Fiche de recherche, sources indiquées. Évaluation proposée, pas encore confirmée. Les points marqués « à vérifier » ne sont pas encore confirmés par les sources.
En bref
La Bible de Douai-Reims est la Bible catholique anglaise de la Contre-Réforme. Elle fut traduite par des prêtres anglais exilés sur le continent, au Collège anglais fondé par William Allen, pour répondre aux Bibles protestantes. Elle traduit la Vulgate de très près et contient des notes polémiques contre les protestants. Sous la forme révisée par l’évêque Richard Challoner (1749-1752), elle fut la Bible des catholiques anglophones jusqu’au XXe siècle.
Histoire
Documenté :
- William Allen fonde en 1568 à Douai (Pays-Bas espagnols) un collège pour former des prêtres destinés à l’Angleterre ; le collège passe à Reims de 1578 à 1593, puis revient à Douai.
- Gregory Martin, ancien de Oxford, traduit l’ensemble entre 1578 et sa mort en 1582 ; Allen, Bristow et d’autres revoient le texte et rédigent les notes.
- Le NT paraît à Reims en 1582 ; l’AT, retardé faute d’argent, paraît à Douai en 1609-1610, avec des notes de Thomas Worthington.
- La même année 1582, Martin publie A Discoverie of the Manifold Corruptions of the Holy Scriptures by the Heretikes of our daies, qui accuse les traductions protestantes de falsifications. William Fulke y répond en 1589 en imprimant le NT de Reims face à la Bishops’ Bible pour le réfuter, ce qui le diffuse en Angleterre.
- Financement : le Collège anglais reçoit une pension du pape Grégoire XIII (à partir de 1575 environ) et des subsides espagnols ; c’est documenté pour le collège en général. Qu’une somme ait été affectée précisément à la traduction n’est pas démontré ; la préface de l’AT invoque le manque de moyens pour expliquer le retard.
Texte source et méthode
Traduction de la Vulgate, que les traducteurs tiennent pour plus sûre que les manuscrits grecs, corrompus selon eux par les hérétiques. Ils gardent beaucoup de mots latins : supersubstantial bread (Mt 6:11), pasch, parasceve, azymes, exinanited, do penance. Le résultat est fidèle au latin mais souvent obscur en anglais. Une partie du vocabulaire de Reims passa pourtant dans la King James, selon l’étude de J. G. Carleton (1902).
Passages témoins
| Passage | Traitement |
|---|---|
| Mt 24:34 | « that this Generation shal not passe, til al these things be done » (« cette génération ») |
| Ap 1:1 | « the things which must be done quickly » (d’après cito) |
| 1 Jn 5:7-8 | présente |
| Mc 16:9-20 | présente |
| 1 Tm 3:16 | « which was manifested in flesh » (relatif, d’après quod, sans « Dieu ») |
| Ap 22:19 | « booke of life » (« livre de vie ») |
| Ac 8:37 | présent dès 1582 (« I beleeue that Iesvs Christ is the Sonne of God »), d’après la Vulgate |
Notes, livres et doctrine
Les deutérocanoniques sont à leur place dans l’AT, tenus pour canoniques. Les notes défendent la papauté, la messe, le purgatoire, l’intercession des saints, et dénoncent les « hérétiques » protestants. Interprétation : elles font de la Bible un instrument de controverse, comme, en sens inverse, les notes de la Bible de Genève anglaise.
Contexte : c’est dans le même monde catholique de la Contre-Réforme que paraissent, peu après, les commentaires de l’Apocalypse de Francisco Ribera (1590, lecture tournée vers la fin des temps) et de Luis de Alcázar (1614, lecture tournée vers les premiers siècles) ; l’historiographie protestante y voit des réponses à l’exégèse qui identifiait la papauté à l’Antichrist, ce que discutent les historiens catholiques (voir Futurisme, Prétérisme, Historicisme). Le contenu des notes de Douai-Reims sur l’Apocalypse reste à étudier ; à vérifier.
Ce qu’on lui reproche
- Traduire le latin et non l’original (William Fulke, 1589 ; Thomas Cartwright, réponse posthume en 1618) : la Bible catholique se fonde sur une traduction. Pourquoi ce choix : la préface du NT de Reims (1582) donne dix raisons de préférer la Vulgate : elle est ancienne, employée par l’Église depuis mille ans, déclarée authentique à Trente, et les manuscrits grecs auraient été altérés par des hérétiques.
