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Bible de Genève anglaise

La Bible de Genève fut traduite par des protestants anglais réfugiés à Genève pendant le règne de Marie Tudor.

Fiche de recherche, sources indiquées. Évaluation proposée, pas encore confirmée. Les points marqués « à vérifier » ne sont pas encore confirmés par les sources.

En bref

La Bible de Genève fut traduite par des protestants anglais réfugiés à Genève pendant le règne de Marie Tudor. Première Bible anglaise en format maniable, en caractères romains, avec numéros de versets, mots ajoutés en italique, cartes, sommaires et notes marginales, elle fut la Bible du peuple anglais pendant près d’un siècle : celle de Shakespeare, de John Bunyan, de Cromwell et des puritains, et celle qu’emportèrent les Pèlerins du Mayflower. Ses notes, jugées séditieuses par Jacques Ier, furent l’une des causes de la King James 1611.

Histoire

Documenté :

  • Sous Marie Tudor (1553-1558), qui fait brûler près de 300 protestants (dont John Rogers et Thomas Cranmer), des centaines d’Anglais s’exilent. À Genève, la congrégation anglaise, protégée par Jean Calvin, compte Miles Coverdale, John Knox, William Whittingham, Anthony Gilby et Thomas Sampson.
  • 1557 : NT de Whittingham, avec une épître de Calvin. 1560 : Bible complète, imprimée par Rowland Hall à Genève.
  • Financement : le travail est payé par des membres de la congrégation anglaise, dont John Bodley, marchand exilé (père de Thomas Bodley, fondateur de la Bibliothèque bodléienne). Élisabeth Ire accorde en 1561 à Bodley un privilège d’impression de sept ans. Les détails des contributions viennent de sources de l’époque citées par Pollard ; montants inconnus.
  • La Bible n’est imprimée en Angleterre qu’à partir de 1575-1576, après la mort de l’archevêque Matthew Parker, qui lui préférait la Bishops’ Bible. Elle connaît plus de 150 éditions jusqu’en 1644.
  • 1576 : NT révisé par Laurence Tomson d’après Théodore de Bèze. 1599 : les notes de l’Apocalypse sont remplacées par celles de Franciscus Junius, fortement antipapales.

Texte source et méthode

Traduction formelle sur l’hébreu et le grec, révisant William Tyndale et la Grande Bible à l’aide des travaux de Genève (Bèze, Estienne, la Bible de Genève française, la Bible d’Olivétan). Les versets numérotés suivent Robert Estienne (1551). Les mots ajoutés pour le sens sont en italique, usage que reprendra la King James.

Passages témoins

PassageTraitement
Mt 24:34« this generation shall not passe, till all these things be done » ; note marginale (édition 1599, texte modernisé en ligne) : « the word “generation” or “age” is here being used for the men of this age », c’est-à-dire les hommes de ce temps-là (présence de la même note dans l’édition 1560 à vérifier sur un fac-similé)
Ap 1:1« shortly »
1 Jn 5:7-8présente
Mc 16:9-20présente
1 Tm 3:16« God is manifested in the flesh » (« Dieu »)
Ap 22:19« booke of life » (« livre de vie »)
Ac 8:37présent

Notes, livres et doctrine

Les notes (environ 300 000 mots dans l’édition de 1599, selon les estimations) expliquent le texte, défendent la doctrine réformée (prédestination, sacrements), et lisent l’Apocalypse de façon historiciste : la bête et l’Antichrist sont la papauté (Historicisme).

Notes « anti-tyranniques » : certaines admettent qu’on désobéisse à un roi impie. Deux exemples célèbres :

  • Ex 1:19, les sages-femmes hébreues qui désobéissent à Pharaon : la note approuve leur désobéissance, mais blâme leur mensonge.
  • 2 Ch 15:16, le roi Asa qui destitue sa mère idolâtre Maaca : la note dit qu’il manqua de zèle, car elle aurait dû mourir selon la Loi.

La réaction de Jacques Ier : à la conférence de Hampton Court (janvier 1604), selon le compte rendu de William Barlow (The Summe and Substance of the Conference, 1604), le roi dit tenir la Genève pour la plus mauvaise des traductions et juge certaines de ses notes « très partiales, fausses, séditieuses », citant précisément les notes d’Ex 1:19 et 2 Ch 15:16. Il ordonne une nouvelle traduction sans notes (règle 6 de Bancroft). Jacques avait connu en Écosse la théorie de la résistance de Knox et de George Buchanan ; il y voyait une menace pour le droit divin des rois (interprétation des historiens, appuyée sur ses écrits).

