Ressources · Financiers et mécènes

Robert Barker

Imprimeur du roi Jacques Ier, Robert Barker imprime en 1611 la première édition de la King James 1611 et en assume presque seul le coût, évalué à au moins 3 500 livres.

Fiche de recherche, sources indiquées. Les points marqués « à vérifier » ne sont pas encore confirmés par les sources.

Cette fiche porte sur le rôle de Barker dans la transmission de la Bible, non sur sa personne.

En bref

Imprimeur du roi Jacques Ier, Robert Barker imprime en 1611 la première édition de la King James 1611 et en assume presque seul le coût, évalué à au moins 3 500 livres. Pour y faire face, il s’endette auprès de ses concurrents Bonham Norton et John Bill, qui deviennent ses associés puis ses adversaires dans une longue série de procès. En 1631, son atelier imprime la « Bible des méchants » (Wicked Bible), où le septième commandement a perdu sa négation. Il meurt prisonnier pour dettes.

Provenance et confession

Né vers 1570 à Londres, fils de Christopher Barker, imprimeur de la reine Élisabeth et éditeur de la Bible de Genève anglaise en Angleterre. Formé dans l’atelier paternel, membre de la Stationers’ Company (corporation des libraires et imprimeurs de Londres), il hérite du privilège d’imprimeur royal vers 1599-1600. Anglican ; aucune ordination, aucun cercle documenté hors de sa corporation.

Vie

Faits documentés. Le privilège royal donne à Barker l’exclusivité des Bibles officielles et des actes de l’État. En 1611 paraît « Imprinted at London by Robert Barker, Printer to the Kings most Excellent Maiestie ». Il vend du stock en gros et emprunte à Bonham Norton et à John Bill ; en 1617, il leur cède une part de son privilège. Les procès commencent vers 1618 sur la durée de cette cession (un an selon Barker, sans réserve selon Norton) ; Norton l’emporte un temps, et le nom de Barker disparaît du privilège vers 1620 avant d’y revenir. Les fils de Norton auraient forcé l’atelier de nuit pour en emporter le matériel. En 1631, l’édition de Barker et Martin Lucas imprime « Thou shalt commit adultery » (Ex 20:14) ; la Haute Commission, sous l’impulsion de William Laud, le condamne à une lourde amende (300 livres selon la plupart des sources, à vérifier) et fait détruire les exemplaires. Barker accuse Norton et Bill de sabotage. Il vend ses parts en 1635 et est enfermé pour dettes à la prison du King’s Bench, où il meurt (en 1645 selon l’Oxford Dictionary of National Biography et l’exposition de l’Université de Toronto ; 1643 selon d’autres notices).

Interprétation. L’hypothèse du sabotage de 1631 vient de Barker lui-même et n’est pas prouvée.

Ce qu’il a financé

BénéficiaireMontantDateSourceNiveau de preuve
King James 1611 : préparation de la copie et impressionau moins 3 500 livres1610-1611pièces des procès Barker c. Norton, analysées par Rees et Wakely (2009)Documenté
Rémunération des traducteursnon chiffré1604-1611non retrouvéNon démontré : les traducteurs étaient surtout entretenus par leurs bénéfices ecclésiastiques
  • Allégué : que la somme de 3 500 livres aurait servi à acheter la « copie traduite » elle-même ; les sources consultées parlent du coût total.

Influence sur la Bible

Son argent et son atelier ont donné au monde anglophone la King James, qui restera la Bible de référence pendant trois siècles. Mais le monopole a aussi produit des éditions fautives : la Wicked Bible est la plus célèbre, et les premières impressions de 1611 diffèrent entre elles (éditions dites « He » et « She » en Rt 3:15). Ce sont des fautes d’impression, non des changements volontaires.

Signaux d’alerte

Aucun signal documenté. Le privilège royal était public et commercial ; son rôle d’imprimeur du roi n’a pas consisté à orienter une doctrine. Les procès avec Norton et Bill montrent une entreprise endettée, non un argent caché. Rien de suspect : le seul point à creuser est l’origine exacte des fonds empruntés en 1610-1611.

Pourquoi cette note

Apport réel et coûteux (la King James existe en partie grâce à son endettement), mêlé d’une exécution souvent négligente : coquilles graves, querelles commerciales, faillite. Aucune faute sur le texte n’est intentionnelle. D’où 3/5.

Voir aussi

Sources

  • Graham Rees et Maria Wakely, Publishing, Politics, and Culture: The King’s Printers in the Reign of James I and VI, Oxford University Press, 2009.
  • Oxford Dictionary of National Biography, notice « Barker, Robert ».
  • David Norton, The King James Bible: A Short History from Tyndale to Today, Cambridge University Press, 2011.
  • Gordon Campbell, Bible: The Story of the King James Version 1611-2011, Oxford University Press, 2010.
  • University of Toronto Libraries, exposition « The Wicked Bible », sections « Fallout » et « Works Cited ».
  • Stationers’ Company, Ruth Frendo, article sur Robert Barker et la Wicked Bible.