Fiche de recherche, sources indiquées. Évaluation proposée, pas encore confirmée. Les points marqués « à vérifier » ne sont pas encore confirmés par les sources.
En bref
Ce n’est pas une traduction nouvelle : c’est le texte de la King James 1611 accompagné de notes, de titres, de renvois et d’un système d’interprétation, rédigés par Cyrus Ingerson Scofield. Publiée par Oxford University Press en 1909, révisée en 1917, elle a fait du Dispensationalisme de John Nelson Darby la lecture « normale » de la Bible pour des millions d’évangéliques américains. Elle a été le principal véhicule de diffusion du Futurisme dispensationaliste et de l’Enlèvement prétribulationnel dans les foyers évangéliques (fait d’histoire de la réception, souligné par Sandeen et par Mangum et Sweetnam).
Histoire
Documenté. Scofield, avocat converti, formé par James H. Brookes et proche des Conférences prophétiques de Niagara, conçoit le projet vers 1902. Oxford University Press (branche américaine, New York) publie la première édition en janvier 1909 ; la révision de 1917 ajoute et modifie des notes. L’introduction de 1909 nomme des « éditeurs consultants » : Henry G. Weston, James M. Gray, William J. Erdman, Arthur T. Pierson, W. G. Moorehead, Elmore Harris et Arno C. Gaebelein. En 1967, Oxford publie la New Scofield Reference Bible (révision des notes et retouches du vocabulaire de la KJV), sous la direction d’E. Schuyler English. Une édition française existe : Bible Scofield en français.
Le succès est immense : la Scofield devient la Bible des instituts bibliques (Moody, Biola) et du Dallas Theological Seminary fondé par Lewis Sperry Chafer, disciple direct de Scofield. Elle a nourri plus tard Hal Lindsey et le Sionisme chrétien.
Texte source et méthode
Le texte biblique est celui de la King James (donc le Textus Receptus pour le Nouveau Testament). Ce qui distingue cette Bible n’est pas le texte mais l’appareil : les notes sont imprimées sur la même page que l’Écriture, avec la même autorité visuelle, et présentent comme le sens du texte une grille (sept dispensations, distinction absolue entre Israël et l’Église, théorie du « fossé » en Genèse 1:2, dates d’Ussher en marge).
Passages témoins
| Passage | Traitement |
|---|---|
| Mt 24:34 | Texte KJV (« This generation shall not pass »), mais la note de 1917 affirme que le sens premier de genea est « race, kind, family, stock, breed » et qu’il s’agit de la nation d’Israël préservée jusqu’aux événements de la fin, puisque, dit-elle, rien de « ces choses » ne s’est produit en 70. Le lexique grec courant (BDAG) donne pour genea d’abord « génération, contemporains » ; la note impose donc comme sens du texte un sens secondaire, choisi en fonction de son système, sans signaler qu’il est discuté. |
| Ap 1:1 | Texte KJV (« shortly ») ; les notes placent presque tout le livre dans un avenir encore à venir. |
| 1 Jn 5:7-8 | Conservé (texte KJV). |
| Mc 16:9-20 | Conservé. |
| 1 Tm 3:16 | « God was manifest in the flesh » (KJV). |
| Ap 22:19 | « book of life » (KJV). |
Notes, livres et doctrine
Pas d’apocryphes. Les notes enseignent la parenthèse de l’Église, l’enlèvement avant la tribulation, la restauration nationale d’Israël, un règne futur de mille ans à Jérusalem. Ce que le barème retient : ce n’est pas la lecture futuriste en elle-même (une école d’interprétation parmi d’autres, voir Futurisme et Prétérisme), mais le fait que des interprétations propres à un système récent (XIXe siècle) soient imprimées à côté du texte comme son sens, sans indiquer qu’il existe d’autres lectures.
Financements
- Documenté : Scofield a été soutenu par des amis aisés de New York et de Chicago, notamment autour des conférences de Sea Cliff (Long Island) ; Joseph M. Canfield nomme parmi eux John T. Pirie, Alwyn Ball Jr. et Francis E. Fitch. Oxford University Press a assumé l’édition comme une affaire commerciale, très rentable.
- Documenté : Scofield fut membre du Lotos Club de New York à partir de 1901 (Canfield, p. 173).
- Allégué : de nombreux auteurs sur Internet affirment que l’avocat sioniste Samuel Untermyer aurait financé ou orienté Scofield par le Lotos Club. Cette thèse est répétée sans document d’archives.
- Non démontré : aucun contrat, lettre ou versement liant Untermyer, la Famille Rothschild ou une organisation sioniste à la Scofield n’a été produit. Voir Financements - documenté et allégué.
Ce qu’on lui reproche
Le texte étant celui de la King James, les reproches visent les notes, non la traduction.
- Le reproche : imposer un système à côté du texte. Les théologiens réformés « de l’alliance » (Philip Mauro, The Gospel of the Kingdom, 1928 ; Oswald T. Allis, Prophecy and the Church, 1945 ; John Gerstner, Wrongly Dividing the Word of Truth, 1991) reprochent aux notes de présenter le Dispensationalisme comme le sens du texte. Passage : l’ensemble, notamment la grille des sept dispensations. Pourquoi ce choix : l’introduction de 1909 présente l’appareil comme une aide pour « diviser droitement » l’Écriture (2 Tm 2:15 KJV), méthode héritée de John Nelson Darby et des Conférences prophétiques de Niagara. Réponse : Lewis Sperry Chafer puis Charles Ryrie (Dispensationalism Today, 1965) répondent que la distinction des économies découle d’une lecture littérale, non d’un a priori.
