Fiche de recherche, sources indiquées. Les points marqués « à vérifier » ne sont pas encore confirmés par les sources.
En bref
Margaret Dunlop Gibson est la jumelle d’Agnes Smith Lewis et sa compagne de toutes les expéditions au monastère Sainte-Catherine du Sinaï, où les deux sœurs identifient en 1892 le palimpseste syriaque des Évangiles (Syrus Sinaiticus). Agnes est la syriacisante qui reconnaît le texte ; Margaret, arabisante, photographie les feuillets avec elle, catalogue les manuscrits arabes du monastère et publie des versions arabes de livres bibliques et des textes apocryphes. Elle partage avec sa sœur le rôle déclencheur dans la découverte de la Geniza du Caire (1896) et le financement de Westminster College, Cambridge.
Provenance et confession
Margaret Smith naît à Irvine, dans l’Ayrshire, en 1843, jumelle d’Agnes (le 11 janvier selon la plupart des notices, à vérifier). Leur mère, Margaret Dunlop, dont elle porte le nom, meurt quelques semaines après la naissance ; leur père, John Smith, avoué, les fait instruire par des gouvernantes puis à l’Irvine Royal Academy et dans des pensionnats de Birkenhead et de Kensington, et leur laisse en 1866 une fortune importante. Le milieu est presbytérien écossais, et elle reste presbytérienne toute sa vie. En 1883 elle épouse James Young Gibson, formé pour le ministère de l’Église presbytérienne unie et traducteur de Cervantes, qui meurt en 1886. Elle n’a reçu ni ordination ni rattachement à un ordre ; aucune appartenance à une loge ou à un cercle n’est documentée. Seule appartenance savante attestée : la Royal Asiatic Society, qui décerne aux deux sœurs sa médaille d’or triennale en 1915.
Vie
- 1843 : naissance à Irvine. 1866 : mort du père, héritage partagé avec Agnes.
- 1868 : voyage en Égypte et en Palestine avec sa sœur ; 1883 : voyage en Grèce.
- 1883 : mariage avec James Young Gibson ; veuve en 1886. Elle apprend l’arabe, Agnes le syriaque.
- 1892 : premier voyage au Sinaï ; les deux sœurs photographient les feuillets du palimpseste reconnu par Agnes. Elle publie How the Codex Was Found (1893), tiré de leurs journaux.
- 1893 et après : nouveaux séjours au Sinaï ; catalogue des manuscrits arabes du monastère (Studia Sinaitica III, 1894).
- 1896 : les feuillets hébreux rapportés du Caire mènent Solomon Schechter à l’original hébreu de Ben Sira ; en 1897, les sœurs le rejoignent au Caire.
- 1899 : installation de Westminster College à Cambridge, financée en grande partie par les deux sœurs.
- Meurt le 11 janvier 1920 à Cambridge ; inhumée avec son mari au cimetière Dean d’Édimbourg.
Influence sur la Bible et la doctrine
Les textes arabes (faits). Margaret Gibson se spécialise dans les versions arabes chrétiennes, peu étudiées à l’époque. Elle publie notamment un Catalogue of the Arabic MSS. in the Convent of S. Catharine on Mount Sinai (1894), une version arabe des épîtres de Paul (An Arabic Version of the Epistles of St. Paul to the Romans, Corinthians, Galatians, 1894), des Apocrypha Arabica (1901), la Didascalia Apostolorum en syriaque et en anglais (Horae Semiticae, 1903) et The Commentaries of Isho’dad of Merv (à partir de 1911), commentaire syriaque du IXe siècle sur les Évangiles. Avec sa sœur, elle publie The Palestinian Syriac Lectionary of the Gospels (1899). Les titres et dates de détail sont à vérifier dans la bibliographie de Soskice.
Le palimpseste (faits). Son rôle dans la découverte de 1892 est celui de photographe (avec sa sœur) et d’organisatrice ; l’identification et l’édition reviennent à Agnes et aux savants de Cambridge (voir la fiche d’Agnes Smith Lewis pour le contenu du manuscrit : Marc s’achevant en 16:8, absence de Jn 7:53-8:11, leçon particulière de Mt 1:16). Les photographies des deux sœurs servent à compléter la transcription laissée inachevée après la mort de Robert Bensly en 1893.
Débats (faits et témoignages). Les tensions de l’expédition de 1893 avec Bensly, Rendel Harris et Burkitt (partage du travail, mérite de la découverte) la concernent comme sa sœur ; Janet Soskice les raconte à partir des journaux et lettres. Le détail est à vérifier dans Soskice.
Femmes sans diplôme (faits). Comme sa sœur, elle ne reçut aucun grade de Cambridge, qui n’en accordait pas aux femmes. Elle reçut des doctorats honorifiques (les notices citent Halle, St Andrews, Heidelberg et Dublin pour les deux sœurs, répartition à vérifier).
Interprétation. Son apport est moins spectaculaire que celui d’Agnes, mais il a ouvert l’accès aux versions arabes et syriaques de la Bible conservées au Sinaï, matériaux qui servent aujourd’hui à l’étude de la transmission du texte dans l’Orient chrétien. Elle n’a produit ni traduction destinée à une Église ni texte de référence : elle a catalogué et publié.
Financement et réseaux
- Documenté : voyages, photographies, achats et éditions payés sur sa fortune personnelle (héritage paternel, 1866) ; financement, avec Agnes, du terrain et d’une partie des bâtiments de Westminster College, Cambridge, collège de théologie de l’Église presbytérienne d’Angleterre, et de l’aumônerie presbytérienne d’Oxford.
- Allégué : rien de connu.
- Non démontré : aucun financement extérieur ni commanditaire.
Signaux d’alerte
Aucun signal documenté. Fortune connue et personnelle, travaux publiés et vérifiables, aucun lien attesté avec un pouvoir, un ordre ou un cercle ; rien ne justifie une enquête plus poussée.
Pourquoi cette note
★★★★☆ selon les critères neutres du barème. Fidélité au texte : éditions et catalogues publiés, avec textes et traductions contrôlables. Honnêteté, indépendance, transparence : entières, puisqu’elle paie elle-même et publie ses sources. Réserve : éditions d’une autodidacte, parfois corrigées par les spécialistes ultérieurs, et apport secondaire par rapport à celui de sa sœur pour le palimpseste.
Voir aussi
- Agnes Smith Lewis · Constantin von Tischendorf
- Peshitta · Diatessaron · Codex Sinaiticus · Septante
- Mouvement de critique textuelle
Sources
- Janet Soskice, The Sisters of Sinai: How Two Lady Adventurers Discovered the Hidden Gospels, Londres et New York, 2009.
- A. Whigham Price, The Ladies of Castlebrae, Gloucester, 1985.
- Margaret Dunlop Gibson, How the Codex Was Found, Cambridge, 1893.
- Margaret Dunlop Gibson, Catalogue of the Arabic MSS. in the Convent of S. Catharine on Mount Sinai, Studia Sinaitica III, 1894.
- Agnes Smith Lewis et Margaret Dunlop Gibson, The Palestinian Syriac Lectionary of the Gospels, 1899.
- Adina Hoffman et Peter Cole, Sacred Trash: The Lost and Found World of the Cairo Geniza, 2011.
- Westminster College, Cambridge, fonds Lewis-Gibson ; Archives Hub, Papers of Agnes Smith Lewis and Margaret Dunlop Gibson.