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Financements - documenté et allégué

Ce tableau rassemble les financements de Bibles, de traducteurs et de doctrines évoqués dans tout ce recueil.

Fiche de recherche, sources indiquées. Les points marqués « à vérifier » ne sont pas encore confirmés par les sources.

En bref

Ce tableau rassemble les financements de Bibles, de traducteurs et de doctrines évoqués dans tout ce recueil. Il applique les trois niveaux de la méthode : documenté (archives, lettres, rapports, biographies sérieuses), allégué (affirmé par des auteurs nommés, sans preuve directe), non démontré (ce que les sources ne montrent pas). Le but n’est pas de blanchir ni de noircir : un financement documenté n’est pas forcément une corruption, et une allégation répandue n’est pas une preuve.

Le tableau

Personne ou œuvreFinanceurCe qui est documentéCe qui est allégué, et par quiVerdict
Pierre Robert Olivétan, Bible d’Olivétan (1535)Les Vaudois des Alpes (Pierre Valdo)Au synode de Chanforan (1532), en présence de Guillaume Farel, les Vaudois décident de payer une Bible française. Somme la plus citée : 800 écus d’or (les sources varient de 500 à 1 500). Impression à Neuchâtel par Pierre de Vingle, achevée le 4 juin 1535.Rien de notable.Documenté. Une Bible payée par une Église pauvre et persécutée pour ses propres lecteurs : le cas d’indépendance le mieux documenté de ce recueil.
Constantin Ier et Eusèbe de CésaréeTrésor impérialVers 331, Constantin commande à Eusèbe 50 exemplaires des Écritures sur parchemin pour les églises de Constantinople, aux frais de l’État et transportés par la poste publique (Eusèbe, Vie de Constantin IV, 36-37).1) Que le Codex Vaticanus et le Codex Sinaiticus soient deux de ces 50 copies : hypothèse de savants (Tischendorf, T. C. Skeat). 2) Que Constantin ait fixé le canon à Nicée : affirmation populaire (romans, documentaires).Commande documentée. Lien avec les codex : hypothèse non démontrée. Canon fixé à Nicée : faux, Nicée n’a pas traité du canon.
Jacques Ier, King James 1611Imprimeur Robert Barker et associés ; l’Église par les bénéfices ecclésiastiquesJacques autorise la traduction (Hampton Court, 1604) et fixe des règles (garder les mots ecclésiastiques anciens, pas de notes marginales doctrinales). La Couronne ne paie pas l’impression : Barker investit, selon les sources, jusqu’à 3 500 livres, en échange du privilège. Les traducteurs ne sont pas salariés ; l’archevêque Bancroft demande aux évêques de leur procurer des bénéfices ecclésiastiques.Que Francis Bacon ou Shakespeare aient rédigé le texte, ou qu’une société secrète l’ait dirigé (sites divers).Documenté pour Barker et les règles royales ; montant exact à vérifier. Rédaction par Bacon ou Shakespeare : non démontrée, sans aucune pièce.
John Nelson DarbySa propre fortune, celle de sa famille et des Frères aisésDarby est issu d’une famille riche ; il finance ses voyages et publications avec ses ressources et l’appui des [[Les Frères de PlymouthFrères]] (Lady Powerscourt, Wigram).Que Darby ait été payé par les jésuites ou par les Rothschild (sites conspirationnistes, sans auteur de référence).
Cyrus Ingerson Scofield, Scofield Reference Bible (1909)Mécènes de la conférence de Sea Cliff ; Oxford University Press (éditeur)Scofield remercie des soutiens, dont John T. Pirie (associé du grand magasin Carson Pirie Scott, Chicago) et Alwyn Ball Jr. (immobilier, New York), qui ont rendu le travail possible. Oxford University Press (branche américaine) publie et commercialise l’ouvrage, sur contrat d’éditeur. Scofield est membre du Lotos Club de New York.Que Samuel Untermyer (avocat sioniste new-yorkais) ait financé ou dirigé la Bible Scofield pour préparer le soutien chrétien au sionisme. La piste du Lotos Club vient de Joseph M. Canfield, The Incredible Scofield and His Book (1988), qui note seulement qu’Untermyer siégeait au comité littéraire du club lors de l’admission de Scofield (1901) et ne démontre pas de financement ; la thèse Untermyer est ensuite amplifiée en ligne (auteurs à identifier). Variante : financement Rothschild (réfutée par Check Your Fact, mars 2025).Pirie, Ball et Oxford : documentés. Untermyer et Rothschild : non démontrés ; aucune lettre, contrat ni compte connu. L’appartenance commune à un club n’est pas une preuve de financement.
William Eugene BlackstoneLyman Stewart et la fortune Stewart (Union Oil)Blackstone est le seul administrateur du Milton Stewart Evangelistic Fund, qui finance des missions en Chine, en Inde, en Palestine, etc. (archives Blackstone, Wheaton College). Le Mémorial Blackstone (1891) est signé par John D. Rockefeller (le père), J. P. Morgan et d’autres.Que Lyman Stewart ait payé la distribution gratuite de Jesus Is Coming (édition de 1908) aux pasteurs : affirmé par plusieurs historiens du fondamentalisme, à vérifier dans les sources primaires.Lien financier Stewart-Blackstone : documenté. Distribution de 1908 : à vérifier.
