
Pourquoi cette note
Interprétation : œuvre courageuse, qui a coûté la liberté ou la vie à beaucoup de ceux qui la lisaient, et qui a posé en Angleterre le principe d’une Bible en langue du peuple. Mais selon le barème, c’est une traduction de traduction : le texte source n’est pas l’original, et la version ancienne est un calque peu lisible. Le courage de ses artisans relève de la fiche John Wycliffe (personne) plus que de la fidélité du texte. Note 3.
Voir aussi
John Wycliffe · Jan Hus · Vulgate · Nouveau Testament de Tyndale · Bible de Douai-Reims
Sources
- Josiah Forshall et Frederic Madden (éd.), The Holy Bible … made from the Latin Vulgate by John Wycliffe and his followers, Oxford, 1850.
- Mary Dove, The First English Bible: The Text and Context of the Wycliffite Versions, Cambridge University Press, 2007.
- David Daniell, The Bible in English, Yale University Press, 2003, ch. 5-6.
- Anne Hudson, The Premature Reformation, Clarendon Press, 1988.
- Henry Knighton, Chronicon (vers 1390), éd. G. H. Martin, Knighton’s Chronicle 1337-1396, Clarendon Press, 1995.
- Thomas More, A Dialogue Concerning Heresies, Londres, 1529, livre III.
- Francis Aidan Gasquet, The Old English Bible and Other Essays, Londres, 1897.
- Prologue général de la version tardive, ch. 15, dans l’édition Forshall et Madden, t. I.
- Wycliffe Bible (version tardive, orthographe modernisée par Terence P. Noble), BibleGateway (WYC), consulté le 2026-10-27.