Ressources · Financiers et mécènes

Johann Fust

Bourgeois et homme d'affaires de Mayence, Fust prête à Johannes Gutenberg l'argent qui permet d'achever la Bible de Gutenberg (Bible latine, texte de la Vulgate, vers 1454-1455).

Fiche de recherche, sources indiquées. Les points marqués « à vérifier » ne sont pas encore confirmés par les sources.

Cette fiche porte sur le rôle de Fust dans la transmission de la Bible, non sur sa personne.

En bref

Bourgeois et homme d’affaires de Mayence, Fust prête à Johannes Gutenberg l’argent qui permet d’achever la Bible de Gutenberg (Bible latine, texte de la Vulgate, vers 1454-1455). En 1455, il poursuit Gutenberg en justice pour être remboursé ; le procès est connu par un acte notarié qui est l’un des rares documents sûrs sur l’invention de l’imprimerie. Il fonde ensuite avec Peter Schöffer un atelier qui imprime le Psautier de Mayence (1457) et une Bible latine (1462).

Provenance et confession

Né vers 1400 à Mayence, dans une famille bourgeoise ; son frère Jakob, orfèvre, est l’un des bourgmestres de la ville en 1462. Plusieurs sources le disent lié, comme son frère, au métier d’orfèvre, qui servait souvent aussi au prêt d’argent (à vérifier dans une source savante). Catholique, comme toute l’Europe occidentale de son temps ; aucune formation universitaire ni ordination connues. Aucune appartenance à une confrérie, une loge ou un cercle n’est documentée. Sa fille unique, Christina, épouse Peter Schöffer, ancien employé de Gutenberg.

Vie

Faits documentés. Les prêts et le procès sont connus par l’acte notarié Helmasperger du 6 novembre 1455 (notaire Ulrich Helmasperger, conservé à la bibliothèque universitaire de Göttingen). Fust y déclare avoir avancé deux fois 800 florins : vers 1450 un prêt à 6 % garanti par l’outillage, puis vers 1452 une somme placée dans une association pour « l’œuvre des livres ». Il réclame au total environ 2 026 florins avec les intérêts. Fust et Schöffer publient le 14 août 1457 le Psautier de Mayence, premier livre imprimé portant une date complète et un nom d’imprimeur, puis une Bible latine en 1462. Fust meurt probablement à Paris à l’automne 1466, peut-être de la peste.

Interprétation. L’historiographie ancienne voyait en Fust un créancier qui aurait dépouillé Gutenberg de son atelier au moment où la Bible était prête. Des travaux récents (Hans-Michael Empell, 2008) lisent l’acte autrement : le tribunal n’aurait ordonné que le remboursement du premier prêt, et Gutenberg n’aurait pas été ruiné. L’issue exacte reste discutée.

Ce qu’il a financé

BénéficiaireMontantDateSourceNiveau de preuve
Johannes Gutenberg, atelier d’imprimerie800 florins (prêt à 6 %)vers 1450Acte Helmasperger, 1455Documenté
Bible de Gutenberg (« l’œuvre des livres »)800 florins (association)vers 1452Acte Helmasperger, 1455Documenté
Reprise de l’atelier et des Bibles invendues par Fustinconnuaprès 1455affirmé par des récits anciensAllégué, issue débattue
  • Documenté : les deux avances, la plainte et le serment de Fust (où figure un chiffre de 1 550 florins empruntés par lui-même, différent de 1 600 : écart non expliqué).
  • Allégué : que Fust aurait saisi les presses et le stock de la Bible ; la légende parisienne d’un Fust accusé de sorcellerie, sans doute née de la confusion avec Faust.
  • Non démontré : toute intervention de Fust sur le texte de la Bible. Il a fourni le capital ; le texte est celui de la Vulgate courante.

Influence sur la Bible

Sans son argent, la première Bible imprimée en caractères mobiles n’aurait sans doute pas été achevée vers 1455. Son intérêt était commercial et documenté comme tel ; il n’a ni traduit ni modifié le texte. Avec Schöffer, il fait de l’imprimerie une entreprise durable, condition de la diffusion massive des Bibles au siècle suivant.

Signaux d’alerte

Aucun signal documenté. Son financement est connu par un acte public, son intérêt était commercial et déclaré, et il n’a exercé aucune fonction dans l’Église. Seul point ouvert : le partage exact des biens après le procès de 1455.

Pourquoi cette note

Apport décisif et transparent : un prêt écrit, un procès public, aucune action sur le texte. La réserve tient à la nature purement commerciale de l’engagement et au conflit avec l’inventeur, dont l’issue reste discutée. D’où 4/5.

Voir aussi

Sources

  • Acte notarié Helmasperger, 6 novembre 1455, Niedersächsische Staats- und Universitätsbibliothek Göttingen.
  • Hans-Michael Empell, Gutenberg vor Gericht. Der Mainzer Prozess um die erste gedruckte Bibel, Francfort, 2008.
  • Albert Kapr, Johann Gutenberg: The Man and His Invention, Scolar Press, 1996.
  • Gutenberg-Gesellschaft (Mayence), « Gutenberg’s invention », notice en ligne.
  • Morgan Library & Museum, « Who was Gutenberg », notice en ligne.
  • Encyclopædia Britannica, article « Johannes Gutenberg ».