The Fundamentals (1910-1915)Lyman et Milton StewartLes deux frères financent anonymement la rédaction, l’impression et l’envoi gratuit de 12 volumes à environ trois millions d’exemplaires, adressés aux pasteurs, missionnaires et étudiants en théologie du monde anglophone.Le montant souvent cité (250 000 à 300 000 dollars) : à vérifier.Documenté. Cas net d’idées diffusées grâce à un mécène (fortune pétrolière) ; l’intention (défendre l’inspiration de l’Écriture et les doctrines classiques contre le libéralisme) est publique. Les volumes ne portent pas seulement sur la prophétie ; la part dispensationaliste y est minoritaire (à vérifier volume par volume).
John D. Rockefeller Jr., FCC/NCC, Revised Standard VersionRockefeller Jr. (pour l’œcuménisme) ; Thomas Nelson & Sons (pour la RSV)Environ 72 millions de dollars donnés à des causes religieuses ; Interchurch World Movement (1919-1920), Riverside Church, Union Theological Seminary, Laymen’s Foreign Missions Inquiry (1930-1932), terrain et fonds pour l’Interchurch Center, siège du NCC (1958). Plus grand donateur des baptistes du Nord de 1919 à 1933. La RSV est financée par un accord de 1936 avec Thomas Nelson & Sons (exclusivité de dix ans, avances aux traducteurs).Que Rockefeller ait « payé la RSV » ou dirigé ses choix (sites « King James seulement ») ; que le FCC ait été « l’Église de Rockefeller » (J. B. Matthews, Carl McIntire, Edgar Bundy).Influence de Rockefeller sur l’œcuménisme protestant libéral : documentée (montants pour le FCC à vérifier). Financement de la RSV par Rockefeller : non démontré, et les sources disent le contraire. Voir Conseil national des Églises (NCC).
Famille Rothschild, déclaration Balfour (1917)Sans objet (lettre politique)La déclaration Balfour est une lettre d’Arthur Balfour adressée à Lord Walter Rothschild (2 novembre 1917). Edmond de Rothschild finance des colonies juives en Palestine dès 1882.Que les Rothschild aient financé Darby, Scofield, les sociétés bibliques ou le dispensationalisme (nombreux sites, vidéos).Rôle politique dans le sionisme : documenté. Financement de Bibles ou de doctrines chrétiennes : non démontré, aucune pièce connue.
Sociétés bibliques (BFBS 1804, ABS 1816, UBS 1946)Souscriptions, dons, legs, ventesRapports annuels publiés depuis 1805 ; accord de coopération avec Rome en 1968 ; l’Alliance biblique universelle publie le texte grec critique avec la Deutsche Bibelgesellschaft.Contrôle par le Vatican, la franc-maçonnerie ou les Rothschild (auteurs « King James seulement », dont Gail Riplinger, et sites divers).Financement par dons : documenté. Coopération officielle avec Rome : documentée. Contrôle maçonnique ou Rothschild : non démontré.
Zondervan et HarperCollins, New International VersionNew York Bible Society (aujourd’hui Biblica), puis ZondervanLa New York Bible Society parraine la traduction (1967-1968) et hypothèque ses bureaux pour la financer ; à court de fonds vers 1975, elle obtient de Zondervan, déjà détenteur des droits commerciaux américains, le financement du reste. Zondervan est racheté en 1988 par Harper & Row, propriété de News Corporation (Rupert Murdoch) depuis 1987, devenue HarperCollins. Avon, maison du groupe HarperCollins, publie aussi The Satanic Bible d’Anton LaVey.Que Murdoch ou HarperCollins dictent le texte de la NIV, ou qu’il y ait un lien « satanique » (auteurs « King James seulement », sites divers).Propriété commerciale et droits : documentés (rachat de Zondervan par Harper & Row en 1988). Influence de Murdoch sur le texte : non démontrée ; le texte relève du Committee on Bible Translation, propriété intellectuelle de Biblica.
Fondation Lockman, New American Standard Bible (1963-1971)Fondation LockmanFondation créée en décembre 1942 par F. Dewey et Minna Lockman, qui lui donnent leur ranch d’agrumes de La Habra (Californie) ; Dewey Lockman y verse ensuite le reste de son patrimoine. La fondation commande et finance la NASB.Rien de notable.Documenté. Financement privé, par une fondation évangélique sans lien avec une grande banque.
Constantin von Tischendorf, Codex SinaiticusLe tsar Alexandre IILe tsar soutient l’expédition de 1859 au Sinaï et l’édition en fac-similé du codex (1862) ; le manuscrit entre dans la bibliothèque impériale.Que le codex soit un faux moderne (Constantin Simonides, 1862 ; repris en ligne).Patronage impérial : documenté. Faux : non démontré ; les analyses paléographiques et matérielles l’excluent (British Library, Codex Sinaiticus Project, 2009).

