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Diatessaron

Le Diatessaron (« à travers les quatre ») est une harmonie des Évangiles : Tatien le Syrien, disciple de Justin à Rome, fondit Matthieu, Marc, Luc et Jean en un seul récit continu, vers 170.

Fiche de recherche, sources indiquées. Évaluation proposée, pas encore confirmée. Les points marqués « à vérifier » ne sont pas encore confirmés par les sources.

En bref

Le Diatessaron (« à travers les quatre ») est une harmonie des Évangiles : Tatien le Syrien, disciple de Justin à Rome, fondit Matthieu, Marc, Luc et Jean en un seul récit continu, vers 170. Dans les Églises de langue syriaque, il fut pendant deux siècles l’Évangile lu dans les églises, à la place des quatre Évangiles séparés. Aucun manuscrit complet de l’original ne subsiste.

Histoire

Documenté :

  • Tatien, d’origine assyrienne, converti à Rome, compose l’harmonie vers 170, puis retourne en Orient. Irénée (Contre les hérésies I, 28) le range parmi les encratites (qui condamnaient le mariage, la viande et le vin).
  • À Édesse, le Diatessaron est la forme habituelle des Évangiles. Éphrem le Syrien († 373) en écrit un commentaire (conservé en arménien et en partie en syriaque, manuscrit Chester Beatty).
  • Au Ve siècle, les évêques syriaques le remplacent par les quatre Évangiles séparés (Peshitta). Rabboula d’Édesse ordonne d’avoir des Évangiles séparés ; Théodoret de Cyr écrit (Haereticarum fabularum compendium I, 20) avoir retiré plus de deux cents exemplaires de son diocèse, parce que Tatien en avait retranché les généalogies et ce qui montre que le Seigneur est né de la lignée de David selon la chair.
  • Un petit fragment grec a été trouvé à Doura-Europos (le fragment 0212, avant 256) ; son lien direct avec le Diatessaron est probable mais discuté.
  • Il en reste des descendants : une harmonie arabe, une harmonie persane, et en Occident le Codex Fuldensis (latin, 546), puis des harmonies médiévales en néerlandais, italien, allemand.

Texte source et méthode

Tatien partait des quatre Évangiles grecs déjà reconnus vers 170 : c’est une preuve ancienne que ces quatre-là, et eux seuls, faisaient autorité. Mais sa méthode est celle d’un éditeur : il choisit, combine, supprime les doublons et réordonne les épisodes autour d’une seule chronologie, en partant de Jean 1:1. Plusieurs leçons attribuées au Diatessaron semblent refléter ses idées ascétiques (par exemple, Jean-Baptiste se nourrissant de lait et de miel au lieu de sauterelles, selon des témoins tardifs ; à vérifier).

Passages témoins

PassageTraitement
Mt 24:34inconnu dans le détail (texte original perdu)
Ap 1:1sans objet (Évangiles seulement)
1 Jn 5:7-8sans objet
Mc 16:9-20probablement utilisée : l’harmonie arabe et Éphrem semblent connaître la finale longue ; à vérifier
Jn 7:53-8:11absente des témoins orientaux, selon les études ; à vérifier
1 Tm 3:16sans objet
Ap 22:19sans objet

Notes, livres et doctrine

Pas de notes, mais l’acte même de fondre les quatre témoins en un seul récit efface leurs différences et leur ordre propre. La suppression des généalogies (rapportée par Théodoret) touche à la messianité davidique de Jésus.