Les apocryphes sont inclus, mais avec un avertissement sur leur autorité moindre ; certaines éditions les omettent.

Ce qu’on lui reproche

  • Des notes séditieuses (Jacques Ier, conférence de Hampton Court, 1604, selon Barlow) : voir plus haut, notes d’Ex 1:19 et 2 Ch 15:16. Pourquoi ces notes : les exilés de Genève avaient vécu la persécution de Marie Tudor ; la question de l’obéissance à un prince idolâtre était pour eux pratique. Réponse des défenseurs (puritains du XVIIe siècle) : les notes condamnent l’idolâtrie, non la royauté ; Jacques, élevé dans la crainte de Knox et de Buchanan, les aurait lues avec ses propres soucis.
  • Une Bible de parti (l’archevêque Matthew Parker et la hiérarchie anglicane) : calviniste, elle porte dans ses notes la prédestination et une Église sans évêques. Pourquoi : c’était la conviction de ses auteurs ; Parker fit faire la Bishops’ Bible pour la concurrencer et retarda son impression en Angleterre jusqu’en 1575-1576.
  • Des « corruptions » protestantes (catholiques : Gregory Martin, A Discoverie of the Manifold Corruptions, 1582) : Martin accuse les Bibles protestantes, dont la Genève, de traduire pour leur doctrine : elder pour « prêtre », image et idol confondus, congregation, « justifié par la foi » souligné par les notes. Réponse : William Fulke, A Defense of the Sincere and True Translations of the Holy Scriptures (1583), défend ces rendus par le grec et l’hébreu.
  • L’Apocalypse contre le pape (catholiques) : les notes de Junius (1599) identifient la bête et la prostituée à la papauté. Pourquoi : c’est la lecture historiciste commune aux réformateurs ; elle est présentée en marge, distincte du texte.
  • La « Breeches Bible » : en Gn 3:7, Adam et Ève se font des breeches (« culottes ») ; le surnom moqueur est resté. Pourquoi : le mot existait déjà chez Wycliffe et désignait simplement un vêtement couvrant les reins ; ce n’est pas un contresens.

Versets ajoutés ou retirés

Pourquoi cette note

Interprétation : le texte est fidèle, savant et clair, fondé sur les originaux, souvent supérieur aux versions officielles de son temps, et transparent (italiques). Mais le critère de transparence s’applique ici comme à la Bible de Douai-Reims ou à la Scofield Reference Bible, quelle que soit la doctrine des notes : les notes marginales présentent comme le sens du texte une lecture confessionnelle (doctrine réformée, Apocalypse lue comme une prophétie de la papauté) et parfois polémique. Elles restent typographiquement distinctes du texte et la traduction elle-même est de premier ordre : 4/5. La Scofield, qui n’apporte pas de traduction, est jugée sur son seul appareil ; la Douai-Reims, aux notes aussi polémiques en sens inverse, est en plus traduite du latin.

Voir aussi

King James 1611 · Bishops’ Bible · Grande Bible · Jean Calvin · Théodore de Bèze · Robert Estienne · Miles Coverdale · Bible de Genève française · Historicisme · Textus Receptus

Sources

  • Dan G. Danner, Pilgrimage to Puritanism: History and Theology of the Marian Exiles at Geneva, 1555-1560, New York, Peter Lang, 1999.
  • Lloyd E. Berry, introduction au fac-similé The Geneva Bible: A Facsimile of the 1560 Edition, University of Wisconsin Press, 1969.
  • William Barlow, The Summe and Substance of the Conference … at Hampton Court, Londres, 1604.
  • Alfred W. Pollard, Records of the English Bible, Oxford University Press, 1911.
  • David Daniell, The Bible in English, Yale University Press, 2003, ch. 16.
  • Texte et notes en ligne : sacred-texts.com et bible.armeniancathedral.org, Geneva Bible notes (1599), Matthieu 24 ; texte de 1560/1599 : textusreceptus.thekingsbible.com (Interlinear).
  • Gregory Martin, A Discoverie of the Manifold Corruptions of the Holy Scriptures by the Heretikes of our daies, Reims, 1582.
  • William Fulke, A Defense of the Sincere and True Translations of the Holy Scriptures into the English Tong, Londres, 1583.