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Théologie de la prospérité

La théologie de la prospérité (ou « évangile de la prospérité », « santé et richesse ») enseigne que Dieu veut que ses enfants soient en bonne santé et prospères matériellement, que cette bénédiction a été acquise par le Christ, et qu'on y…

Fiche de recherche, sources indiquées. Les points marqués « à vérifier » ne sont pas encore confirmés par les sources.

En bref

La théologie de la prospérité (ou « évangile de la prospérité », « santé et richesse ») enseigne que Dieu veut que ses enfants soient en bonne santé et prospères matériellement, que cette bénédiction a été acquise par le Christ, et qu’on y accède par la foi, la parole confessée et le don (en particulier à l’Église ou à un ministère). Elle est née aux États-Unis dans le milieu pentecôtiste et charismatique, et s’est largement répandue en Afrique, en Amérique latine et en Asie. Sa forme doctrinale la plus élaborée est le mouvement Parole de foi, qui a sa fiche propre ; cette fiche-ci traite de l’ensemble du courant, y compris ses formes « douces ».

Origine et généalogie

Contexte américain du XIXe siècle. Les historiens (Kate Bowler, Blessed, 2013) relèvent trois racines : la Pensée nouvelle (New Thought, Phineas Quimby, années 1860 ; Ralph Waldo Trine, In Tune with the Infinite, 1897), qui lie pensée et réalité matérielle ; l’idéal américain de réussite (le pasteur baptiste Russell Conwell, conférence Acres of Diamonds, donnée des milliers de fois à partir des années 1870, publiée en 1890 : il est du devoir de s’enrichir honnêtement) ; et le pentecôtisme, avec la guérison divine. Le prédicateur E. W. Kenyon (1867-1948) apporte les notions de confession positive et de droits du croyant (voir Parole de foi). Le lien Kenyon et Pensée nouvelle est allégué par D. R. McConnell (1988) et contesté par d’autres historiens.

Première attestation de la forme prospérité. Le prédicateur de guérison pentecôtiste Oral Roberts (1918-2009) propose vers 1954 un « Blessing Pact » (pacte de bénédiction) : un don à son ministère, avec la promesse que Dieu le rendrait multiplié (année exacte et formulation à vérifier dans les biographies de David Edwin Harrell, Oral Roberts: An American Life, 1985). Il en fait une doctrine dans The Miracle of Seed-Faith (Tulsa, 1970) : le don est une « semence » que Dieu multiplie. Roberts diffuse ses campagnes à la télévision dès 1954 et fonde l’Oral Roberts University (1963).

Diffusion.

  • Parole de foi : Kenneth E. Hagin (Rhema, 1974) et Kenneth Copeland, The Laws of Prosperity (1974) ; Gloria Copeland, God’s Will Is Prosperity (1978).
  • Télévangélisme : réseaux TBN (fondé en 1973) et autres chaînes chrétiennes ; Jim et Tammy Bakker (PTL), dont la chute (1987-1989, condamnation de Jim Bakker pour fraude) illustre les dérives.
  • Formes « douces » : Robert Schuller (pensée de possibilité) ; Joel Osteen, Your Best Life Now (2004).
  • Exportation : Église universelle du Royaume de Dieu (Edir Macedo, Brésil, 1977) ; Afrique de l’Ouest (David Oyedepo, Winners’ Chapel, Nigeria, 1983) ; Corée (David Yonggi Cho, « triple bénédiction »). Une enquête du Pew Forum (Spirit and Power, 2006) trouve une forte adhésion à l’idée que Dieu accorde la prospérité aux croyants qui ont assez de foi, chez les pentecôtistes de plusieurs pays du Sud.

Chronologie

  • 1890 : Conwell, Acres of Diamonds (texte imprimé).
  • 1897 : Trine, In Tune with the Infinite.
  • vers 1954 : Roberts, « Blessing Pact ».
  • 1970 : Roberts, The Miracle of Seed-Faith.
  • 1974 : Copeland, The Laws of Prosperity ; Rhema.
  • 1988 : McConnell, A Different Gospel (critique).
  • 2000 : Hagin, The Midas Touch (autocritique partielle des excès).
  • 2004 : Osteen, Your Best Life Now.
  • 2007-2011 : enquête du sénateur Grassley.
  • 2010 : Engagement du Cap (Lausanne III) contre l’évangile de la prospérité.

Ce que dit la doctrine

  • La bénédiction d’Abraham, rachetée par le Christ, comprend la santé et l’abondance matérielle (Ga 3:13-14).
  • La pauvreté et la maladie relèvent de la malédiction, non de la volonté de Dieu pour le croyant fidèle.
  • Le don est une semence : Dieu rend « au centuple » (Mc 10:29-30).
  • La foi et la parole confessée « libèrent » la bénédiction.