- Le reproche : deux voies de salut. Mêmes critiques (Allis, Gerstner). Passage : note de 1909 sur Jn 1:17, qui oppose l’ancienne épreuve de « l’obéissance légale comme condition du salut » à l’acceptation du Christ. Pourquoi : la note voulait marquer le passage de la Loi à la grâce. Réponse : les dispensationalistes nient enseigner un salut par les œuvres ; la New Scofield Reference Bible (1967) a reformulé la note (libellé exact à vérifier).
- Le reproche : forcer le grec de Mt 24:34. Des prétéristes et des exégètes de plusieurs écoles reprochent la note qui fait de genea la « race » d’Israël (voir le tableau). Pourquoi : la note le dit elle-même : rien de « ces choses » ne se serait produit en 70, donc le mot doit avoir un autre sens. Réponse : les défenseurs invoquent le sens « race, lignée » que donnent certains lexiques ; les lexiques récents le classent comme secondaire.
- Le reproche : la théorie du « fossé » et les dates d’Ussher. Les créationnistes « jeune terre » (John Whitcomb et Henry Morris, The Genesis Flood, 1961) rejettent la note de Gn 1:2 qui place une ruine entre les deux premiers versets ; d’autres reprochent d’imprimer la chronologie d’Ussher (création en 4004 av. J.-C.) en marge comme une donnée. Pourquoi : Scofield reprenait la théorie de Thomas Chalmers, diffusée par George H. Pember, pour concilier la Genèse et la géologie de son temps. Réponse : la New Scofield (1967) présente le fossé comme une interprétation possible (à vérifier).
- Le reproche : avoir fondé le Sionisme chrétien. Des auteurs évangéliques (Stephen Sizer, Christian Zionism: Road-map to Armageddon?, 2004) et des chrétiens palestiniens reprochent à la note sur Gn 12:3 (bénir Israël) d’avoir donné une base « biblique » à un soutien politique. Pourquoi : la note découle de la distinction absolue entre Israël et l’Église. Réponse : les dispensationalistes répondent que la note est théologique, non politique.
- Le reproche : l’homme derrière les notes. Joseph M. Canfield (1988) documente des poursuites pour faux, un premier mariage abandonné et un titre de « D.D. » d’origine obscure. Réponse : ses défenseurs rappellent sa conversion de 1879 et notent que ces faits concernent l’homme, non la valeur des notes. Les allégations sur Samuel Untermyer sont traitées plus haut (non démontrées).
Versets ajoutés ou retirés
Texte de la KJV : les passages du Textus Receptus sont tous présents, sans crochets ni notes de variantes : 1 Jean 5-7-8 - la Comma johannique, Marc 16-9-20 - la finale de Marc, Jean 7-53 à 8-11 - la femme adultère, Actes 8-37 - la confession de l’eunuque, 1 Timothée 3-16 - Dieu manifesté (« God »), Apocalypse 22-19 - livre de vie ou arbre de vie (« book of life »), Matthieu 6-13 - la doxologie du Notre Père. Ce qui est propre à la Scofield, ce sont les notes : pour Daniel 9-25-27 - les soixante-dix semaines, elles placent la dernière semaine dans un avenir séparé par la « parenthèse » de l’Église.
Pourquoi cette note
Le texte est celui de la King James, sans modification, ce qui empêche une note plus basse. Mais le critère de transparence vise les notes qui imposent une interprétation comme le sens du texte, quelle que soit cette interprétation : la Scofield en est l’exemple le plus connu, au point que beaucoup de lecteurs ont confondu la note et le texte. D’où 2/5.
Voir aussi
Cyrus Ingerson Scofield · John Nelson Darby · Les Frères de Plymouth · Dispensationalisme · Futurisme · Prétérisme · Bible Scofield en français · Dwight L. Moody · William Eugene Blackstone
Sources
- Joseph M. Canfield, The Incredible Scofield and His Book, Vallecito (Californie), Ross House Books, 1988.
- The Scofield Reference Bible, New York, Oxford University Press, 1909 ; éd. révisée 1917 (introduction et note sur Mt 24:34).
- Ernest R. Sandeen, The Roots of Fundamentalism: British and American Millenarianism, 1800-1930, University of Chicago Press, 1970.
- R. Todd Mangum et Mark S. Sweetnam, The Scofield Bible: Its History and Impact on the Evangelical Church, Paternoster, 2009.
- Timothy P. Weber, Living in the Shadow of the Second Coming: American Premillennialism, 1875-1982, University of Chicago Press, éd. augmentée 1987.
- Walter Bauer, Frederick W. Danker et al., A Greek-English Lexicon of the New Testament (BDAG), 3e éd., University of Chicago Press, 2000, art. genea.
- Philip Mauro, The Gospel of the Kingdom, with an Examination of Modern Dispensationalism, Boston, Hamilton Brothers, 1928.
- Oswald T. Allis, Prophecy and the Church, Philadelphie, Presbyterian and Reformed, 1945.
- John H. Gerstner, Wrongly Dividing the Word of Truth: A Critique of Dispensationalism, Brentwood, Wolgemuth & Hyatt, 1991.
- Charles C. Ryrie, Dispensationalism Today, Chicago, Moody Press, 1965 (réponse des dispensationalistes).
- John C. Whitcomb et Henry M. Morris, The Genesis Flood, Philadelphie, Presbyterian and Reformed, 1961.
- The New Scofield Reference Bible, New York, Oxford University Press, 1967 (notes révisées).
- Stephen Sizer, Christian Zionism: Road-map to Armageddon?, Leicester, Inter-Varsity Press, 2004.