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Isaac Le Maistre de Sacy

Prêtre et directeur spirituel de Port-Royal, Isaac-Louis Le Maistre de Sacy est l'âme de la grande traduction catholique française du XVIIe siècle, la Bible de Port-Royal.

Fiche de recherche, sources indiquées. Les points marqués « à vérifier » ne sont pas encore confirmés par les sources.

En bref

Prêtre et directeur spirituel de Port-Royal, Isaac-Louis Le Maistre de Sacy est l’âme de la grande traduction catholique française du XVIIe siècle, la Bible de Port-Royal. Il voulait que les fidèles lisent l’Écriture dans leur langue, ce que l’Église de son temps freinait. Emprisonné à la Bastille, il y traduit une grande partie de l’Ancien Testament. Sa Bible, traduite de la Vulgate, fut la Bible des catholiques français pendant près de deux siècles.

Provenance et confession

Louis-Isaac Le Maistre de Sacy naît à Paris en 1613, dans une famille de robe. Son père, Isaac Le Maistre, est huguenot ; sa mère, Catherine Arnauld, appartient à la puissante famille Arnauld : elle est la sœur de la Mère Angélique, abbesse réformatrice de Port-Royal, et du théologien Antoine Arnauld. Devenue veuve, elle se retire elle-même à Port-Royal. L’enfant est élevé dans le catholicisme de sa mère. Ses frères aînés Antoine et Simon renoncent à leur carrière en 1638 pour vivre en « Solitaires » à Port-Royal ; Isaac les suit et se forme sous la direction de l’abbé de Saint-Cyran (Jean Duvergier de Hauranne) et de son oncle Antoine Arnauld. Par humilité, à l’école de Saint-Cyran, il diffère longtemps la prêtrise, qu’il reçoit en 1648 ou 1649. Il appartient au courant janséniste, catholique mais en conflit avec Rome et les jésuites. Aucune appartenance à une société ou à un cercle autre que le milieu de Port-Royal n’est rapportée.

Vie

  • Né à Paris en 1613, neveu d’Antoine Arnauld et de la Mère Angélique Arnauld, abbesse de Port-Royal.
  • Ordonné prêtre en 1649, confesseur des religieuses et des « Solitaires » de Port-Royal.
  • Le jansénisme (doctrine augustinienne de la grâce, condamnée par Rome) vaut à Port-Royal des persécutions. Sacy se cache, puis est arrêté et enfermé à la Bastille de 1666 à 1668.
  • Meurt en 1684 à Pomponne.

Influence sur la Bible et la doctrine

Le Nouveau Testament de Mons (1667). Traduction collective (Sacy, Antoine Arnauld, Pierre Nicole, Claude de Sainte-Marthe et d’autres), imprimée à Amsterdam chez les Elzevier sous l’adresse fictive de Mons. Le livre a un immense succès, mais il est condamné par l’archevêque de Paris (1667) et par le pape Clément IX (1668). On reproche notamment aux traducteurs de rendre la Bible accessible aux laïcs et de laisser passer des tournures favorables à leur doctrine de la grâce.

L’Ancien Testament et la Bible complète. À la Bastille, Sacy traduit avec Nicolas Fontaine. À partir de 1672 paraît une édition en 32 volumes, avec le latin, le français et des explications tirées des Pères ; elle est achevée après sa mort (1693-1696) par ses collaborateurs (Pierre Thomas du Fossé, Charles Huré, Nicolas Le Tourneux).

Le texte. La traduction suit la Vulgate, conformément aux règles du concile de Trente, avec un recours au grec et à l’hébreu pour éclairer le sens. Le style est élégant, parfois au détriment de la littéralité. La Bible de Port-Royal traite donc les passages témoins comme la Vulgate clémentine : 1 Jn 5:7 présent, finale de Marc et femme adultère présentes, Ac 8:37 présent (détail à vérifier dans l’édition de 1696 pour chaque passage).

Interprétation. Sacy sert la Parole en la mettant entre les mains des laïcs catholiques malgré la défiance de Rome, et il en paie le prix. Mais il traduit une traduction (la Vulgate) et non les originaux, et ses notes suivent la tradition des Pères telle que Port-Royal la lisait.

Financement et réseaux

  • Documenté : le réseau de Port-Royal (famille Arnauld, Solitaires, protecteurs aristocratiques comme la duchesse de Longueville) soutient le travail ; l’impression du Nouveau Testament de Mons se fait en Hollande pour échapper à la censure.
  • Allégué : rien de notable.
  • Non démontré : aucun commanditaire extérieur connu.

Signaux d’alerte

Aucun signal documenté. Son passé et sa famille sont connus, son réseau (Port-Royal) est public, l’impression en Hollande sous une fausse adresse répond à la censure et non à un financement caché, et son emprisonnement montre plutôt une indépendance à l’égard du pouvoir qu’un service rendu à celui-ci. Rien ne justifie une enquête plus poussée.

Pourquoi cette note

★★★☆☆ : apport réel et coûteux (prison, condamnation romaine) pour donner la Bible au peuple en français, et une traduction qui a nourri des générations. Mais la base est la Vulgate et non les textes originaux (une traduction de traduction), et le style recherche parfois l’élégance au détriment de la littéralité. Le courage personnel tirerait la note vers 4 ; la source latine la retient à 3. La note ne dépend pas de sa confession.

Voir aussi

Sources

  • Charles-Augustin Sainte-Beuve, Port-Royal, 1840-1859.
  • Bernard Chédozeau, Port-Royal et la Bible, Nolin, 2007.
  • Pierre-Maurice Bogaert (dir.), Les Bibles en français, histoire illustrée du Moyen Âge à nos jours, Brepols, 1991.
  • Nicolas Fontaine, Mémoires pour servir à l’histoire de Port-Royal, 1736.
  • Encyclopædia Britannica, art. « Arnauld family » ; Encyclopædia Universalis, art. « Lemaistre de Sacy Louis Isaac » (parents, formation, ordination).