Fiche de recherche, sources indiquées. Évaluation proposée, pas encore confirmée. Les points marqués « à vérifier » ne sont pas encore confirmés par les sources.
En bref
La Bishops’ Bible (« Bible des évêques ») est la Bible officielle de l’Église d’Angleterre sous Élisabeth Ire. Elle fut voulue par l’archevêque de Cantorbéry Matthew Parker pour remplacer la Grande Bible et concurrencer la Bible de Genève anglaise, plus populaire mais calviniste. Elle ne réussit jamais à s’imposer auprès du peuple, mais elle servit de texte de base à la King James (règle 1 de Bancroft).
Histoire
Documenté :
- Vers 1566, Parker répartit les livres entre des évêques et des théologiens (d’où le nom), chacun signant ses initiales à la fin de sa part.
- Imprimée à Londres par Richard Jugge, imprimeur de la reine, en 1568 : un grand in-folio, illustré, avec des portraits d’Élisabeth, de Leicester et de Burghley. Parker supervise et finance une partie du travail ; Jugge assume l’impression (l’équilibre exact des frais est mal connu).
- La Convocation de 1571 ordonne qu’un exemplaire soit placé dans chaque cathédrale et, autant que possible, dans les églises.
- Édition révisée en 1572, avec le NT corrigé. Dernière édition complète en 1602.
Texte source et méthode
C’est une révision de la Grande Bible, corrigée d’après l’hébreu et le grec. La qualité varie beaucoup : le NT est jugé meilleur que l’AT, certaines parties suivent la Genève, d’autres gardent les tournures latines de Coverdale. L’édition de 1572 réimprime les Psaumes de la Grande Bible (ceux de Coverdale) à côté de la nouvelle version.
Passages témoins
| Passage | Traitement |
|---|---|
| Mt 24:34 | « this generation shall not passe, tyll all these thynges be fulfylled » (« cette génération ») |
| Ap 1:1 | « shortly » |
| 1 Jn 5:7-8 | présente |
| Mc 16:9-20 | présente |
| 1 Tm 3:16 | « God was shewed in the flesshe » |
| Ap 22:19 | « booke of lyfe » (« livre de vie ») |
| Ac 8:37 | présent |
Notes, livres et doctrine
Parker demande aux réviseurs d’éviter les notes « amères » de la Genève. Les notes sont moins nombreuses et moins polémiques, mais restent protestantes. Les apocryphes sont inclus. Certaines tournures, devenues célèbres pour leur maladresse, furent critiquées dès l’époque ; la King James en corrigea beaucoup.
Ce qu’on lui reproche
- Une révision inégale et peu savante (Hugh Broughton, hébraïsant, An Epistle to the Learned Nobilitie of England, touching translating the Bible from the original, 1597) : Broughton dénonce les fautes de l’AT et réclame une nouvelle traduction. Pourquoi : Parker avait réparti les livres entre des évêques de compétence variable, sans révision d’ensemble ; qu’il l’ait reconnu dans ses lettres à Cecil reste à vérifier. La King James sera l’occasion de corriger ces défauts.
- Faite contre la Genève plus que pour le texte (puritains, historiens) : le but premier était d’avoir une Bible épiscopale, sans les notes calvinistes. Pourquoi : c’est la raison donnée par Parker lui-même dans ses consignes aux réviseurs (éviter les notes « amères »).
- La « Leda Bible » : l’édition de 1572 réutilise, comme lettrine de l’épître aux Hébreux, un bois gravé représentant Léda et le cygne, scène mythologique et érotique. On le lui reprocha dès l’époque. Pourquoi : l’imprimeur Jugge a réemployé un bois d’une édition profane d’Ovide ; ce n’est pas un choix des évêques.
- Des portraits de cour : la première édition porte les portraits d’Élisabeth, de Leicester et de Burghley. Les historiens y voient une Bible de prestige politique. Pourquoi : Bible officielle d’une Église dont la reine est le « gouverneur suprême ».
- Des tournures maladroites ou désuètes : « Is there no tryacle in Gilead ? » (Jr 8:22, « Treacle Bible ») ; le mot désignait un remède, et Coverdale l’avait déjà. La King James a remplacé tryacle par balm.
Versets ajoutés ou retirés
- 1 Jean 5-7-8 - la Comma johannique : présente.
- Actes 8-37 - la confession de l’eunuque : présent.
- Apocalypse 22-19 - livre de vie ou arbre de vie : « booke of lyfe ».
- 1 Timothée 3-16 - Dieu manifesté : « God ».
- Marc 16-9-20 - la finale de Marc : présente.
Pourquoi cette note
Interprétation : texte fondé sur les originaux et sur la lignée Tyndale-Coverdale, mais révision inégale, faite d’abord pour des raisons d’autorité ecclésiastique (contrer la Genève) plus que de fidélité. Son rôle comme base de la King James lui donne une importance durable. Note 3.
Voir aussi
King James 1611 · Grande Bible · Bible de Genève anglaise · Bible de Coverdale · William Tyndale · Textus Receptus
Sources
- David Daniell, The Bible in English, Yale University Press, 2003, ch. 17.
- Alfred W. Pollard, Records of the English Bible, Oxford University Press, 1911 (lettres de Parker à Cecil, 1568).
- F. F. Bruce, History of the Bible in English, 3e éd., Lutterworth, 1979.
- Hugh Broughton, An Epistle to the Learned Nobilitie of England, touching translating the Bible from the original, Middelburg, Richard Schilders, 1597.
- Margaret Aston, « Bishops’ Bible Illustrations », dans Diana Wood (dir.), The Church and the Arts, Studies in Church History 28, Woodbridge, Boydell, 1992, p. 267-285 (sur les illustrations ; qu’elle traite de la lettrine de Léda reste à vérifier).
- Texte des passages témoins : transcription de la Bishops’ Bible 1568, textusreceptus.thekingsbible.com (Interlinear).