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Manuel Lacunza

Jésuite chilien expulsé d'Amérique en 1767, Manuel Lacunza a écrit en exil, en Italie, La venida del Mesías en gloria y majestad (« La venue du Messie en gloire et majesté »), sous le pseudonyme de Juan Josafat Ben-Ezra, un prétendu juif converti.

Fiche de recherche, sources indiquées. Les points marqués « à vérifier » ne sont pas encore confirmés par les sources.

En bref

Jésuite chilien expulsé d’Amérique en 1767, Manuel Lacunza a écrit en exil, en Italie, La venida del Mesías en gloria y majestad (« La venue du Messie en gloire et majesté »), sous le pseudonyme de Juan Josafat Ben-Ezra, un prétendu juif converti. Le livre défend un retour futur du Christ, un règne terrestre de mille ans et la restauration d’Israël. Traduit en anglais par Edward Irving en 1827, il est l’un des ponts entre le Futurisme catholique et le prophétisme protestant britannique d’où sortira le Dispensationalisme.

Provenance et confession

Manuel Lacunza y Díaz naît à Santiago du Chili en 1731, fils de Carlos de Lacunza, négociant d’origine navarraise qui commerce entre Lima et le Chili, et de Josefa Díaz (le second nom varie selon les sources). Le milieu est celui des marchands créoles aisés de l’Empire espagnol, de langue castillane et de confession catholique. Il entre en 1741 au collège jésuite San Francisco Javier de Santiago, puis dans la Compagnie de Jésus en 1747 ; il enseigne la grammaire au Colegio Máximo de San Miguel et se fait connaître comme prédicateur. Son ordination sacerdotale est datée de 1755 par les sources chiliennes, de 1766 par d’autres. Expulsé avec tous les jésuites des territoires espagnols en 1767, il vit en exil à Imola ; après la suppression de l’ordre (1773), il reste prêtre catholique. Aucune conversion ni appartenance à une société ou à un cercle n’est rapportée. Le seul masque est littéraire : il publie sous l’identité d’un juif converti, « Juan Josafat Ben-Ezra ».

Vie

  • Né à Santiago du Chili en 1731 ; entré dans la Compagnie de Jésus en 1747.
  • En 1767, Charles III expulse les jésuites de tous les territoires espagnols. Lacunza gagne l’Italie et s’installe à Imola, dans les États pontificaux.
  • Il y vit très retiré et rédige son ouvrage, achevé vers 1790.
  • Trouvé mort au bord d’une rivière près d’Imola en 1801.

Influence sur la Bible et la doctrine

Le livre (faits). L’ouvrage circule d’abord en copies manuscrites. Les premières éditions imprimées paraissent vers 1810-1812 en Espagne (éditions partielles ou fautives). En 1816, une édition complète en quatre volumes est imprimée à Londres (chez Carlos Wood), à l’initiative et aux frais du général argentin Manuel Belgrano, alors en mission diplomatique en Europe. Une édition londonienne chez Ackermann suit en 1826. Rome met le livre à l’Index en 1824.

La doctrine (faits). Lacunza rejette l’interprétation allégorique du millénium héritée d’Augustin. Il annonce une venue future du Christ en gloire, un règne de mille ans sur la terre, la conversion et la restauration des Juifs, et il distingue la venue du Seigneur du jugement final, séparés par un long intervalle. Il critique aussi l’Église de son temps, qu’il voit en partie apostate.

Edward Irving (faits). En 1827, Edward Irving publie The Coming of Messiah in Glory and Majesty, sa traduction de l’ouvrage, précédée d’un long discours préliminaire. C’est l’époque des conférences prophétiques d’Albury (1826-1830), où se rencontrent les futurs cadres du prophétisme britannique. Le livre de Lacunza y est lu et discuté.

L’enlèvement (allégations). Certains auteurs affirment que Lacunza enseignait déjà un Enlèvement prétribulationnel secret et qu’il serait la vraie source de Darby. Les textes montrent un enlèvement des saints à la venue du Christ et un intervalle avant le jugement, mais pas clairement un enlèvement secret avant une tribulation de sept ans. Le lien direct Lacunza vers Darby est non démontré.

