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Bible de Gutenberg

La Bible de Gutenberg, dite « à 42 lignes » (B42), est le premier grand livre imprimé en Europe avec des caractères mobiles en métal. Ce n'est pas une nouvelle traduction : c'est une Vulgate latine.

Fiche de recherche, sources indiquées. Évaluation proposée, pas encore confirmée. Les points marqués « à vérifier » ne sont pas encore confirmés par les sources.

En bref

La Bible de Gutenberg, dite « à 42 lignes » (B42), est le premier grand livre imprimé en Europe avec des caractères mobiles en métal. Ce n’est pas une nouvelle traduction : c’est une Vulgate latine. Son importance est technique et historique : elle ouvre l’ère où la Bible peut être reproduite sans copiste, ce qui rendra possibles les éditions grecques, les traductions de la Réforme et leur diffusion massive.

Histoire

Documenté :

  • Johannes Gutenberg, orfèvre de Mayence, met au point vers 1440-1450 la fonte de caractères, une encre grasse et la presse.
  • Financement : le marchand et bailleur de fonds Johann Fust lui prête 800 florins (1449/1450), puis 800 autres (1452) pour « l’œuvre des livres ». En novembre 1455, Fust poursuit Gutenberg pour le remboursement ; l’acte du notaire Ulrich Helmasperger (6 novembre 1455), conservé à Göttingen, en est la preuve. Fust obtient une part du matériel et poursuit l’imprimerie avec Peter Schöffer, ancien collaborateur de Gutenberg (et futur gendre de Fust).
  • Le futur pape Pie II (Enea Silvio Piccolomini) écrit le 12 mars 1455 avoir vu à Francfort des cahiers d’une Bible imprimée, très lisibles, sans faute, et que les exemplaires étaient déjà tous vendus.
  • Tirage estimé : 158 ou 180 exemplaires (chiffres tirés de la lettre de 1455) ; les chercheurs actuels l’estiment entre 160 et 185, environ trois quarts sur papier et un quart sur vélin. Il en reste 49 exemplaires au moins en grande partie ; le nombre d’exemplaires complets varie selon les inventaires (21 ou 25 selon Wikipédia, qui ne tranche pas). La rubrication et les enluminures étaient ajoutées à la main, différemment dans chaque exemplaire.
  • Une note du rubricateur et relieur Heinrich Cremer dans l’exemplaire de Paris (Bibliothèque nationale) est datée du 24 août 1456 (vol. I) et du 15 août 1456 (vol. II), ce qui fixe le terme de l’impression.

Texte source et méthode

Le texte suit la Vulgate dans la forme dite « parisienne », celle des Bibles universitaires du XIIIe siècle, avec l’ordre des livres et les chapitres d’Étienne Langton. Aucune intervention de traducteur.

Passages témoins

PassageTraitement
Mt 24:34non praeteribit generatio haec (« cette génération »)
Ap 1:1cito (« bientôt »)
1 Jn 5:7-8présente (texte parisien de la Vulgate) ; à vérifier sur un fac-similé
Mc 16:9-20présente
1 Tm 3:16quod manifestatum est (relatif, sans « Dieu »)
Ap 22:19de libro vitae (« livre de vie »)

Notes, livres et doctrine

Contient les deutérocanoniques et les prologues de Jérôme, comme toute Bible latine médiévale. Pas de notes. Imprimée pour le clergé et les monastères, pas pour le peuple : elle était en latin et coûtait très cher.

Ce qu’on lui reproche

Comme ce n’est pas une traduction, les reproches portent sur le texte imprimé et sur l’usage, non sur des choix de traducteur.

  • Un texte latin déjà corrompu : la Bible « parisienne » qu’elle reproduit avait été critiquée dès le XIIIe siècle par Roger Bacon (Opus minus, vers 1267), qui jugeait l’exemplaire de Paris gâté par les correcteurs. Les éditeurs modernes de la Vulgate (Wordsworth et White ; Weber) l’écartent pour revenir aux manuscrits anciens. Pourquoi : Gutenberg imprimait le texte en usage, sans projet critique.
  • Une Bible pour le clergé, pas pour le peuple (reproche des réformateurs et des historiens protestants) : en latin, très chère, elle ne change rien à l’accès des laïcs. Réponse des historiens du livre : c’est l’invention, non ce volume, qui a ensuite permis les Bibles en langue du peuple.
  • Une entreprise d’argent : le procès de 1455 montre que Johann Fust a pris l’atelier pour se rembourser. Une légende tardive raconte que Fust, vendant à Paris des Bibles toutes identiques, fut soupçonné de sorcellerie ; c’est une légende sans document, souvent confondue avec celle de Faust.
  • Des leçons tardives transmises par l’imprimerie : critiques textuels (Metzger) : en imprimant la Vulgate parisienne, avec la Comma et d’autres additions, les premières presses ont figé ces leçons pour un siècle. Le reproche vise la forme du texte, non l’imprimeur.

Versets ajoutés ou retirés

Pourquoi cette note

Interprétation : comme texte, c’est la Vulgate, mais dans sa forme parisienne du XIIIe siècle, plus altérée par les copies que le texte de Jérôme (voir Vulgate, 4/5) : additions comme la Comma, leçons tardives. D’où une note inférieure d’un point à celle de la Vulgate de Jérôme. Ce qui fait sa grandeur, c’est l’invention qu’elle inaugure, sans laquelle ni Érasme, ni Martin Luther, ni William Tyndale n’auraient pu répandre l’Écriture. La note juge le texte (barème des traductions), pas l’invention.

Voir aussi

Johannes Gutenberg · Vulgate · Polyglotte d’Alcalá · Novum Instrumentum d’Érasme · Bible de Luther

Sources

  • Eric Marshall White, Editio Princeps: A History of the Gutenberg Bible, Harvey Miller, 2017.
  • Albert Kapr, Johann Gutenberg: The Man and his Invention, Scolar Press, 1996.
  • Lettre d’Enea Silvio Piccolomini au cardinal Juan de Carvajal, 12 mars 1455 (publiée par Erich Meuthen, Gutenberg-Jahrbuch, 1982).
  • Roger Bacon, Opus minus (vers 1267), passage sur la « corruption » du texte parisien.
  • Eyal Poleg et Laura Light (dir.), Form and Function in the Late Medieval Bible, Brill, 2013 (sur la Bible parisienne).