En bref
Jésuite toscan, cardinal, principal théologien de la Contre-Réforme. Ses Controverses (1586-1593) répondent point par point aux Réformateurs ; dans le livre sur le pontife romain, il défend un Antichrist individuel et futur, contre la thèse protestante qui voyait l’Antichrist dans la papauté. Il joue aussi un rôle dans la révision de la Vulgate officielle (1592). Canonisé en 1930, docteur de l’Église en 1931.
Provenance et confession
Roberto Bellarmino naît en 1542 à Montepulciano, en Toscane, dans une famille noble mais appauvrie ; sa mère, Cinzia Cervini, est la sœur du cardinal Marcello Cervini, élu pape en 1555 sous le nom de Marcel II. Sa langue est l’italien, sa langue de travail le latin. Catholique de naissance, il est formé au collège jésuite de sa ville, entre dans la Compagnie de Jésus en 1560, étudie au Collège romain, puis à Padoue et à Louvain ; il est ordonné prêtre à Gand en 1570 et devient le premier jésuite à y enseigner la théologie. Toute sa carrière se fait ensuite au service de la papauté : chaire de controverse au Collège romain, Saint-Office, cardinalat (1599), archevêché de Capoue. Aucune conversion ni rupture ; aucune appartenance à une société ou à un cercle en dehors de la Compagnie et des institutions de la Curie n’est rapportée.
Vie
- Né en 1542 à Montepulciano, neveu du pape Marcel II. Entré dans la Compagnie de Jésus en 1560.
- Enseigne à Louvain (1570-1576), puis au Collège romain, où il tient la chaire de controverse.
- Publie les Disputationes de controversiis christianae fidei adversus huius temporis haereticos (Ingolstadt, 1586-1593).
- Cardinal en 1599, archevêque de Capoue (1602-1605).
- Joue un rôle dans le procès de Giordano Bruno (1600) et signifie à Galilée, en 1616, l’interdiction d’enseigner le système de Copernic comme vrai.
- Meurt à Rome en 1621.
Influence sur la Bible et la doctrine
L’Antichrist futur (faits). Dans le livre III du De Romano Pontifice, Bellarmin soutient que l’Antichrist sera un homme unique, juif (de la tribu de Dan, selon une tradition patristique), qui régnera trois ans et demi à la fin des temps, rebâtira le temple et sera adoré à Jérusalem. Il s’appuie sur les Pères (Irénée, Hippolyte) ; Francisco Ribera, qui défend la même lecture, ne publie son commentaire de l’Apocalypse qu’en 1590-1591, après le livre de Bellarmin (1586). Puisque cet homme n’est pas encore venu, conclut-il, le pape ne peut être l’Antichrist. C’est la diffusion la plus large de l’argument futuriste dans l’Europe savante : les protestants anglais (George Downham, A Treatise concerning Antichrist, 1603, entre autres) écrivent pour lui répondre.
La Vulgate (faits). Le concile de Trente (1546) déclare la Vulgate « authentique ». Sixte V publie en 1590 une édition révisée par lui-même, pleine de corrections personnelles. À sa mort, l’édition est retirée. Bellarmin fait partie de la commission qui prépare la nouvelle édition parue sous Clément VIII (1592), dite sixto-clémentine. La préface, qu’on lui attribue, présente les changements comme la correction de fautes d’impression, ce qui couvre les erreurs de Sixte V. Le procédé est discuté par les historiens : sauvegarder l’autorité pontificale plutôt que dire franchement ce qui s’était passé. Selon la Catholic Encyclopedia (1913), c’est Bellarmin qui proposa de garder le nom de Sixte V sur la nouvelle édition et d’expliquer que Sixte lui-même avait voulu une nouvelle impression à cause des fautes ; il rédigea la préface, que Clément VIII approuva en connaissance de cause. On l’a accusé d’inexactitude sur ce point ; ses défenseurs répondent qu’aucune preuve ne contredit son témoignage.
Interprétation. Bellarmin n’a pas inventé le futurisme, mais il lui a donné l’autorité d’un grand théologien et l’a rendu incontournable dans la controverse. Ses partisans y voient la reprise fidèle de l’attente patristique d’un Antichrist personnel ; ses critiques historicistes, une lecture construite pour protéger la papauté. Il faut reconnaître sa rigueur (il cite ses adversaires exactement), sa vie austère et sa piété réelle.
Financement et réseaux
- Documenté : homme de la Curie, de la Compagnie de Jésus et du Saint-Office ; son œuvre est une commande de fait de la Contre-Réforme (chaire de controverse au Collège romain).
- Allégué : des auteurs protestants le présentent comme l’architecte d’un plan jésuite qui aurait conduit, des siècles plus tard, au dispensationalisme.
- Non démontré : un lien direct entre ses Controverses et les futuristes protestants du XIXe siècle ; ceux-ci ne se réclament pas de lui.
Signaux d’alerte
- 7. Pouvoir politique servi (documenté) : Bellarmin est un homme de la Curie, titulaire d’une chaire de controverse créée pour défendre la papauté, qui est alors aussi un État. Il théorise le pouvoir « indirect » du pape sur les souverains temporels (De Romano Pontifice, livre V) et polémique avec Jacques Ier d’Angleterre au sujet du serment d’allégeance (1607-1609). Sa lecture de l’Antichrist protège la même institution. En proportion : c’est la défense ouverte de sa propre Église, comparable aux réformateurs qui servaient leur prince.
- 8. Double allégeance (allégué par H. Grattan Guinness, Romanism and the Reformation, 1887, et LeRoy E. Froom, The Prophetic Faith of Our Fathers, vol. 2, 1948, qui en font l’architecte d’un plan jésuite contre la Réforme) : aucune source ne montre une fidélité cachée ; ses fidélités, à la Compagnie et au pape, sont publiques.
Hors grille, un point de transparence est documenté : la préface de la Vulgate de 1592 présente comme des fautes d’impression ce qui était la reprise d’une édition fautive. Conclusion : un signal documenté, attendu chez un cardinal controversiste ; rien qui révèle une infiltration, mais la préface de 1592 mérite d’être lue avec les études de Quentin.
Pourquoi cette note
★★★☆☆ selon les critères neutres du barème. Fidélité au texte : la Vulgate clémentine corrige réellement l’édition sixtine, mais la révision reste latine et soumise à l’autorité pontificale. Honnêteté et transparence : vie austère, citations exactes de ses adversaires, mais une préface de 1592 qui arrange les faits pour sauver l’honneur de Sixte V. Indépendance : il sert la papauté de bout en bout, ouvertement. Apport réel mêlé de compromis. La note ne dépend pas de sa lecture futuriste de l’Antichrist ; la note initiale de 2/5 en tenait compte et a été revue.
Voir aussi
Sources
- Robert Bellarmin, Disputationes de controversiis, t. I, De Romano Pontifice, livre III, 1586.
- James Brodrick, Robert Bellarmine, Saint and Scholar, Londres, 1961.
- Henri Quentin, Mémoire sur l’établissement du texte de la Vulgate, 1922 (sur les éditions sixtine et clémentine).
- LeRoy Edwin Froom, The Prophetic Faith of Our Fathers, vol. 2, 1948.
- Catholic Encyclopedia, 1913, art. « St. Robert Francis Romulus Bellarmine » (famille, formation, rôle dans la préface de la Vulgate clémentine).
- H. Grattan Guinness, Romanism and the Reformation, Londres, 1887.