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Constantin von Tischendorf

Professeur à Leipzig, Constantin Tischendorf a passé sa vie à chercher, déchiffrer et publier des manuscrits bibliques.

En bref

Professeur à Leipzig, Constantin Tischendorf a passé sa vie à chercher, déchiffrer et publier des manuscrits bibliques. Il est surtout l’homme du Codex Sinaiticus, qu’il a fait sortir du monastère Sainte-Catherine du Sinaï sous la protection du tsar de Russie. Ses éditions critiques du Nouveau Testament, surtout la huitième (1869-1872), s’appuient fortement sur ce manuscrit et s’éloignent du Textus Receptus en des milliers d’endroits.

Provenance et confession

Lobegott Friedrich Constantin Tischendorf naît le 18 janvier 1815 à Lengenfeld, dans le Vogtland saxon, fils d’un médecin. Le milieu est celui de la bourgeoisie instruite de Saxe, luthérienne et de langue allemande. Après le gymnase de Plauen, il étudie la théologie et la philologie à Leipzig (1834-1838), où l’influence du philologue Gottfried Hermann et l’exemple de Karl Lachmann l’orientent vers la critique du texte. Il reste luthérien toute sa vie et se présente comme un défenseur de l’historicité des Évangiles contre la critique radicale de Tübingen. Les notices ne mentionnent pas d’ordination pastorale : il fait carrière comme universitaire à Leipzig. Ses titres viennent de ses découvertes : professeur à Leipzig, puis anobli (« von ») par le tsar en 1869. Aucune appartenance à une loge ou à un cercle n’est documentée (une recherche en ce sens n’a rien donné).

Vie

  • Né en 1815 à Lengenfeld (Saxe), fils de médecin. Études de théologie à Leipzig.
  • 1840-1843 : à Paris, il déchiffre le palimpseste du Codex Ephraemi Rescriptus (texte biblique effacé et recouvert de sermons d’Éphrem) ; le travail lui donne sa réputation.
  • Voyages en Orient en 1844, 1853 et 1859. Professeur à Leipzig ; anobli (« von ») par le tsar en 1869.
  • Meurt à Leipzig en 1874, après une attaque en 1873.

Influence sur la Bible et la doctrine

Le Sinaiticus (faits).

  • 1844 : au monastère Sainte-Catherine, il obtient 43 feuillets de la Septante grecque. Il raconte plus tard les avoir vus dans un panier de parchemins destinés au feu ; les moines ont toujours contesté ce récit, et beaucoup d’historiens le jugent embelli. Il les publie à Leipzig en 1846 sous le nom de Codex Friderico-Augustanus, en l’honneur du roi de Saxe.
  • 1853 : second voyage, sans résultat.
  • 1859 : troisième voyage, sous le patronage du tsar Alexandre II. Le 4 février, l’économe du monastère lui montre le manuscrit presque complet (Ancien Testament partiel, Nouveau Testament entier, Épître de Barnabé et Pasteur d’Hermas). Le codex est copié au Caire, puis emporté en Russie avec l’accord du monastère, pour une édition. Tischendorf signe en 1859 un document où il promet de le rendre ; le monastère l’a conservé et le cite encore pour dire qu’il s’agissait d’un prêt.
  • 1862 : édition en fac-similé, en quatre volumes, offerte pour le millénaire de l’État russe.
  • 1869 : un acte de donation au tsar est signé par l’archevêque du Sinaï, en échange d’argent et de faveurs politiques : 9 000 roubles et des décorations, selon l’acte conservé aux archives du ministère russe des Affaires étrangères (rendu public en 2009-2010) et les historiens de l’affaire (Parker, 2010 ; Böttrich, 2011). Le monastère conteste depuis la validité de la transaction.
  • 1933 : le gouvernement soviétique vend le manuscrit au British Museum pour 100 000 livres sterling.

Une allégation de faux. En 1862, le paléographe grec Constantin Simonides, faussaire avéré par ailleurs, affirme avoir écrit lui-même le Sinaiticus vers 1840. Les spécialistes rejettent cette affirmation (état du parchemin, corrections successives, encres) ; elle circule encore sur Internet. Elle est non démontrée.

