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Symmaque l'Ébionite

Symmaque a traduit la Bible hébraïque en grec à la fin du IIe siècle, dans un grec clair et élégant, à l'opposé du mot à mot d'Aquila de Sinope. Eusèbe le dit ébionite, c'est-à-dire membre d'un courant judéo-chrétien qui gardait la Loi.

En bref

Symmaque a traduit la Bible hébraïque en grec à la fin du IIe siècle, dans un grec clair et élégant, à l’opposé du mot à mot d’Aquila de Sinope. Eusèbe le dit ébionite, c’est-à-dire membre d’un courant judéo-chrétien qui gardait la Loi. Sa version, placée par Origène dans les Hexaples, a beaucoup influencé Jérôme de Stridon quand il traduisit l’hébreu en latin.

Provenance et confession

On ne sait presque rien de sa naissance ni de sa famille. Deux traditions s’opposent. Eusèbe (Histoire ecclésiastique VI.17), qui tient ses informations de la transmission de ses écrits jusqu’à Origène par une certaine Julienne, le dit ébionite : membre d’un courant judéo-chrétien qui gardait la Loi et tenait Jésus pour le Messie sans le dire Fils éternel. Épiphane (Des poids et mesures 16) en fait un Samaritain, déçu par les siens, passé au judaïsme sous Sévère. Les chercheurs restent partagés : Alison Salvesen penche pour un juif proche des milieux rabbiniques, d’autres retiennent l’ébionisme. Sa langue de travail est un grec soigné, ce qui suppose une bonne formation, dont on ignore le lieu. Aucune ordination ni appartenance à une société n’est connue. Le surnom « l’Ébionite » vient de la tradition d’Eusèbe ; il n’est pas établi.

Vie

  • Faits documentés : Eusèbe (Histoire ecclésiastique VI.17) écrit que Symmaque était ébionite, qu’il avait écrit contre l’Évangile de Matthieu pour soutenir l’hérésie ébionite, et qu’Origène tenait ses commentaires d’une certaine Julienne, qui les avait reçus de Symmaque lui-même. Palladius (Histoire lausiaque 64) rapporte qu’Origène se cacha deux ans chez cette Julienne à Césarée de Cappadoce.
  • Récit différent : Épiphane (Des poids et mesures 16) en fait un Samaritain passé au judaïsme sous Sévère (193-211). Les deux traditions (ébionite ou juif) sont incompatibles ; les chercheurs restent partagés (Alison Salvesen y voit plutôt un juif proche des rabbins).
  • Remarque doctrinale : l’ébionisme, tel que le décrivent les Pères, voyait en Jésus le Messie mais non le Fils éternel de Dieu. On le signale ici comme fait historique, sans plus.

Influence sur la Bible et la doctrine

  • Méthode : traduction fidèle au sens de l’hébreu, rendue en bon grec idiomatique. Symmaque évite souvent les anthropomorphismes (les traits humains prêtés à Dieu) et clarifie les tournures obscures.
  • Transmission : sa version est connue seulement par fragments (citations des Hexaples, notes en marge des manuscrits, Syro-hexaplaire). Des fragments de Psaumes ont été retrouvés à la Guéniza du Caire et dans le palimpseste ambrosien de Milan (édité par Giovanni Mercati).
  • Influence sur Jérôme : Jérôme le cite souvent et le loue d’avoir rendu le sens plutôt que les mots ; plusieurs choix de la Vulgate viennent de lui.
  • Interprétation : Symmaque montre qu’au IIe siècle, après la chute du temple, plusieurs groupes (juifs, judéo-chrétiens, chrétiens) se disputent l’héritage de la Bible grecque. Sa version suit l’hébreu plutôt que les leçons propres à la Septante que citaient les chrétiens ; elle est souvent juste sur le sens.

Financement et réseaux

  • Documenté : la transmission de ses écrits par Julienne à Origène (Eusèbe, Palladius).
  • Allégué : origine samaritaine (Épiphane).
  • Non démontré : son appartenance exacte (ébionite ou juif rabbinique).

Signaux d’alerte

Aucun signal documenté. L’atténuation des anthropomorphismes est un choix de traduction connu et visible, non un changement caché du texte ; l’écrit contre l’Évangile de Matthieu rapporté par Eusèbe relève d’un débat doctrinal ouvert, non d’une manipulation. Rien de suspect selon la grille ; l’identité de l’auteur reste la vraie inconnue.

Pourquoi cette note

Traduction honnête et intelligente, utile par l’intermédiaire d’Origène et de Jérôme. Réserves, toutes liées au texte : une traduction qui rend le sens plus que les mots, qui adoucit les anthropomorphismes de l’hébreu (une adaptation théologique du texte, même modeste), qui ne survit qu’en fragments, et dont l’auteur reste énigmatique. Son appartenance confessionnelle n’entre pas dans la note. Apport réel mais mêlé : 3/5.

Voir aussi

Sources

  • Eusèbe de Césarée, Histoire ecclésiastique VI.16-17.
  • Palladius, Histoire lausiaque 64.
  • Épiphane de Salamine, Des poids et mesures 16.
  • Alison Salvesen, Symmachus in the Pentateuch, Manchester, 1991.
  • Giovanni Mercati, Psalterii Hexapli reliquiae, Bibliothèque vaticane, 1958.
  • Natalio Fernández Marcos, The Septuagint in Context, Brill, 2000.