Fiche de recherche, sources indiquées. Les points marqués « à vérifier » ne sont pas encore confirmés par les sources.
Cette fiche porte sur l’influence qu’on prête à Untermyer sur la transmission de la Bible et la doctrine de l’Église, non sur sa personne.
En bref
Grand avocat d’affaires new-yorkais, sioniste engagé, Untermyer est cité sur Internet comme l’homme qui aurait « fabriqué » Cyrus Ingerson Scofield et sa Bible pour le compte du mouvement sioniste, voire des Rothschild. Cette affirmation vient d’une suggestion de Joseph M. Canfield (1988). Les documents connus ne la confirment pas.
Provenance et confession
Untermyer naît en 1858 à Lynchburg (Virginie), fils d’Isidor Untermyer, immigré juif venu de Bavière, commerçant, et de Therese Landauer ; après la mort du père en 1866, la mère s’installe à New York avec ses enfants. Anglophone, de culture juive allemande, il reste juif toute sa vie et devient un sioniste actif dans les années 1920. Il étudie le droit à la Columbia Law School (diplômé en 1878) et fonde avec son parent Randolph Guggenheimer (demi-frère selon certaines sources, cousin selon d’autres) le cabinet qui deviendra Guggenheimer, Untermyer & Marshall. Il n’a aucun rôle dans une Église chrétienne. Seule appartenance documentée à un cercle : le Lotos Club de New York, cercle littéraire et mondain. Aucune appartenance à une loge ou à une société secrète n’est documentée par une source sérieuse.
Vie
Faits documentés. Né à Lynchburg (Virginie) le 6 mars 1858, d’une famille juive allemande, il devient l’un des avocats les mieux payés des États-Unis. En 1912-1913, il est le conseiller du comité Pujo de la Chambre des représentants, qui enquête sur le « trust de l’argent » : il interroge J. P. Morgan et les grands banquiers de Wall Street. Il participe ensuite à la préparation du Federal Reserve Act (1913). Sioniste, il préside l’organisation américaine du Keren Hayesod (fonds de reconstruction de la Palestine) dans les années 1920. En 1933, il fonde la Non-Sectarian Anti-Nazi League et mène aux États-Unis le boycott des produits de l’Allemagne nazie. Membre du Lotos Club de New York. Il meurt à Palm Springs (Californie) le 16 mars 1940.
Influence sur la Bible et la doctrine
Aucune intervention d’Untermyer dans une traduction, une édition ou une doctrine chrétienne n’est documentée. Son nom n’entre dans l’histoire de la Bible que par le dossier Scofield :
- Scofield est admis en 1900-1901 au Lotos Club, cercle littéraire où Untermyer est membre depuis les années 1890 (1894 selon les sites qui reprennent Canfield, à vérifier).
- Joseph M. Canfield (The Incredible Scofield and His Book, 1988) estime que cette admission « n’a pas pu être recherchée » par Scofield et soupçonne l’influence d’un membre lié au comité du club ; il relève qu’Untermyer siégeait au comité du club qui examina la candidature (sans dire qu’il l’a parrainé) et suggère que la théologie de Scofield servait le projet sioniste. C’est une suggestion, présentée par Canfield lui-même comme un soupçon.
- À partir de là, des textes en ligne (années 1990-2020) affirment qu’Untermyer a payé Scofield, l’a introduit chez Oxford University Press, et agissait pour les Rothschild.
Financement et réseaux
- Documenté : Untermyer est sioniste militant et dirigeant du Keren Hayesod américain ; il est membre du Lotos Club en même temps que Scofield. Les vrais bailleurs connus de la Bible Scofield sont des hommes d’affaires évangéliques (Alwyn Ball Jr., John T. Pirie, Francis E. Fitch), selon Gaebelein ; un appui de Lyman Stewart est seulement allégué (Canfield), sans versement connu.
- Allégué : par Canfield (1988), sous forme de soupçon : Untermyer derrière l’ascension mondaine de Scofield. Par de nombreux auteurs en ligne, sans source primaire : Untermyer financeur de la Bible Scofield et relais des Rothschild.
- Non démontré : le registre du Lotos Club, cité par D. Jean Rushing (mémoire, East Tennessee State University, 2011), indiquerait que Scofield fut proposé par Horatio Fraser et appuyé par John Elderkin, non par Untermyer (détail non retrouvé dans les sources accessibles, à vérifier dans le mémoire ; Fraser et Elderkin sont bien des membres dirigeants du club vers 1901). Aucune lettre, aucun versement, aucun témoignage ne relie Untermyer à Oxford University Press ou au contenu des notes de Scofield. Le choix d’Oxford s’explique par son privilège d’imprimer la King James. Les idées de Scofield viennent de Darby, Brookes et Niagara, et sont antérieures à toute rencontre possible avec Untermyer.
Ce qu’il faut retenir. La coïncidence existe (un sioniste influent et un dispensationaliste dans le même club, au moment où la Bible Scofield se prépare) ; la preuve d’un rôle d’Untermyer, non. Une enquête sérieuse devrait consulter les archives du Lotos Club et celles d’Oxford University Press à New York.
Signaux d’alerte
La grille vise ceux qui agissent dans une Église ; Untermyer n’en fait pas partie, et ses engagements (avocat, sioniste, adversaire des banquiers au comité Pujo) étaient publics.
- 2. Argent opaque (allégué par Joseph M. Canfield, The Incredible Scofield and His Book, 1988, comme soupçon, puis par des auteurs en ligne sans source primaire) : il aurait soutenu Scofield ou financé sa Bible. Aucun document connu ne le confirme.
Aucun signal documenté. Le seul point qui mérite une enquête est la vérification directe des archives du Lotos Club et d’Oxford University Press à New York (voir Enquête - Scofield et Darby).
Pourquoi cette note
La note ne juge pas l’homme ni ses engagements politiques, mais son influence sur la transmission de la Parole, qui n’est pas démontrée : il n’a ni traduit, ni édité, ni annoté la Bible, et aucun versement ni aucune lettre ne le relie à Scofield. Ses convictions sionistes, publiques, ne sont pas une faute au sens du barème. 3/5 est donc une note neutre d’attente ; la fiche pourrait aussi être retirée du classement, puisqu’aucune action sur le texte n’est documentée.
Voir aussi
- Cyrus Ingerson Scofield · Scofield Reference Bible · Famille Rothschild · John D. Rockefeller Jr.
- Sionisme chrétien · Financements - documenté et allégué
Sources
- Joseph M. Canfield, The Incredible Scofield and His Book, 1988.
- D. Jean Rushing, From Confederate Deserter to Decorated Veteran Bible Scholar: Exploring the Enigmatic Life of C. I. Scofield 1861-1921, mémoire de maîtrise, East Tennessee State University, 2011 (dc.etsu.edu/etd/1380).
- Arno C. Gaebelein, The History of the Scofield Reference Bible, 1943.
- Ernest R. Sandeen, The Roots of Fundamentalism, 1970.
- Report of the Committee Appointed Pursuant to House Resolutions 429 and 504 to Investigate the Concentration of Control of Money and Credit (rapport du comité Pujo), Chambre des représentants, 1913.