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Peshitta

La Peshitta (« la simple », ou « la commune ») est la Bible des chrétiens de langue syriaque, un dialecte araméen d'Édesse.

Fiche de recherche, sources indiquées. Évaluation proposée, pas encore confirmée. Les points marqués « à vérifier » ne sont pas encore confirmés par les sources.

En bref

La Peshitta (« la simple », ou « la commune ») est la Bible des chrétiens de langue syriaque, un dialecte araméen d’Édesse. Elle est encore lue aujourd’hui par l’Église syriaque orthodoxe, l’Église de l’Orient (assyrienne), les maronites et les chrétiens de saint Thomas en Inde. Son Nouveau Testament n’a que 22 livres.

Histoire

Documenté :

  • L’Ancien Testament syriaque fut traduit de l’hébreu, probablement entre le IIe et le IIIe siècle ; on discute s’il est d’origine juive ou judéo-chrétienne. Il connaît aussi la Septante.
  • Avant la Peshitta, les Syriaques lisaient les Évangiles dans le Diatessaron de Tatien le Syrien, puis dans la « Vieille syriaque » (manuscrits de Cureton et du Sinaï, IVe-Ve siècle).
  • Le Nouveau Testament de la Peshitta, révision plus proche du grec, est en usage au début du Ve siècle. On l’a longtemps attribué à Rabboula, évêque d’Édesse (411-435) ; cette attribution, défendue par F. C. Burkitt, est aujourd’hui contestée.
  • Le plus ancien manuscrit daté du Pentateuque syriaque est de 464 (British Library, Add. 14425).

Thèse alléguée : certains auteurs (George Lamsa au XXe siècle, mouvement de la « primauté araméenne ») affirment que la Peshitta du NT serait l’original et le grec une traduction. Les spécialistes la rejettent : la Peshitta du NT montre des traits d’une traduction du grec.

Texte source et méthode

Traduction simple et assez littérale. Dans les Évangiles, son texte grec de base est surtout proche du type byzantin, avec des leçons plus anciennes.

Canon du NT : 22 livres. Manquent 2 Pierre, 2 et 3 Jean, Jude et l’Apocalypse. Ces livres furent traduits plus tard (version philoxénienne en 508, version harkléenne en 616) et ajoutés dans les éditions imprimées.

Passages témoins

PassageTraitement
Mt 24:34« cette génération » (sharbtā hādē), rendu mot à mot
Ap 1:1absent du canon de la Peshitta (Apocalypse non incluse)
1 Jn 5:7-8Comma absente
Mc 16:9-20présente
Jn 7:53-8:11absente du texte primitif ; ajoutée dans des éditions imprimées
1 Tm 3:16« qui a été manifesté dans la chair » (d-etgli b-besrā, sans « Dieu ») ; Metzger (Textual Commentary, 1994) range la Peshitta parmi les témoins de hos
Ap 22:19absent (Apocalypse non incluse)
Ac 8:37absent du texte primitif

Notes, livres et doctrine

Pas de notes. L’Ancien Testament contient plusieurs deutérocanoniques (Siracide, Sagesse, etc.) selon les manuscrits. Fait remarquable : une Église entière a vécu des siècles sans l’Apocalypse dans sa Bible officielle.

Ce qu’on lui reproche

  • Un texte « syrien » tardif, sans valeur ancienne (Brooke Foss Westcott et Fenton John Anthony Hort, Introduction, 1881) : pour eux, la Peshitta du NT est une révision du IVe siècle, alignée sur le texte d’Antioche, et ne prouve donc pas l’ancienneté du texte byzantin. Réponse : John William Burgon (The Traditional Text, 1896) la tenait pour une version du IIe siècle, témoin du texte traditionnel. Arthur Vööbus (années 1950) a contesté l’attribution à Rabboula sans lui rendre l’âge que lui donnait Burgon ; le débat sur sa date se poursuit.
  • Un canon amputé : sans 2 Pierre, 2-3 Jean, Jude ni Apocalypse, elle est jugée incomplète par les Églises grecques et latines. Pourquoi : elle reflète le canon reçu à Antioche et à Édesse au IVe siècle, où ces livres étaient encore discutés ; ce n’est pas un retrait, mais un état ancien.
  • Le mythe de l’original araméen (George Lamsa, The Holy Bible from Ancient Eastern Manuscripts, 1957 ; mouvement de la « primauté araméenne ») : ce n’est pas un reproche fait à la Peshitta, mais à ceux qui s’en servent. Lamsa traduit par exemple « une corde » au lieu de « un chameau » (Mt 19:24) et rend Mt 27:46 par « pour cela j’ai été épargné ». Réponse des syriacistes (Brock, Metzger) : la Peshitta traduit le grec, et ces lectures ne s’appuient pas sur la langue syriaque.
  • Influence chrétienne sur l’Ancien Testament : traduite de l’hébreu, la Peshitta de l’AT montre ici et là l’influence de la Septante et de lectures chrétiennes. M. P. Weitzman (1999) pense à une origine juive non rabbinique, convertie ensuite ; d’autres à une origine chrétienne. On ne sait pas trancher.
  • Passages absents : les tenants du Textus Receptus remarquent qu’elle n’a ni la femme adultère, ni Ac 8:37, ni la Comma. Ceux du texte critique en tirent un argument contre ces passages. La Peshitta elle-même n’a laissé aucune explication.

Versets ajoutés ou retirés

Pourquoi cette note

Interprétation : traduction ancienne, simple et sans notes, d’un texte proche de celui transmis en Orient ; c’est un témoin important du texte du IVe-Ve siècle. Les réserves : canon réduit du NT, origine discutée de l’AT, et absence de passages qu’ont d’autres traditions (Jn 7:53-8:11, Ac 8:37, Comma), ce qui en fait un témoin de leur histoire plutôt qu’un défaut. Le mythe d’un « original araméen » ne doit pas être confondu avec la valeur réelle de la version.

Voir aussi

Diatessaron · Tatien le Syrien · Targoums · Septante · Texte majoritaire · Textus Receptus

Sources

  • Bruce M. Metzger, The Early Versions of the New Testament, Clarendon Press, 1977, ch. 1.
  • Michael P. Weitzman, The Syriac Version of the Old Testament, Cambridge University Press, 1999.
  • Sebastian P. Brock, The Bible in the Syriac Tradition, Gorgias Press, 2e éd. 2006.
  • B. F. Westcott et F. J. A. Hort, The New Testament in the Original Greek: Introduction, 1881, § 186-190 (paragraphes à vérifier).
  • John W. Burgon, The Traditional Text of the Holy Gospels, éd. E. Miller, 1896.
  • Arthur Vööbus, Early Versions of the New Testament, Stockholm, 1954.
  • George M. Lamsa, The Holy Bible from Ancient Eastern Manuscripts, A. J. Holman, 1957.