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King James 1611

La Authorized Version, dite King James, est la traduction commandée par Jacques Ier (Jacques VI d'Écosse) et publiée en 1611.

Fiche de recherche, sources indiquées. Évaluation proposée, pas encore confirmée. Les points marqués « à vérifier » ne sont pas encore confirmés par les sources.

En bref

La Authorized Version, dite King James, est la traduction commandée par Jacques Ier (Jacques VI d’Écosse) et publiée en 1611. Révision de la Bishops’ Bible faite par une cinquantaine de savants sur l’hébreu et le grec, elle hérite pour l’essentiel du texte de William Tyndale. Elle a été pendant trois siècles la Bible du monde anglophone, et reste la principale traduction moderne fondée sur le Textus Receptus.

Histoire

Documenté :

  • Hampton Court, janvier 1604 : Jacques réunit évêques et puritains. Le puritain John Rainolds, président de Corpus Christi (Oxford), propose une nouvelle traduction. Le roi accepte, en disant (selon William Barlow) que la Bible de Genève anglaise est la pire et que ses notes sont séditieuses.
  • L’évêque de Londres Richard Bancroft (archevêque de Cantorbéry en décembre 1604) organise le travail : environ 47 traducteurs (la liste de 1604 compte 54 noms), en six compagnies : deux à Westminster, deux à Cambridge, deux à Oxford. Parmi eux : Lancelot Andrewes (Genèse à 2 Rois), Edward Lively, John Overall, Henry Savile, John Bois.
  • Un comité final revoit l’ensemble à Stationers’ Hall (1610). Miles Smith écrit la préface The Translators to the Reader ; Smith et Thomas Bilson assurent la dernière relecture.
  • Financement : les traducteurs ne sont pas payés directement ; le roi demande aux évêques de leur réserver des bénéfices ecclésiastiques vacants (lettre de Bancroft, juillet 1604). L’impression est assurée et payée par le King’s Printer, Robert Barker, qui en garde le monopole ; Barker aurait payé 3 500 livres pour la copie (chiffre tiré de procès ultérieurs entre imprimeurs, rapporté par Graham Rees et Maria Wakely, Publishing, Politics, and Culture: The King’s Printers in the Reign of James I and VI, Oxford University Press, 2009 ; montant exact à vérifier). Les membres du comité final reçurent 30 shillings par semaine de la Stationers’ Company, selon la vie de John Bois écrite par Anthony Walker (publiée par Francis Peck, Desiderata Curiosa, 1732-1735).
  • Mai 1611 : premier in-folio, par Robert Barker. Malgré son nom d’Authorized Version, aucun acte officiel d’autorisation n’est connu ; la page de titre dit « appointed to be read in Churches ».
  • Révisions de l’orthographe et corrections : Cambridge 1629 et 1638 ; Benjamin Blayney, Oxford 1769 (le texte courant aujourd’hui).

Les quinze règles de Bancroft (1604)

Résumé fidèle des règles transmises aux traducteurs (texte conservé par Gilbert Burnet et d’autres) :

  1. Suivre la Bishops’ Bible, en la changeant aussi peu que l’original le permet.
  2. Garder les noms des prophètes et des écrivains sacrés dans leur forme usuelle.
  3. Garder les anciens mots ecclésiastiques : church et non congregation.
  4. Pour un mot à plusieurs sens, garder celui des Pères les plus éminents, s’il convient au contexte et à « l’analogie de la foi ».
  5. Ne pas changer la division des chapitres, ou le moins possible.
  6. Aucune note marginale, sauf pour expliquer un mot hébreu ou grec qu’on ne peut rendre brièvement dans le texte.
  7. Indiquer en marge les références aux passages parallèles.
  8. Chaque membre d’une compagnie traduit les mêmes chapitres, puis la compagnie se réunit pour s’accorder.
  9. Chaque livre achevé est envoyé aux autres compagnies pour examen.
  10. Les désaccords sont notés et réglés à la réunion générale finale.
  11. Pour un passage obscur, on peut écrire à tout savant du royaume pour avoir son avis.
  12. Chaque évêque avertit son clergé et invite ceux qui connaissent les langues à envoyer leurs remarques.
  13. Directeurs : les doyens de Westminster et de Chester, et les professeurs royaux d’hébreu et de grec des deux universités.
  14. Suivre Tyndale, Matthew, Coverdale, Whitchurch (Grande Bible) et Genève quand ils s’accordent mieux au texte que la Bishops’ Bible.
  15. Nommer en plus trois ou quatre théologiens âgés des universités comme surveillants.

Interprétation : les règles 1, 3, 4 et 6 montrent une révision contrôlée par l’Église établie et la couronne : vocabulaire ecclésiastique, pas de notes calvinistes ni anti-tyranniques. Mais la règle 14 et le travail réel ramènent sans cesse au texte de Tyndale.

