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Manuscrits d'Hénoch

Le Livre d'Hénoch (1 Hénoch) a été écrit en araméen, par étapes, entre le IIIe siècle avant J.-C. et le Ier siècle. Il a été traduit en grec, puis du grec en guèze (ancien éthiopien) dans le royaume d'Aksoum, vers les Ve-VIe siècles.

Critère de la note : fiabilité comme base de traduction, c’est-à-dire possibilité de remonter au texte d’origine, ancienneté et intégrité des témoins, accord entre eux. La note ne porte pas sur la canonicité du livre, qui relève des confessions (le livre est canonique dans l’Église orthodoxe éthiopienne).

En bref

Le Livre d’Hénoch (1 Hénoch) a été écrit en araméen, par étapes, entre le IIIe siècle avant J.-C. et le Ier siècle. Il a été traduit en grec, puis du grec en guèze (ancien éthiopien) dans le royaume d’Aksoum, vers les Ve-VIe siècles. Seule la version guèze est complète. Les fragments araméens de Qumrân (vers 200 à 1 avant J.-C.) couvrent toutes les parties sauf les Paraboles ; les témoins grecs couvrent environ un tiers du livre. L’épître de Jude (v. 14-15) cite 1 Hénoch 1:9.

Histoire

Faits documentés.

  • Les Pères grecs et latins connaissent et citent le livre ; il disparaît ensuite de l’usage hors d’Éthiopie. Georges le Syncelle (vers 800) en recopie des extraits grecs dans sa Chronographie.
  • 1773 : l’explorateur écossais James Bruce rapporte d’Éthiopie trois manuscrits guèzes (Oxford et Paris). Richard Laurence publie la première traduction anglaise (1821), puis le texte guèze (1838).
  • 1851 : August Dillmann publie à Leipzig le texte guèze (Liber Henoch aethiopice), d’après cinq manuscrits (le titre complet porte ad quinque codicum fidem editus), puis une traduction allemande (1853). Johannes Flemming (1902) et Robert Henry Charles (1906) donnent de nouvelles éditions critiques ; Charles distingue deux groupes de manuscrits, un plus ancien et un groupe révisé.
  • 1886-1887 : fouilles d’Akhmim (Panopolis, Égypte) : un codex grec (Codex Panopolitanus) contient 1 Hénoch 1-32 ; publié par Urbain Bouriant en 1892. 1937 : Campbell Bonner publie le papyrus Chester Beatty-Michigan (chapitres 97-107).
  • 1952 et après : onze manuscrits araméens d’Hénoch dans la grotte 4 de Qumrân (4Q201-212, dont le Livre astronomique et le Livre des Géants), publiés par J. T. Milik en 1976. Milik les date par la paléographie de la fin du IIIe siècle avant J.-C. (4Q208, Livre astronomique, le plus ancien) jusqu’à la fin du Ier siècle avant J.-C. ; ces dates paléographiques ont une marge d’erreur de plusieurs décennies. 4Q204 contient une partie de 1:9.
  • 1978 : Michael A. Knibb édite le manuscrit Rylands Éthiopien 23 avec un apparat et compare le guèze aux fragments araméens. Le commentaire de George W. E. Nickelsburg et James C. VanderKam (Hermeneia, 2001 et 2012) est la référence actuelle.
  • Ted M. Erho et Loren T. Stuckenbruck ont recensé en 2013 plus d’une centaine de manuscrits guèzes ; les plus anciens datent du XVe siècle.

Fiabilité : arguments

Pour.

  • Le guèze conserve le livre entier, transmis avec soin dans une Église qui le tient pour Écriture.
  • Là où l’on peut comparer, les fragments araméens et grecs confirment que le guèze rend un texte ancien, souvent de près.
  • Les témoins sont publiés et accessibles en photographie (Qumrân : Leon Levy Dead Sea Scrolls Digital Library ; manuscrits éthiopiens : projets de numérisation et Beta maṣāḥǝft).

Réserves.

  • Le guèze est une traduction d’une traduction (araméen, grec, guèze) ; chaque étape a pu ajouter fautes et choix.
  • Les manuscrits guèzes sont tardifs (XVe siècle au plus tôt) : un millénaire sépare la traduction des plus anciennes copies.
  • Les Paraboles (37-71) ne sont attestées qu’en guèze ; leur date est débattue (Ier siècle avant ou après J.-C.).
  • Les fragments araméens montrent par endroits un texte plus long ou différent, en particulier pour le Livre astronomique, très abrégé en guèze.

