En bref
Théologien d’Oxford, Wycliffe a affirmé que l’Écriture est la seule autorité suprême de l’Église et qu’elle doit être lue par tous, clercs et laïcs. Sous son impulsion, ses disciples ont produit la première Bible complète en anglais, traduite de la Vulgate (Bible de Wycliffe). Condamné après sa mort, exhumé et brûlé, il est appelé « l’étoile du matin de la Réforme ».
Provenance et confession
La tradition le fait naître vers 1328 à Hipswell, près de Richmond, ou à Wycliffe-on-Tees, dans le Yorkshire ; la famille seigneuriale de Wycliffe possédait des terres dans la région, mais le lien exact n’est pas prouvé. Sa langue est l’anglais du Nord ; il écrit surtout en latin. Toute sa formation se fait à Oxford, où il passe de la faculté des arts à la théologie (docteur en 1372) et dirige Balliol College vers 1360. Prêtre séculier, il vit de bénéfices ecclésiastiques (Fillingham, Ludgershall, puis Lutterworth). Il n’a jamais quitté l’Église catholique : il est mort prêtre en charge de paroisse, et c’est le concile de Constance qui l’a déclaré hérétique trente ans après. On ne lui connaît aucune appartenance à un ordre religieux ; il a au contraire critiqué les ordres mendiants. Ses disciples, les lollards, sont un mouvement et non une société organisée de son vivant.
Vie
- Né vers 1328 dans le Yorkshire, maître du Balliol College à Oxford (vers 1360), docteur en théologie (1372).
- Au service de la Couronne : mission à Bruges (1374) sur les impôts payés au pape. Protégé par Jean de Gand, duc de Lancastre.
- Traités De civili dominio (vers 1376), De veritate Sacrae Scripturae (1378), De ecclesia, De eucharistia (rejet de la transsubstantiation).
- 1377 : le pape Grégoire XI condamne dix-neuf de ses thèses.
- 1382 : le synode des Blackfriars (Londres), présidé par l’archevêque Courtenay, condamne vingt-quatre propositions ; ses partisans sont chassés d’Oxford. Il se retire à Lutterworth, où il meurt le 31 décembre 1384 après une attaque.
- 1415 : le concile de Constance le déclare hérétique (le même concile qui brûle Jan Hus). En 1428, sur ordre du pape Martin V, l’évêque Richard Fleming fait exhumer ses restes, les brûle et jette les cendres dans la rivière Swift.
Influence sur la Bible et la doctrine
Faits documentés. Deux versions de la Bible wycliffite existent :
- une version ancienne (vers 1382), très littérale, calquée sur l’ordre des mots latins ; une partie de l’Ancien Testament est attribuée à Nicholas Hereford (un manuscrit d’Oxford s’interrompt en Baruch 3:20) ;
- une version tardive (vers 1388-1395), plus idiomatique, souvent attribuée à John Purvey, avec un « Prologue général » qui expose la méthode.
La part personnelle de Wycliffe dans la traduction est incertaine ; les historiens parlent d’une œuvre de son cercle, née de son principe. Plus de 250 manuscrits subsistent, signe d’une large diffusion malgré l’interdit : les Constitutions d’Oxford de l’archevêque Arundel (1407-1409) défendent toute traduction de l’Écriture en anglais sans approbation épiscopale.
Le texte suit la Vulgate : la Comma Johanneum (1 Jn 5:7) est donc présente ; Mt 24:34 garde « this generation ». Les passages témoins reflètent le latin, non le grec.
Doctrine. Wycliffe identifiait la papauté à l’Antéchrist : c’est une lecture historiciste, répandue chez les critiques de la papauté à la fin du Moyen Âge. Ses disciples, les « lollards », ont prêché la Bible en anglais et ont été poursuivis (loi De haeretico comburendo, 1401).
Interprétation. Wycliffe a posé le principe sola Scriptura plus d’un siècle avant Martin Luther. Sa faiblesse est d’avoir traduit depuis le latin, avec les défauts de la Vulgate, faute d’accès au grec et à l’hébreu, qui n’étaient presque plus enseignés en Angleterre.
Financement et réseaux
- Documenté : la protection de Jean de Gand et de la princesse Jeanne de Kent l’a sauvé de l’arrestation en 1377-1378. Ses revenus venaient de bénéfices ecclésiastiques (cure de Lutterworth, donnée par la Couronne en 1374).
- Allégué : on a dit que Jean de Gand l’utilisait pour affaiblir le clergé à des fins politiques ; c’est une lecture d’historiens, plausible pour les débuts, mais le duc l’a lâché quand il a attaqué l’eucharistie.
- Non démontré : aucune trace d’un financement extérieur de la traduction elle-même ; les manuscrits ont été copiés par des scribes payés par des particuliers.
Signaux d’alerte
- 7. Pouvoir politique servi (documenté) : sa doctrine du « dominium » (le clergé indigne perd droit à ses biens) servait la Couronne et Jean de Gand contre les impôts pontificaux et la richesse du clergé ; il a été envoyé par le roi à Bruges (1374) et protégé par le duc.
Conclusion : le signal est réel pour les années 1374-1378, mais Wycliffe a perdu ce soutien dès qu’il a attaqué la doctrine de l’eucharistie, ce qui montre qu’il ne réglait pas sa théologie sur l’intérêt de ses protecteurs. Rien de suspect au-delà.
Pourquoi cette note
Quatre étoiles : principe de l’autorité de l’Écriture, Bible pour le peuple, courage face à Rome, fruit immense (lollards, Hus, Réforme anglaise). Réserves : traduction depuis la Vulgate et non des originaux, et un engagement politique qui l’a mêlé aux intérêts d’un grand seigneur.
Voir aussi
Sources
- Anne Hudson, The Premature Reformation: Wycliffite Texts and Lollard History, Oxford, 1988.
- Mary Dove, The First English Bible: The Text and Context of the Wycliffite Versions, Cambridge, 2007.
- Josiah Forshall et Frederic Madden (éd.), The Holy Bible… made from the Latin Vulgate by John Wycliffe and his followers, Oxford, 1850.
- Stephen E. Lahey, John Wyclif, Oxford, 2009.
- K. B. McFarlane, John Wycliffe and the Beginnings of English Nonconformity, Londres, 1952 (sur Jean de Gand).