- Un anglais obscur, rempli de latin (protestants, puis catholiques eux-mêmes) : supersubstantial bread, exinanited, prepuce, parasceve, azymes. Pourquoi : la préface explique que certains mots sacrés ne doivent pas être rendus par des équivalents familiers, de peur d’en perdre le sens (« we presume not to mollify »). Suite : l’évêque Challoner modernisa le texte en 1749-1752, au point que des auteurs catholiques jugent sa révision rapprochée de la King James (Catholic Encyclopedia, 1909, art. « Douay Bible ») ou à peine encore la version de Douai (le cardinal Wiseman).
- Des notes de combat (protestants, de Fulke aux historiens modernes) : les notes défendent la papauté et le purgatoire, et traitent les protestants d’hérétiques ; celle d’Ap 17:6 refuse aux hérétiques exécutés le nom de martyrs : « their bloud is not called the bloud of saincts, no more then the bloud of theeues, mankillers, and other malefactors » (texte de 1582, originaldouayrheims.com). Pourquoi : le livre est né pour contrer les Bibles protestantes et préparer les missionnaires ; la préface le dit. Réponse catholique : les notes de la Bible de Genève anglaise étaient aussi polémiques en sens inverse.
- « Faites pénitence » et « elle t’écrasera » (protestants) : do penance pour metanoeite (Mt 3:2), et Gn 3:15 où la femme écrase la tête du serpent. Pourquoi : c’est la lettre de la Vulgate (paenitentiam agite, ipsa) ; la note de Gn 3:15 l’explique par la Vierge. Réponse protestante : ni l’hébreu ni le grec ne le disent.
- Une Bible « jésuite » (polémique protestante ancienne et courant King James seulement, par ex. Benjamin Wilkinson, 1930) : on la présente parfois comme une œuvre des jésuites. Réponse : Gregory Martin et William Allen n’étaient pas jésuites ; le collège de Douai était un séminaire séculier, même si des jésuites y ont enseigné.
Versets ajoutés ou retirés
- 1 Jean 5-7-8 - la Comma johannique : présente.
- Actes 8-37 - la confession de l’eunuque : présent.
- Actes 9-5-6 - contre les aiguillons : présent, d’après la Vulgate.
- Matthieu 6-13 - la doxologie du Notre Père : absente, comme dans la Vulgate.
- 1 Timothée 3-16 - Dieu manifesté : « which », sans « God ».
- Apocalypse 22-19 - livre de vie ou arbre de vie : « booke of life ».
- Luc 2-33 - Joseph ou son père : « his father and mother », d’après la Vulgate.
- Ésaïe 7-14 - vierge ou jeune femme : « a virgin ».
- Marc 16-9-20 - la finale de Marc et Jean 7-53 à 8-11 - la femme adultère : présents.
Pourquoi cette note
Interprétation : œuvre savante et consciencieuse sur son propre terrain, faite par des exilés au risque de leur vie (plusieurs prêtres du collège furent exécutés en Angleterre). Mais c’est une traduction de traduction (la Vulgate plutôt que l’hébreu et le grec), et ses notes présentent comme le sens du texte une lecture confessionnelle et polémique. Le même critère vaut pour les notes de la Bible de Genève anglaise (4/5) ; la différence de note tient au texte source. « Utilisable, mais choix de texte discutables » : 3/5 (2/5 dans la première version de cette fiche, qui pesait les notes catholiques plus lourdement que les notes réformées de Genève).
Voir aussi
Vulgate · Robert Bellarmin · Francisco Ribera · Luis de Alcázar · Futurisme · King James 1611 · Bishops’ Bible · Bible de Wycliffe
Sources
- Gregory Martin, A Discoverie of the Manifold Corruptions of the Holy Scriptures, Reims, 1582.
- William Fulke, The Text of the New Testament of Jesus Christ, translated out of the vulgar Latine by the Papists of the traiterous Seminarie at Rhemes, Londres, 1589.
- James G. Carleton, The Part of Rheims in the Making of the English Bible, Clarendon Press, 1902.
- David Daniell, The Bible in English, Yale University Press, 2003, ch. 18.
- Hugh Pope, English Versions of the Bible, St. Louis, Herder, 1952 (point de vue catholique).
- Préface « to the Christian reader » du NT de Reims, 1582 (raisons du choix de la Vulgate et des mots latins).
- Thomas Cartwright, A Confutation of the Rhemists Translation, Glosses and Annotations on the New Testament, Leyde, 1618.
- Texte et notes de 1582 : originaldouayrheims.com (Mt 24, Ac 8, 1 Tm 3, 1 Jn 5, Ap 1, 17 et 22).