Ce qu’on lui reproche

  • Avoir retranché les généalogies (Théodoret de Cyr, Compendium des fables hérétiques I, 20, vers 453) : Tatien aurait ôté les généalogies de Matthieu et de Luc et tout ce qui montre Jésus né de David selon la chair ; Théodoret en retira plus de deux cents exemplaires. Pourquoi : Tatien n’a laissé aucune explication. Interprétation possible : dans un récit unique, deux généalogies différentes posaient problème ; Théodoret, lui, y voit une intention doctrinale.
  • Avoir corrigé les apôtres (Eusèbe de Césarée, Histoire ecclésiastique IV, 29, 6) : Tatien aurait « osé paraphraser certaines paroles de l’apôtre » pour en corriger le style. Le reproche vise Paul, mais montre sa liberté d’éditeur.
  • Des retouches ascétiques (encratisme : Irénée, Contre les hérésies I, 28) : des spécialistes (Arthur Vööbus, William L. Petersen) attribuent au Diatessaron des leçons qui servent l’ascèse, comme Anne veuve après « sept jours » de mariage au lieu de sept ans (Lc 2:36), ou Jean-Baptiste nourri de « lait et miel ». Réponse : d’autres (Tjitze Baarda, Ulrich Schmid) jugent ces attributions fragiles, parce que le texte original est perdu et qu’on le reconstruit à partir de témoins tardifs.
  • Une reconstruction trop hardie (Ulrich B. Schmid, 2003 et 2013) : les harmonies médiévales d’Occident (Liège, Toscane, Pepys) ne descendent pas de Tatien mais du Codex Fuldensis, harmonie faite sur la Vulgate ; s’en servir pour retrouver le texte de Tatien, comme on l’a fait depuis le XIXe siècle, serait une erreur de méthode.
  • Des ajouts hors des Évangiles : Éphrem et Ishodad de Merv rapportent qu’au baptême de Jésus une grande lumière brilla sur le Jourdain, détail absent des quatre Évangiles (aussi chez Justin, maître de Tatien). Pourquoi : peut-être une tradition orale reçue par Tatien ; on ne sait pas.
  • Avoir remplacé les quatre Évangiles : le reproche des évêques syriaques du Ve siècle (Rabboula, Théodoret) n’est pas seulement doctrinal : une Église lisait un texte recomposé au lieu des quatre témoins. Réponse des historiens : l’harmonie répondait à un besoin pratique (lecture continue) et fut d’abord reçue sans soupçon.

Versets ajoutés ou retirés

  • Matthieu 1-16 - la généalogie de Joseph : les généalogies (Mt 1 et Lc 3) sont absentes, selon Théodoret ; la question de Mt 1:16 n’y est donc pas traitée.
  • Ajout propre : la lumière au baptême (selon Éphrem et Ishodad).

Pourquoi cette note

Interprétation : c’est un témoin très ancien (IIe siècle) du texte des Évangiles et de l’autorité des quatre. Mais ce n’est pas une traduction fidèle : c’est un texte recomposé, et l’auteur, selon les Pères, y a mêlé sa doctrine. Le barème range cela entre la paraphrase lourde (2) et le texte modifié pour une doctrine (1). Note 2, à confirmer.

Voir aussi

Tatien le Syrien · Peshitta · Marcion de Sinope · Vetus Latina

Sources

  • William L. Petersen, Tatian’s Diatessaron: Its Creation, Dissemination, Significance, and History in Scholarship, Brill, 1994.
  • Bruce M. Metzger, The Early Versions of the New Testament, Clarendon Press, 1977, ch. 1.
  • Louis Leloir, Éphrem de Nisibe. Commentaire de l’Évangile concordant, Sources chrétiennes 121, 1966.
  • Théodoret de Cyr, Haereticarum fabularum compendium I, 20 ; Eusèbe, Histoire ecclésiastique IV, 29 ; Irénée, Contre les hérésies I, 28.
  • Ulrich B. Schmid, « In Search of Tatian’s Diatessaron in the West », Vigiliae Christianae 57, 2003 ; et « The Diatessaron of Tatian », dans B. D. Ehrman et M. W. Holmes (dir.), The Text of the New Testament in Contemporary Research, 2e éd., Brill, 2013.
  • Tjitze Baarda, Essays on the Diatessaron, Kok Pharos, 1994.