Fiche de recherche, sources indiquées. Évaluation proposée, pas encore confirmée. Les points marqués « à vérifier » ne sont pas encore confirmés par les sources.
En bref
Première Bible slavonne complète en un seul manuscrit, réunie à Novgorod en 1499 sur l’ordre de l’archevêque Gennade de Novgorod. Jusque-là, les Slaves orientaux n’avaient la Bible que par livres séparés. Pour combler les manques, l’équipe a traduit plusieurs livres du latin de la Vulgate, avec l’aide d’un moine dominicain. Elle est la base de toutes les Bibles slavonnes imprimées (Bible d’Ostrog (1581), Bible de Moscou de 1663, Bible élisabéthaine (1751)). Le manuscrit est conservé au Musée historique d’État, à Moscou (fonds synodal, n° 915).
Histoire
Faits documentés.
- Gennade, archevêque de Novgorod de 1484 à 1504, lutte contre l’hérésie dite des « judaïsants », dont les partisans s’appuyaient, selon lui, sur des textes bibliques que le clergé orthodoxe ne pouvait pas vérifier faute de Bible complète. La réunion de la Bible est en partie une arme dans cette controverse.
- L’équipe rassemble ce qui existe en slave : Octateuque, Rois, Psautier, Job, Prophètes, Évangiles, Actes, Épîtres, Apocalypse.
- Les livres introuvables en slave sont traduits du latin : 1-2 Chroniques, 1 Esdras (Esdras), Néhémie, 2 et 3 Esdras (le 3 Esdras slave correspond au 4 Esdras latin), Tobie, Judith, Sagesse, 1-2 Maccabées, ainsi que des parties d’Esther et de Jérémie. Le texte latin et une partie du travail viennent d’un dominicain d’origine croate, le moine Benjamin (Veniamine). Dmitri Guérassimov, traducteur au service de Moscou, a travaillé avec l’équipe (rôle exact à vérifier).
- Canon : sur ce point, elle suit la Vulgate plutôt que les Bibles grecques ; elle introduit dans la Bible slave le 3 Esdras (Apocalypse d’Esdras), inconnu de la Septante. Les préfaces de Jérôme sont parfois reprises (à vérifier).
- Financement : l’archevêché de Novgorod, sous l’autorité du grand-prince Ivan III et du métropolite de Moscou.
Texte source et méthode
C’est d’abord une compilation : chaque livre a sa propre histoire. Les livres anciens viennent des traductions slaves faites sur la Septante et sur le grec byzantin depuis Cyrille et Méthode ; les livres nouveaux, de la Vulgate, traduits mot à mot. Le résultat mêle deux traditions, grecque et latine. Le grand historien Georges Florovsky (Les voies de la théologie russe, 1937) y voit l’œuvre d’un milieu latinisant ; Anatoli Alekseev et Francis Thomson ont étudié le détail des sources ; une étude de Verner juge la langue de bonne qualité, alors que les jugements russes ont souvent été négatifs.
Passages témoins
| Passage | Traitement |
|---|---|
| Mt 24:34 | « ce rod (race, génération) ne passera pas », rendu littéral de genea (ancienne version slave) |
| Ap 1:1 | Apocalypse incluse ; « bientôt », formulation exacte à vérifier |
| 1 Jn 5:7-8 | Comma absente des manuscrits slaves anciens selon Metzger ; pour ce manuscrit, à vérifier |
| Mc 16:9-20 | présente (tradition byzantine) |
| 1 Tm 3:16 | « Dieu », à vérifier |
| Ap 22:19 | à vérifier |
Versets ajoutés ou retirés
- Ajoutés par rapport à la Septante : les livres et passages traduits de la Vulgate apportent les leçons latines (ex. le texte latin de Tobie et de Judith, différent du grec) et le 3 Esdras.
- Retirés : rien de connu ; le but était de compléter, non de réduire.
Ce qu’on lui reproche
- D’avoir introduit la Vulgate dans une Bible orthodoxe, et avec elle des leçons et un canon latins (critique orthodoxe classique, de Florovsky notamment).
- D’être née dans une campagne de répression contre des hérétiques, menée avec des méthodes que Gennade disait admirer chez l’Inquisition espagnole (voir Gennade de Novgorod).
- Défense : c’était la seule façon de donner une Bible complète à l’Église russe ; les livres traduits du latin n’avaient pas de texte slave, et l’équipe a marqué ce qu’elle faisait.
Notes, livres et doctrine
Pas de notes doctrinales. Tous les livres de la Septante et de la Vulgate y sont, y compris le 3 Esdras. Voir Le canon orthodoxe.
Pourquoi cette note
Interprétation : une œuvre décisive (la première Bible complète en slave) et faite sur des textes anciens pour l’essentiel. Mais elle est composite, une partie de l’Ancien Testament vient d’une traduction latine et non du grec, et son canon suit Rome plutôt que la tradition grecque de l’Église qui l’a produite. Selon le barème (« utilisable, mais choix de texte discutables »), 3/5.
Voir aussi
Gennade de Novgorod · Bible slavonne · Bible d’Ostrog (1581) · Bible élisabéthaine (1751) · Vulgate · Septante · Le canon orthodoxe · L’Église orthodoxe russe et sa Bible
Sources
- Francis J. Thomson, « The Slavonic Translation of the Old Testament », dans J. Krašovec (dir.), Interpretation of the Bible, 1998.
- Anatoli A. Alekseev, Tekstologia slavianskoï Biblii, Saint-Pétersbourg, 1999.
- Georges Florovsky, Pouti rousskogo bogoslovia (Les voies de la théologie russe), Paris, 1937 ; trad. fr. Desclée de Brouwer, 1991.
- Ivan E. Evseev, Guennadievskaïa Biblia 1499 goda, Moscou, 1914 (Travaux du XVe congrès archéologique).
- Pravoslavnaïa Entsiklopedia, article « Guennadievskaïa Biblia » (à vérifier).
- Bruce M. Metzger, The Early Versions of the New Testament, Oxford, 1977, ch. 10.
- Wikipédia (anglais), « Gennady’s Bible », « Bible translations into Church Slavonic » ; OrthodoxWiki, « Gennadius Bible », consultés le 2026-10-27.