Texte source et méthode

AT : texte massorétique de la Bible rabbinique (Bomberg, Venise). NT : surtout Théodore de Bèze (1588-1598) et Robert Estienne (1550), donc le Textus Receptus. Les mots ajoutés sont en italique. Traduction formelle, mais avec une certaine variété de vocabulaire (la préface la revendique).

Passages témoins

PassageTraitement
Mt 24:34« This generation shall not pass, till all these things be fulfilled »
Ap 1:1 et 22:10« things which must shortly come to pass » ; « the time is at hand »
1 Jn 5:7-8présente
Mc 16:9-20présente
Jn 7:53-8:11présente
1 Tm 3:16« God was manifest in the flesh »
Ap 22:19« the book of life »
Ac 8:37présent

Notes, livres et doctrine

Pas de notes doctrinales : environ 8 000 notes marginales donnent des sens littéraux, des variantes ou des références.

Les apocryphes de 1611 : l’édition de 1611 contient les apocryphes (1 et 2 Esdras, Tobie, Judith, additions à Esther, Sagesse, Siracide, Baruch avec la lettre de Jérémie, additions à Daniel, Prière de Manassé, 1 et 2 Maccabées), placés entre les deux Testaments, conformément à l’article VI des Trente-neuf articles (lus « pour l’exemple de vie », non pour établir la doctrine). Le calendrier des lectures de 1611 en contient. Des éditions sans apocryphes paraissent dès le XVIIe siècle (une de 1666 est souvent citée ; à vérifier) ; en 1826, la British and Foreign Bible Society décide de ne plus financer d’éditions qui les contiennent (Sociétés bibliques), et ils disparaissent des Bibles protestantes courantes.

La préface The Translators to the Reader défend l’idée que même la plus pauvre traduction est la Parole de Dieu, et reconnaît l’utilité des notes de variantes : elle ne prétend pas à l’inspiration de la traduction elle-même.

Ce qu’on lui reproche

La King James est la traduction la plus défendue et l’une des plus critiquées. Les reproches viennent de toutes parts : puritains de 1611, critiques textuels, catholiques, Juifs, et aussi des défenseurs de la King James qui répondent à leur tour.

  • Une Bible de la couronne et des évêques (puritains ; Hugh Broughton, 1611) : l’hébraïsant Broughton, écarté du comité, écrit qu’il aimerait mieux être écartelé par des chevaux sauvages que de voir cette traduction imposée aux Églises. Pourquoi : les règles de Bancroft (plus haut) imposent church, bishop et l’absence de notes, à la demande de Jacques Ier. Réponse de la préface (The Translators to the Reader) : il s’agissait de faire « d’une bonne traduction une meilleure », non de servir un parti.
  • « Easter » en Ac 12:4 (critiques de toutes tendances) : le grec pascha est rendu partout ailleurs par Passover. Pourquoi : le mot vient de Tyndale et de la Bishops’ Bible, et la révision l’a laissé ici seulement. Réponse de certains défenseurs (Peter Ruckman ; Samuel Gipp, The Answer Book, 1989) : Hérode attendait une fête païenne de printemps, distincte de la Pâque. D’autres défenseurs admettent un archaïsme sans conséquence.
  • « Lucifer » en Es 14:12 (critiques textuels et hébraïsants) : l’hébreu hêlêl ben-shahar veut dire « astre brillant, fils de l’aurore » ; « Lucifer » est le mot latin de la Vulgate, devenu un nom propre de Satan. Pourquoi : la tradition latine et les Bibles anglaises antérieures ; la marge de 1611 porte d’ailleurs « Or, O day starre ». Réponse des défenseurs (Gail Riplinger, New Age Bible Versions, 1993) : traduire « étoile du matin » confondrait Satan avec le Christ d’Ap 22:16 ; les critiques de Riplinger (James R. White, The King James Only Controversy, 1995) jugent cet argument sans fondement linguistique.
  • « Holy Ghost » et « Holy Spirit » : le même grec est rendu tantôt par l’un, tantôt par l’autre (« Holy Spirit » en Lc 11:13 notamment). Pourquoi : la préface défend expressément la variété du vocabulaire : les traducteurs disent ne pas s’être liés à une uniformité de mots. Les critiques y voient une incohérence ; les défenseurs, un choix de style assumé.
  • Les apocryphes de 1611 (puritains au XVIIe siècle, puis certains défenseurs actuels qui l’ignorent) : l’édition originale les contient. Pourquoi : l’article VI des Trente-neuf articles les fait lire pour l’exemple de vie ; la règle de la traduction y obligeait. La question gêne surtout ceux qui tiennent la King James pour parfaite.
  • Un texte grec dépassé (critiques textuels : F. H. A. Scrivener, Brooke Foss Westcott et Fenton John Anthony Hort, comité de la Revised Version, 1881) : le Textus Receptus repose sur des manuscrits tardifs et quelques leçons sans appui grec (fin de l’Apocalypse, Comma, Ac 9:6). Réponse : John William Burgon (The Revision Revised, 1883), Edward F. Hills (1956), puis le mouvement « King James seulement » (D. A. Waite, Peter Ruckman) défendent le texte reçu comme providentiellement préservé. Voir Mouvement de critique textuelle.
  • Des mots trompeurs : « licornes » pour l’hébreu re’em (Nb 23:22 ; Jb 39:9), « dragons » pour des chacals, « God forbid » pour un grec qui ne nomme pas Dieu (mè genoito, Rm 6:2). Pourquoi : héritage de la Septante (monokerôs), de la Vulgate et de Tyndale ; ce sont des choix d’époque, non des retouches doctrinales.
  • La King James d’aujourd’hui n’est pas celle de 1611 (historiens du texte : David Norton, 2005) : les éditions de Cambridge (1762) et d’Oxford (Benjamin Blayney, 1769) ont modernisé l’orthographe et corrigé des centaines de passages. Les fautes d’imprimerie ont été célèbres : la « Wicked Bible » de 1631 imprimait « Thou shalt commit adultery », et les imprimeurs Barker et Lucas furent condamnés à une amende. Réponse des défenseurs : ces changements touchent l’orthographe et la typographie, non le texte traduit.
  • Une lecture chrétienne de l’hébreu (auteurs juifs, par ex. le rabbin Tovia Singer) : « a virgin » en Es 7:14, « they pierced » au Ps 22:16, majuscules et titres de chapitres christologiques. Pourquoi : les traducteurs lisaient l’Ancien Testament à la lumière du Nouveau, et suivaient les citations qu’en fait le NT (Mt 1:23) ; les en-têtes de chapitres de 1611 l’affirment ouvertement.

