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Johannes Gutenberg

Orfèvre de Mayence, Gutenberg a mis au point l'imprimerie à caractères mobiles en métal et a imprimé, vers 1454-1455, la Bible latine à 42 lignes, le premier grand livre imprimé d'Occident.

En bref

Orfèvre de Mayence, Gutenberg a mis au point l’imprimerie à caractères mobiles en métal et a imprimé, vers 1454-1455, la Bible latine à 42 lignes, le premier grand livre imprimé d’Occident. Il n’a ni traduit ni édité le texte : il a donné aux traducteurs de la Réforme l’outil qui a rendu la Bible impossible à étouffer.

Provenance et confession

Johannes Gensfleisch « zum Gutenberg » naît à Mayence vers 1400, dans une famille du patriciat urbain ; il porte le nom de la maison familiale, le Hof zum Gutenberg. Son père, Friele Gensfleisch, appartient aux « compagnons de la monnaie » de l’archevêché, ce qui peut expliquer sa maîtrise des métaux ; sa mère, Else Wyrich, est fille de marchand. Les luttes entre patriciens et corporations obligent la famille à quitter Mayence à plusieurs reprises. Sa formation n’est pas documentée : l’inscription d’un « Johannes de Altavilla » à Erfurt en 1418 lui est parfois rattachée, sans preuve. Laïc catholique toute sa vie, il n’appartient à aucun ordre ; il finit pensionné par l’archevêque Adolphe II de Nassau (1465), comme gentilhomme de sa cour.

Vie

  • Né à Mayence vers 1400 (date exacte inconnue), de la famille patricienne Gensfleisch « zum Gutenberg ».
  • À Strasbourg vers 1434-1444 : un procès de 1439 (héritiers d’Andreas Dritzehn) montre qu’il travaille déjà à un procédé secret avec presse et formes.
  • De retour à Mayence vers 1448, il emprunte pour monter un atelier.
  • Il imprime la Bible vers 1452-1455. Le 12 mars 1455, Enea Silvio Piccolomini (futur Pie II) écrit avoir vu à Francfort des cahiers de cette Bible, « d’une écriture très nette ».
  • Le 6 novembre 1455, l’acte notarié Helmasperger consigne le procès que lui intente son bailleur Johann Fust ; Gutenberg perd une partie de son matériel, que Fust exploite avec Peter Schöffer (Psautier de Mayence, 1457).
  • En 1465, l’archevêque Adolphe II de Nassau lui accorde une pension de cour. Il meurt le 3 février 1468.

Influence sur la Bible et la doctrine

Faits documentés. La Bible de Gutenberg reproduit le texte de la Vulgate dans sa forme courante au XVe siècle (proche de la Bible dite « de Paris »). Tirage estimé à environ 180 exemplaires (environ 135 sur papier et 45 sur vélin, estimation d’après Piccolomini et les études modernes), dont 49 subsistent, complets ou non. Comme toute Vulgate de l’époque, elle contient la Comma Johanneum et lit liber vitae en Ap 22:19.

Interprétation. Le texte de Gutenberg n’apporte rien de neuf ; c’est l’invention qui compte. Grâce à l’imprimerie, le Novum Instrumentum d’Érasme (1516), la Bible de Luther (1522-1534), le Nouveau Testament de Tyndale (1526) et la Bible d’Olivétan (1535) ont pu circuler à des milliers d’exemplaires, plus vite que les bûchers. L’imprimerie a aussi figé les textes : une erreur d’édition (par exemple les versets d’Ap 22 retraduits par Érasme) se reproduisait désormais à l’identique pendant des siècles.

Financement et réseaux

  • Documenté : Johann Fust, bourgeois de Mayence, prête 800 florins vers 1450, puis 800 autres vers 1452, au taux de 6 %, en gage du matériel ; l’acte Helmasperger (1455) l’atteste. Fust récupère l’atelier à l’issue du procès. C’est un financement commercial classique, non religieux.
  • Allégué : on a parfois présenté Fust comme un spéculateur qui aurait volé l’invention ; c’est une lecture romantique (XIXe siècle) des faits, qui simplifie un litige de dette.
  • Non démontré : aucun commanditaire ecclésiastique ou princier de la Bible elle-même n’est attesté.

Signaux d’alerte

Aucun signal documenté. Son financement (prêts de Johann Fust) est connu par un acte notarié et relève du commerce ordinaire ; rien ne le relie à une doctrine, à un pouvoir ou à un cercle caché. Rien de suspect.

Pourquoi cette note

Quatre étoiles : contribution technique décisive à la diffusion de la Parole, sans laquelle la Réforme n’aurait pas eu sa portée. Pas cinq : il n’a ni traduit ni amélioré le texte, il a imprimé la Vulgate telle qu’elle était, et son entreprise était commerciale.

Voir aussi

Sources

  • Albert Kapr, Johann Gutenberg: The Man and His Invention, Aldershot, Scolar Press, 1996.
  • Stephan Füssel, Gutenberg and the Impact of Printing, Aldershot, Ashgate, 2005.
  • Eric White, Editio Princeps: A History of the Gutenberg Bible, Turnhout, Brepols, 2017.
  • Paul Needham, articles sur le tirage et le papier de la B42 (Gutenberg-Jahrbuch).
  • Acte notarié Helmasperger (6 novembre 1455), Göttingen, bibliothèque universitaire.