Fiche de recherche, sources indiquées. Les points marqués « à vérifier » ne sont pas encore confirmés par les sources.
Le texte
Forme commune (presque tous les manuscrits grecs, le Textus Receptus et le Nestle-Aland) : Iakôb de egennêsen ton Iôsêph ton andra Marias, ex hês egennêthê Iêsous ho legomenos Christos, mot à mot « Jacob engendra Joseph, l’homme (le mari) de Marie, de laquelle fut engendré Jésus, le nommé Christ ».
Jacob engendra Joseph, l’époux de Marie, de laquelle est né Jésus, qui est appelé Christ. (Segond 1910)
Le changement de tournure est voulu : tout au long de la généalogie, « X engendra Y » ; à la fin, la chaîne s’interrompt (« de laquelle fut engendré », au passif, au féminin ex hês).
Deuxième forme (Codex Koridethi Θ, famille 13, plusieurs manuscrits vieux-latins) : « Jacob engendra Joseph, auquel fiancée, la vierge Marie enfanta Jésus, appelé le Christ ». Marie reste le sujet ; Joseph est seulement le fiancé.
Troisième forme (palimpseste syriaque du Sinaï, Sinaï syr. 30) : « Jacob engendra Joseph ; Joseph, à qui était fiancée Marie la vierge, engendra Jésus, appelé le Christ ». C’est la leçon qui fait débat.
Les témoins
- Forme commune : Papyrus 1 (IIIe siècle), Codex Sinaiticus, Codex Vaticanus, Codex Ephraemi Rescriptus, Codex Washingtonianus, la masse des manuscrits byzantins ; Peshitta, Vulgate, Bibles coptes.
- Deuxième forme : Θ (IXe siècle), famille 13 (minuscules médiévales), plusieurs témoins de la Vetus Latina (a, b, c, d, g1, k, q). Le Codex Bezae est lacunaire en grec à cet endroit ; sa page latine (d) a cette forme.
- Forme mixte : l’Ancienne syriaque curetonienne (avec l’arménien) combine les deux premières : « l’époux de Marie, à qui était fiancée la vierge Marie, qui enfanta Jésus le Christ ».
- Troisième forme : le seul palimpseste syriaque du Sinaï (texte de la fin du IVe ou du début du Ve siècle), découvert en 1892 par Agnes Smith Lewis. Une formule proche (« Joseph engendra Jésus ») apparaît dans le Dialogue de Timothée et Aquila, texte grec chrétien de date débattue (à vérifier pour la forme exacte).
- Version éthiopienne : à vérifier.
D’où vient la variante
Le comité de l’UBS, dans le commentaire de Bruce Metzger, retient la forme commune avec une bonne assurance (degré {B}). Selon Metzger, la deuxième forme est une retouche destinée à souligner que Marie était vierge ; la troisième dérive de la deuxième ou d’une forme voisine, par une adaptation au schéma « X engendra Y » de la généalogie.
Deux lectures de la leçon syriaque se font face :
- Indice d’une tradition ancienne niant la conception virginale. Certains savants de la fin du XIXe siècle (dont F. C. Conybeare, à vérifier) y ont vu la trace d’un texte plus ancien où Joseph était le père naturel de Jésus.
- Effet mécanique du schéma généalogique. Agnes Smith Lewis elle-même (Light on the Four Gospels from the Sinai Palimpsest, 1913), puis la plupart des commentateurs, rappellent que le même manuscrit garde en Mt 1:18-25 la conception par l’Esprit saint et le « elle était vierge » ; « engendra » y aurait le sens d’une paternité légale. Alain Martin (2002) a repris le dossier ; le débat n’est pas clos.
Dans les traductions
| Traduction | Traitement |
|---|---|
| King James 1611 | forme commune |
| Bible de Martin | forme commune |
| Bible d’Ostervald | forme commune |
| Bible Segond 1910 | forme commune |
| Bible Darby | forme commune |
| Bible de Jérusalem | forme commune ; note : à vérifier |
| Traduction œcuménique de la Bible | forme commune ; note : à vérifier |
| Segond 21 | forme commune (« eut pour fils Joseph ») |
| Bible du Semeur | forme commune (« eut pour descendant ») |
| Nouvelle Bible Segond | forme commune |
| New International Version | forme commune |
| English Standard Version | forme commune |
| Revised Standard Version | forme commune ; les premières éditions avaient une note donnant la leçon syriaque, retirée dans l’édition révisée de 1971 (d’après la Trinitarian Bible Society) |
| Bible éthiopienne (guèze) | à vérifier |
Ce qu’en disent les deux camps
Le cas est inhabituel : défenseurs du Textus Receptus et partisans du texte critique impriment le même texte. Le débat oppose plutôt ceux qui voient dans le palimpseste un témoin d’une christologie ancienne différente et ceux qui y voient une adaptation de copiste. Les défenseurs du texte traditionnel (dans la ligne de John William Burgon et d’Edward F. Hills) se servent souvent de ce verset comme exemple des dangers d’un témoin isolé : un manuscrit unique, même ancien, ne fait pas le texte. Les critiques textuels (Metzger, Kurt Aland) arrivent à la même conclusion par un autre chemin : la leçon syriaque est isolée et s’explique par la forme de la généalogie.
Enjeu
Le texte imprimé dans toutes les Bibles, anciennes et modernes, garde la conception virginale (Mt 1:16, 18-25). La leçon du palimpseste concerne l’histoire de la transmission en syriaque, pas le texte retenu par une édition grecque. Ce qui reste discuté, c’est seulement le sens que le traducteur syriaque donnait à « engendra ».
Voir aussi
Agnes Smith Lewis · Margaret Dunlop Gibson · Peshitta · Diatessaron · Vetus Latina · Codex Sinaiticus · Codex Vaticanus · Textus Receptus · Nestle-Aland · Bruce Metzger · Luc 2-33 - Joseph ou son père · Versets disputés - vue d’ensemble
Sources
- Bruce M. Metzger, A Textual Commentary on the Greek New Testament, 2e éd., Stuttgart, Deutsche Bibelgesellschaft, 1994, sur Mt 1:16.
- Nestle-Aland, Novum Testamentum Graece, 28e éd., 2012, apparat ; The Greek New Testament (UBS), 5e éd., 2014.
- Agnes Smith Lewis, The Old Syriac Gospels, 1910 ; Light on the Four Gospels from the Sinai Palimpsest, Londres, 1913.
- F. C. Burkitt, Evangelion da-Mepharreshe, Cambridge, 1904, t. II.
- Alain Martin, « Matthieu 1:16 dans le palimpseste syriaque du Sinaï », Filología Neotestamentaria 15, 2002, p. 87-94.
- Wieland Willker, A Textual Commentary on the Greek Gospels, vol. 1, Matthew, 12e éd., Brême, 2015 (en ligne), sur ce verset.
- Textes grecs comparés : Scrivener 1894, Robinson-Pierpont 2005, Nestle 1904 (consultés sur biblehub.com, 2026).