Passages témoins (propres à Hénoch)

PassageTraitement
1:9 (cité en Jude 14-15)guèze, grec d’Akhmim et araméen (4Q204, partiel) concordent pour l’essentiel
6-11 (les Veilleurs)guèze, grec d’Akhmim et Syncelle, araméen (4Q201-202) ; différences de détail sur les noms des chefs des Veilleurs
37-71 (Paraboles)guèze seulement
72-82 (astronomie)guèze abrégé ; araméen plus long (4Q208-211)

Financement

  • Documenté : voyage de James Bruce (fonds personnels) ; éditions universitaires (Oxford, Leipzig) ; publication des fragments de Qumrân par l’Autorité des antiquités d’Israël et Oxford University Press ; numérisation par des projets universitaires (Hambourg pour Beta maṣāḥǝft, Hill Museum & Manuscript Library pour les manuscrits éthiopiens).
  • Allégué : des auteurs affirment que le livre a été retiré de la Bible pour cacher des vérités ; c’est une interprétation de son exclusion du canon juif et de la plupart des canons chrétiens, non un fait établi sur les manuscrits.
  • Non démontré : une altération délibérée du texte guèze ; les différences entre familles de manuscrits relèvent de la transmission ordinaire et de révisions savantes.

Dans les traductions de Pierre

Pierre traduit le Livre d’Hénoch à partir du guèze, seul témoin complet, sur sa propre transcription de l’édition imprimée de Dillmann (1851, domaine public), contrôlée contre l’édition de l’Église éthiopienne et contre Charles ; le commentaire signale les fragments grecs (Akhmim, Syncelle, Chester Beatty-Michigan) et araméens (4Q201-212) quand ils existent. Ce choix offre un texte complet et libre de droits, et une édition établie sur plusieurs manuscrits. Ses limites sont celles du guèze lui-même (traduction de seconde main, manuscrits tardifs) et celles de l’édition de 1851, faite sur cinq manuscrits seulement, avant la découverte des fragments de Qumrân et le recensement des manuscrits éthiopiens.

Pourquoi cette note

Trois étoiles : un livre transmis intégralement, avec soin, et confirmé dans ses grandes lignes par des fragments très anciens, mais que l’on ne lit en entier que dans une traduction de traduction, sur des manuscrits tardifs. On ne peut pas atteindre le texte d’origine avec la même sûreté que pour les livres hébreux ou le Nouveau Testament grec.

Voir aussi

Sources

  • August Dillmann (éd.), Liber Henoch aethiopice, Leipzig, Vogel, 1851 ; Das Buch Henoch übersetzt und erklärt, Leipzig, 1853 ; Lexicon linguae aethiopicae, Leipzig, 1865.
  • Richard Laurence, The Book of Enoch the Prophet, Oxford, 1821 ; Libri Enoch prophetae versio aethiopica, Oxford, 1838.
  • Johannes Flemming, Das Buch Henoch: Äthiopischer Text, Leipzig, Hinrichs (Texte und Untersuchungen 22), 1902.
  • R. H. Charles, The Ethiopic Version of the Book of Enoch, Oxford, Clarendon (Anecdota Oxoniensia), 1906 ; The Book of Enoch, 2e éd., Oxford, 1912.
  • Urbain Bouriant, « Fragments grecs du livre d’Énoch », Mémoires publiés par les membres de la Mission archéologique française au Caire 9, 1892.
  • Campbell Bonner, The Last Chapters of Enoch in Greek, Londres, 1937.
  • Matthew Black (éd.), Apocalypsis Henochi Graece, Leyde, Brill, 1970.
  • J. T. Milik, The Books of Enoch: Aramaic Fragments of Qumrân Cave 4, Oxford, Clarendon, 1976.
  • Michael A. Knibb, The Ethiopic Book of Enoch: A New Edition in the Light of the Aramaic Dead Sea Fragments, 2 vol., Oxford, Clarendon, 1978.
  • George W. E. Nickelsburg, 1 Enoch 1 (Hermeneia), Minneapolis, Fortress, 2001 ; G. W. E. Nickelsburg et J. C. VanderKam, 1 Enoch 2 (Hermeneia), 2012.
  • Loren T. Stuckenbruck, 1 Enoch 91-108, Berlin, De Gruyter, 2007.
  • Ted M. Erho et Loren T. Stuckenbruck, « A Manuscript History of Ethiopic Enoch », Journal for the Study of the Pseudepigrapha 23, 2013.
  • André Caquot, « Hénoch », dans La Bible. Écrits intertestamentaires, Paris, Gallimard (Pléiade), 1987.
  • Beta maṣāḥǝft, Université de Hambourg (betamasaheft.eu) ; Leon Levy Dead Sea Scrolls Digital Library (deadseascrolls.org.il).