Les éditions (faits). Tischendorf publie huit éditions du Nouveau Testament grec (1841-1872). La huitième, editio octava critica maior, a un apparat critique encore utilisé aujourd’hui ; son texte suit le Sinaiticus de très près.

Interprétation. Tischendorf a réellement servi la connaissance des manuscrits : il en a sauvé, déchiffré et publié beaucoup. Ses critiques lui reprochent d’avoir fait d’un seul manuscrit, qu’il avait découvert et dont il tirait sa gloire, l’arbitre du texte ; ses défenseurs répondent que l’ancienneté du Sinaiticus justifiait ce poids. Le Sinaiticus omet par exemple Mc 16:9-20 et Jn 7:53-8:11, et il est fortement corrigé par plusieurs mains. Les conditions d’acquisition (pression russe, promesse de restitution non tenue) restent un litige ouvert.

Financement et réseaux

  • Documenté : le voyage de 1859 et l’édition de 1862 sont financés par le tsar Alexandre II et le gouvernement russe ; appui antérieur du roi de Saxe.
  • Allégué : que l’opération ait servi une politique russe d’influence sur l’Orthodoxie orientale (plausible, discuté par les historiens).
  • Non démontré : que Tischendorf ait agi pour un réseau caché ou une doctrine précise ; que le Sinaiticus soit un faux moderne.

Signaux d’alerte

  • 2. Argent opaque (documenté, au sens d’un financement par un pouvoir extérieur à l’Église) : le voyage décisif de 1859 et l’édition de 1862 sont payés par le tsar Alexandre II et l’État russe, et l’acte de 1869 cède le codex au tsar contre de l’argent et des faveurs. En proportion : ce financement n’était pas caché, et le mécénat princier des savants était courant ; c’est l’intérêt d’un État dans l’opération, non une source secrète, qui fait cocher ce signal.
  • 1. Passé caché ou mensonger (allégué par le monastère Sainte-Catherine, et par plusieurs historiens pour le récit du « panier » de 1844) : son récit des découvertes serait embelli, et la promesse écrite de restitution de 1859 n’a pas été tenue. Le reçu de 1859 est réel ; l’embellissement du récit est discuté.
  • 7. Pouvoir politique servi (allégué par des historiens de l’affaire, qui y voient un instrument de l’influence russe sur l’Orthodoxie orientale) : plausible pour la politique du tsar, non démontré pour Tischendorf lui-même.

Conclusion : un signal documenté ; les conditions d’acquisition du Sinaiticus méritent une enquête plus poussée (archives du monastère, de Saint-Pétersbourg), mais rien ne montre que Tischendorf ait servi une doctrine ou modifié un texte.

Pourquoi cette note

★★★☆☆ selon les critères neutres du barème. Fidélité au texte : ses éditions reposent sur des manuscrits réels, avec un apparat encore utilisé ; le poids donné au Sinaiticus reste un choix discuté. Honnêteté et indépendance : une acquisition sous patronage russe dont l’histoire n’est pas propre (promesse de restitution, récit embelli). Transparence : ses choix sont publiés et vérifiables. Apport documentaire immense, mêlé de compromis. La note initiale de 2/5 tenait en partie au choix du texte critique contre le texte reçu ; elle a été revue pour ne pas dépendre d’une école textuelle.

Voir aussi

Sources

  • Constantin Tischendorf, Wann wurden unsere Evangelien verfasst?, 1865 (contient son récit des découvertes).
  • D. C. Parker, Codex Sinaiticus: The Story of the World’s Oldest Bible, British Library, 2010.
  • Christfried Böttrich, Der Jahrhundertfund. Entdeckung und Geschichte des Codex Sinaiticus, Leipzig, 2011.
  • J. K. Elliott, Codex Sinaiticus and the Simonides Affair, Thessalonique, 1982.
  • Bibliotheca Sacra, 1852, notice sur l’édition de Tischendorf (naissance à Lengenfeld, jeunesse).