Ressources · Les personnes

Edward Irving

Pasteur presbytérien écossais, prédicateur le plus célèbre de Londres vers 1825, Irving a fait entrer dans le protestantisme britannique le futurisme du jésuite Manuel Lacunza, qu'il a traduit en anglais.

En bref

Pasteur presbytérien écossais, prédicateur le plus célèbre de Londres vers 1825, Irving a fait entrer dans le protestantisme britannique le futurisme du jésuite Manuel Lacunza, qu’il a traduit en anglais. Son Église a vu naître des « prophéties » et le parler en langues ; c’est dans son cercle, selon plusieurs témoins, qu’est apparue l’idée d’un enlèvement secret de l’Église.

Provenance et confession

Irving naît en 1792 à Annan (Dumfriesshire), dans le sud de l’Écosse, fils de Gavin Irving, tanneur, et de Mary Lowther, d’une famille de petits propriétaires de l’Annandale ; la tradition familiale fait remonter la lignée paternelle à des réfugiés huguenots. Sa langue est l’anglais d’Écosse. Élevé dans l’Église d’Écosse (presbytérienne), il étudie à l’université d’Édimbourg (diplômé vers 1809), enseigne à Haddington et à Kirkcaldy, puis est licencié prédicateur en 1815. Assistant de Thomas Chalmers à Glasgow, il est appelé en 1822 à la Caledonian Chapel de Londres, paroisse de l’Église d’Écosse. Déposé par le presbytère d’Annan en 1833, il devient pasteur (« ange ») de la congrégation de Newman Street dans l’Église catholique apostolique, née de son mouvement. Ses appartenances connues sont publiques : le cercle prophétique d’Albury et le journal The Morning Watch. Aucune appartenance à une loge ou à une société secrète n’est connue.

Vie

Faits documentés. Né à Annan (Écosse) le 4 août 1792, diplômé d’Édimbourg, assistant de Thomas Chalmers à Glasgow, il devient en 1822 pasteur de la Caledonian Chapel de Londres, puis de la grande église de Regent Square. Son éloquence attire la bonne société. De 1826 à 1830, il participe aux conférences d’Albury, tenues chez le banquier et député Henry Drummond, où un groupe d’évangéliques étudie les prophéties et attend un retour prochain du Christ. Le journal The Morning Watch (1829-1833) diffuse leurs idées.

En 1830, des manifestations charismatiques éclatent en Écosse (à Port Glasgow, chez les MacDonald, dont Margaret MacDonald, et dans la paroisse de Row, avec Mary Campbell) ; elles gagnent l’Église d’Irving en 1831 (langues, prophéties pendant le culte). Le presbytère de Londres l’exclut de Regent Square en 1832, puis l’Église d’Écosse le dépose en 1833, principalement pour son enseignement sur la nature humaine du Christ (il soutenait que le Christ avait pris une chair humaine déchue, tout en restant sans péché). Ses fidèles forment l’Église catholique apostolique, avec des « apôtres » rétablis. Épuisé, il meurt à Glasgow le 7 décembre 1834.

Influence sur la Bible et la doctrine

  • Lacunza. En 1827, Irving publie la traduction anglaise de La venida del Mesías en gloria y majestad du jésuite chilien Manuel Lacunza (sous le pseudonyme « Juan Josafat Ben-Ezra »), avec une longue préface. Lacunza, comme Francisco Ribera avant lui, plaçait l’accomplissement de l’Apocalypse dans l’avenir. Par Irving, ce futurisme d’origine catholique passe chez les protestants anglophones, qui jusque-là lisaient l’Apocalypse surtout de façon historiciste (voir Historicisme).
  • L’enlèvement. Samuel Prideaux Tregelles écrit en 1864 que l’idée d’un enlèvement secret fut d’abord donnée comme « utterance » dans l’Église d’Irving. Dave MacPherson en a fait la pièce centrale de sa thèse (voir John Nelson Darby). Irving lui-même ne semble pas avoir enseigné un système prétribulationnel complet ; son rôle est d’avoir créé le milieu où ces idées ont été reçues comme révélations.
  • Méthode. Son mouvement a reçu les prophéties orales de ses fidèles comme une parole de Dieu actuelle. Ses juges presbytériens et beaucoup de contemporains lui ont reproché de laisser ces paroles guider la doctrine sans contrôle suffisant par le texte ; ses partisans y voyaient le retour des dons de l’Église apostolique.

Financement et réseaux

  • Documenté : le réseau d’Albury était soutenu par Henry Drummond (1786-1860), banquier (banque Drummond) et député, qui accueillait et défrayait les conférences et devint un « apôtre » de l’Église catholique apostolique.
  • Allégué : on lit parfois que des intérêts bancaires auraient lancé le futurisme protestant par Drummond. Aucune source sérieuse connue ne le montre.
  • Non démontré : Drummond agissait comme croyant convaincu et sur ses propres fonds ; aucun lien avec les Rothschild ou d’autres financiers n’est établi.

Signaux d’alerte

Aucun signal documenté. Irving n’a pas modifié le texte biblique ; sa traduction de Lacunza a paru sous le pseudonyme choisi par l’auteur, avec une longue préface signée de lui, et ses idées sur la prophétie ont été publiées comme des interprétations, débattues ouvertement. Rien de suspect au sens de la grille ; le seul point à approfondir est historique : la part exacte de son Église dans la naissance de l’idée d’enlèvement (voir Margaret MacDonald).

Pourquoi cette note

Critères neutres : Irving n’a ni traduit ni édité le texte de la Bible ; il a présenté ses idées sous son nom ; il vivait de sa paroisse et n’a pas d’argent caché ; il a payé ses convictions de sa place. La lecture futuriste qu’il a fait connaître aux protestants anglophones est une interprétation, décrite dans Futurisme, et ne compte pas dans la note. Ce qui retient la note à 3/5 : il a laissé des « prophéties » orales peser sur la doctrine de son Église, ce que ses propres juges presbytériens lui ont reproché, et son influence sur la transmission du texte est indirecte. Prédicateur sincère, influence réelle et mêlée : 3/5.

Voir aussi

Sources

  • Margaret Oliphant, The Life of Edward Irving, 1862.
  • Arnold Dallimore, The Life of Edward Irving: Fore-runner of the Charismatic Movement, 1983.
  • Columba Graham Flegg, Gathered under Apostles: A Study of the Catholic Apostolic Church, 1992.
  • S. P. Tregelles, The Hope of Christ’s Second Coming, 1864.
  • Ernest R. Sandeen, The Roots of Fundamentalism, 1970.
  • Tim Grass, Edward Irving: The Lord’s Watchman, 2011.