Arguments de ses partisans

  • « Bien-aimé, je souhaite que tu prospères à tous égards et sois en bonne santé, comme prospère l’état de ton âme » (3 Jn 2, Segond 1910).
  • « C’est lui qui te donnera de la force pour les acquérir » (Dt 8:18) ; Ml 3:10 (la dîme et les écluses des cieux) ; 2 Co 8:9 (il s’est fait pauvre pour nous enrichir) ; 2 Co 9:6-11 (semer abondamment) ; Jn 10:10 (la vie en abondance).
  • Les patriarches, David et Salomon étaient riches par la bénédiction de Dieu.
  • Socialement, ses défenseurs (et certains sociologues) relèvent qu’elle encourage le travail, l’épargne et la dignité chez des populations pauvres.

Critiques de ses opposants

  • Exégèse (Gordon Fee, The Disease of the Health and Wealth Gospels, 1985) : 3 Jn 2 est une formule de salutation épistolaire courante ; le « centuple » de Mc 10:30 est accompagné de « persécutions » ; 2 Co 8:9 parle de richesse spirituelle.
  • Enseignement de Jésus et des apôtres : mise en garde contre l’amour de l’argent (1 Tm 6:5-10, qui condamne ceux qui regardent « la piété comme une source de gain ») ; Lc 12:15 ; Mt 6:19-24 ; Paul dans la faim et le dénuement (Ph 4:11-13 ; 2 Co 11:27).
  • Théologie de la souffrance : Job, la croix, les martyrs ; la doctrine culpabiliserait les malades et les pauvres.
  • Éthique : enrichissement de prédicateurs aux dépens de fidèles pauvres ; Hank Hanegraaff, Christianity in Crisis (1993) ; John MacArthur, Charismatic Chaos (1992).
  • Critiques venues du milieu même : Hagin, The Midas Touch (2000), dénonce les excès (formules de don, « commerce » de la foi) tout en maintenant que Dieu veut bénir.
  • Évangéliques mondiaux : déclaration d’Akropong du Groupe de travail théologique de Lausanne (2008) ; Engagement du Cap (2010), partie II-E.

Textes clés

Gn 13:2 ; Dt 8:18 ; 28:1-14 ; Jos 1:8 ; Ml 3:8-12 ; Mc 10:29-30 ; 11:23-24 ; Lc 6:38 ; Jn 10:10 ; 2 Co 8:9 ; 9:6-11 ; Ga 3:13-14 ; Ph 4:19 ; 3 Jn 2. Contre : Mt 6:19-24 ; Lc 12:13-21 ; 1 Tm 6:5-10, 17-19 ; Jc 5:1-6 ; He 11:35-38.

Bibles qui la portent : la Kenneth Copeland Reference Edition (King James, 1991) et The Kenneth Copeland Word of Faith Study Bible (édition récente ; contenu des notes à vérifier) ; aucune traduction française majeure ne la porte dans ses notes.

Financement et réseaux

Documenté : financement par les dons des fidèles, souvent sollicités à la télévision ; condamnation de Jim Bakker pour fraude postale et complot (1989) ; enquête de la commission des Finances du Sénat américain lancée par le sénateur Chuck Grassley (lettres du 5 novembre 2007) auprès de six ministères (Kenneth Copeland, Creflo Dollar, Benny Hinn, Eddie Long, Joyce Meyer, Randy et Paula White) sur les salaires, les avions privés et l’indépendance des conseils ; le rapport final (janvier 2011) ne conclut à aucune infraction précise, mais relève que plusieurs ministères n’ont pas fourni tous les documents. Allégué : des enrichissements personnels considérables (presse, ONG de surveillance comme MinistryWatch) ; à juger cas par cas. Non démontré : un réseau de financement central ou extérieur au mouvement.

Voir aussi

Sources

  • Oral Roberts, The Miracle of Seed-Faith, Tulsa, 1970.
  • Kenneth Copeland, The Laws of Prosperity, 1974.
  • Kenneth E. Hagin, The Midas Touch: A Balanced Approach to Biblical Prosperity, 2000.
  • Russell H. Conwell, Acres of Diamonds, 1890.
  • D. R. McConnell, A Different Gospel, Hendrickson, 1988.
  • Gordon D. Fee, The Disease of the Health and Wealth Gospels, 1985.
  • Hank Hanegraaff, Christianity in Crisis, Harvest House, 1993.
  • David Edwin Harrell Jr., Oral Roberts: An American Life, Indiana University Press, 1985.
  • Kate Bowler, Blessed: A History of the American Prosperity Gospel, Oxford, 2013.
  • Pew Forum on Religion & Public Life, Spirit and Power: A 10-Country Survey of Pentecostals, 2006.
  • Mouvement de Lausanne, L’Engagement du Cap, 2010 ; Lausanne Theology Working Group, déclaration d’Akropong, 2008.
  • Senate Finance Committee, rapport de l’enquête Grassley, janvier 2011.