Versets ajoutés ou retirés

Elle suit le Textus Receptus : presque tous les versets du dossier sont présents.

Pourquoi cette note

Interprétation : traduction formelle, fidèle à son texte source, transparente (mots ajoutés en italique, environ 8 000 notes marginales de sens littéral et de variantes), sans notes qui imposent une doctrine ; les passages témoins sont rendus mot à mot (« this generation », « shortly », « at hand ») sans glose dans un sens ou dans l’autre. C’est le sommet de la lignée Tyndale. Réserves honnêtes : les règles imposent un vocabulaire ecclésiastique (church, bishop, Easter en Ac 12:4) et « l’analogie de la foi » ; la commande est royale et politique ; elle hérite des faiblesses du Textus Receptus (fin de l’Apocalypse d’Érasme). Note 5, à confirmer.

Voir aussi

Lancelot Andrewes · William Tyndale · Nouveau Testament de Tyndale · Bishops’ Bible · Bible de Genève anglaise · Grande Bible · Bible de Matthew · Bible de Coverdale · Bible de Douai-Reims · Textus Receptus · Théodore de Bèze · Robert Estienne · Revised Version · New King James Version · Sociétés bibliques

Sources

  • William Barlow, The Summe and Substance of the Conference … at Hampton Court, Londres, 1604.
  • Alfred W. Pollard, Records of the English Bible, Oxford University Press, 1911 (règles de Bancroft, lettres de 1604).
  • Adam Nicolson, God’s Secretaries: The Making of the King James Bible, HarperCollins, 2003.
  • Gordon Campbell, Bible: The Story of the King James Version 1611-2011, Oxford University Press, 2010.
  • David Norton, A Textual History of the King James Bible, Cambridge University Press, 2005.
  • David Daniell, The Bible in English: Its History and Influence, Yale University Press, 2003.
  • Ward Allen, Translating for King James: Notes Made by a Translator of King James’s Bible (notes de John Bois), Vanderbilt University Press, 1969.
  • The Translators to the Reader, préface de 1611 (sur la variété du vocabulaire et l’usage des marges).
  • Hugh Broughton, A Censure of the Late Translation for our Churches, Middelburg, Richard Schilders, vers 1611 (catalogue de la Folger Library ; la phrase des chevaux sauvages est citée d’après les sources secondaires).
  • John W. Burgon, The Revision Revised, Londres, John Murray, 1883.
  • Edward F. Hills, The King James Version Defended, 1956.
  • Gail Riplinger, New Age Bible Versions, AV Publications, 1993 ; Samuel C. Gipp, The Answer Book, 1989.
  • James R. White, The King James Only Controversy, Bethany House, 1995 (2e éd. 2009).
  • F. H. A. Scrivener, The Authorized Edition of the English Bible (1611), its Subsequent Reprints and Modern Representatives, Cambridge, 1884.