Interprétation. En tant qu’ancien jésuite, Lacunza transmet au monde protestant une lecture futuriste qui ressemble à celle de Francisco Ribera, par la porte d’Irving. Ses lecteurs prémillénaristes saluent son refus d’une lecture purement allégorique du millénium ; ses critiques amillénaristes et prétéristes lui reprochent de reporter dans l’avenir des prophéties qu’ils estiment accomplies (par exemple autour de Mt 24:34). Ce débat est décrit ici sans être tranché.

Financement et réseaux

  • Documenté : l’édition londonienne de 1816 est financée par Manuel Belgrano (sources argentines et chiliennes, et Froom). La traduction anglaise est publiée par Irving à Londres en 1827.
  • Allégué : que la Compagnie de Jésus aurait orchestré la diffusion du livre pour introduire le futurisme chez les protestants (auteurs adventistes et polémistes antijésuites).
  • Non démontré : un plan jésuite derrière la publication ; Lacunza écrivait en exil, l’ordre était alors supprimé (1773-1814), et Rome a condamné son livre.

Signaux d’alerte

  • 1. Passé caché ou mensonger (documenté) : Lacunza signe son livre « Juan Josafat Ben-Ezra », en se présentant comme un juif converti, ce qu’il n’était pas. En proportion : c’est un pseudonyme littéraire d’exilé, adopté pour se protéger d’une censure (le livre sera d’ailleurs mis à l’Index en 1824) et pour donner du poids à son plaidoyer sur la conversion d’Israël ; l’attribution à Lacunza a circulé tôt avec les copies manuscrites (à quelle date exactement : à vérifier).
  • 8. Double allégeance (allégué par des polémistes protestants antijésuites, dans la ligne de Froom, The Prophetic Faith of Our Fathers, vol. 3, 1946, qui insiste sur l’origine jésuite du livre) : la diffusion du livre aurait été un plan de la Compagnie. Non démontré : l’ordre était supprimé, Rome a condamné l’ouvrage, et le financement connu (Belgrano) est ouvert.

Le financement de l’édition de 1816 par Manuel Belgrano, homme politique argentin, est documenté mais public ; il n’entre pas dans le signal 2. Conclusion : un signal documenté, de faible portée ; le pseudonyme mérite d’être signalé au lecteur, mais rien n’indique une infiltration.

Pourquoi cette note

★★★☆☆ selon les critères neutres du barème. Fidélité au texte : il commente sans toucher au texte biblique. Indépendance : il écrit seul, en exil, sans commande. Transparence : sa lecture est argumentée comme une interprétation, mais il se cache derrière une fausse identité de juif converti. Honnêteté : par ailleurs, une vie retirée, sans argent ni titres. Apport réel (un commentaire étudié et influent), mêlé d’un défaut de transparence. La note ne dépend pas du jugement porté sur le futurisme ou le prémillénarisme ; la note initiale de 2/5 en dépendait et a été revue.

Voir aussi

Sources

  • Juan Josafat Ben-Ezra (Manuel Lacunza), La venida del Mesías en gloria y majestad, Londres, Carlos Wood, 1816.
  • Edward Irving (trad.), The Coming of Messiah in Glory and Majesty, Londres, 1827.
  • Alfred-Félix Vaucher, Une célébrité oubliée : le P. Manuel de Lacunza y Díaz, Collonges-sous-Salève, 1941 (bibliographie des éditions).
  • LeRoy Edwin Froom, The Prophetic Faith of Our Fathers, vol. 3, 1946.
  • Mario Góngora, « La obra de Lacunza en la lucha contra el “espíritu del siglo” en Europa, 1770-1830 », Historia (Santiago, Université pontificale catholique du Chili) 15 (1980), p. 7-65.
  • Memoria Chilena (Bibliothèque nationale du Chili), dossier « El fin de los tiempos y el advenimiento del Milenio » ; Teología y Vida (article biographique) : famille, études, entrée dans la Compagnie.