Ce qui ressort

  • Documenté et significatif : les grandes vagues de diffusion du Futurisme et du Dispensationalisme aux États-Unis ont été payées par des mécènes identifiés, publiquement : Lyman et Milton Stewart (Union Oil), les soutiens de Scofield, l’éditeur Oxford. L’œcuménisme protestant libéral a été largement soutenu par John D. Rockefeller Jr.. Ces faits montrent que l’argent a amplifié la diffusion de certaines lectures ; ils ne montrent pas que les mécènes les ont inventées ni qu’ils ont modifié le texte biblique.
  • Le même regard pour toutes les écoles : d’autres lectures ont aussi été portées par des pouvoirs ou des fonds (l’historicisme des Réformateurs par les Églises d’État et les notes des Bibles genevoises ; les Bibles catholiques de Louvain par l’empereur ; le texte critique par les sociétés bibliques ; le Textus Receptus par la Trinitarian Bible Society). Un financement documenté se juge sur sa transparence et son indépendance, quelle que soit la doctrine servie.
  • Allégué et non démontré : les thèses qui placent Rothschild, Untermyer ou les jésuites derrière Scofield ou Darby reposent sur des rapprochements (clubs, opinions, coïncidences), jamais sur des pièces. Elles ne doivent pas être présentées comme des faits.
  • Le contre-exemple : la Bible d’Olivétan, payée par ses propres lecteurs vaudois, et la Fondation Lockman montrent qu’un financement peut être transparent et indépendant.

Voir aussi

Sources

  • Eusèbe de Césarée, Vie de Constantin, IV, 36-37.
  • Fondation et histoire vaudoise : site de l’Église vaudoise (waldensian.org) ; Musée protestant (museeprotestant.org), notice « Olivétan ».
  • David Norton, The King James Bible: A Short History from Tyndale to Today, 2011 ; Adam Nicolson, God’s Secretaries, 2003 ; exposition de la BYU, The King James Bible.
  • Joseph M. Canfield, The Incredible Scofield and His Book, 1988.
  • Elias Atienza, « Fact Check: Scofield Bible Not Funded By Rothschild Family », Check Your Fact, 12 mars 2025.
  • Wheaton College Archives, William E. Blackstone Papers (Collection 540).
  • George M. Marsden, Fundamentalism and American Culture, 1980 (The Fundamentals).
  • Philanthropy Roundtable, « John D. Rockefeller Jr. » ; Albert Schenkel, The Rich Man and the Kingdom, 1995.
  • Peter J. Thuesen, In Discordance with the Scriptures, 1999 (RSV et accord Nelson).
  • Site officiel de la NIV (thenivbible.com), « History of the NIV ».
  • Lockman Foundation, « History » (lockman.org).