I · Le retour du Christ

Les 70 semaines de Daniel

La prophétie la plus précise de l'Ancien Testament annonce l'Oint, sa mort et la destruction de la ville et du sanctuaire. Faut-il vraiment y insérer une parenthèse de deux mille ans ?

23 octobre 2026

« Soixante-dix semaines ont été fixées sur ton peuple et sur ta ville sainte » (Daniel 9:24).
« Soixante-dix semaines ont été fixées sur ton peuple et sur ta ville sainte » (Daniel 9:24).

Le chapitre 9 du livre de Daniel contient ce que beaucoup considèrent comme la prophétie la plus précise de l’Ancien Testament. En quatre versets, elle annonce la reconstruction de Jérusalem, la venue d’un Oint, sa mort, puis la destruction de la ville et du Temple. C’est aussi le texte sur lequel s’appuie toute la lecture futuriste de la fin des temps.

Comment le lire ?

Les citations bibliques sont celles de la Bible Louis Segond (1910).

Le contexte

Daniel vit en exil à Babylone. En lisant le prophète Jérémie, il comprend que la désolation de Jérusalem doit durer soixante-dix ans (Daniel 9:2). Il se met alors à prier, confessant les péchés de son peuple et demandant à Dieu de restaurer sa ville. L’ange Gabriel vient lui répondre : ce n’est pas soixante-dix ans, mais soixante-dix « semaines » qui sont fixées.

Le mot hébreu signifie littéralement « des septaines », des groupes de sept. On le comprend généralement comme des semaines d’années : 70 × 7 = 490 ans.

Le texte

Soixante-dix semaines ont été fixées sur ton peuple et sur ta ville sainte, pour faire cesser les transgressions et mettre fin aux péchés, pour expier l’iniquité et amener la justice éternelle, pour sceller la vision et le prophète, et pour oindre le Saint des saints.

Sache-le donc, et comprends ! Depuis le moment où la parole a annoncé que Jérusalem sera rebâtie jusqu’à l’Oint, au Conducteur, il y a sept semaines ; dans soixante-deux semaines, les places et les fossés seront rétablis, mais en des temps fâcheux.

Après les soixante-deux semaines, un Oint sera retranché, et il n’aura pas de successeur. Le peuple d’un chef qui viendra détruira la ville et le sanctuaire, et sa fin arrivera comme par une inondation ; il est arrêté que les dévastations dureront jusqu’au terme de la guerre.

Il fera une solide alliance avec plusieurs pour une semaine, et durant la moitié de la semaine il fera cesser le sacrifice et l’offrande ; le dévastateur commettra les choses les plus abominables, jusqu’à ce que la ruine et ce qui a été résolu fondent sur le dévastateur.

— Daniel 9:24-27

Ce que la prophétie promet

Le verset 24 énumère six choses que les soixante-dix semaines doivent accomplir :

  1. faire cesser les transgressions ;
  2. mettre fin aux péchés ;
  3. expier l’iniquité ;
  4. amener la justice éternelle ;
  5. sceller la vision et le prophète ;
  6. oindre le Saint des saints.

Ce n’est pas un programme politique. C’est la description de l’œuvre du Messie : l’expiation, la justice, l’accomplissement des prophéties. Pour un chrétien, ces six promesses trouvent leur réponse dans la mort et la résurrection de Jésus.

Le décompte

La prophétie se divise en trois parties : 7 semaines, puis 62 semaines, puis une dernière semaine.

Le point de départ est « la parole » ordonnant de rebâtir Jérusalem. Plusieurs décrets perses sont proposés : celui de Cyrus (vers 538 av. J.-C.), celui d’Artaxerxès confié à Esdras (vers 457 av. J.-C.), ou celui accordé à Néhémie (vers 445 av. J.-C.). Le calcul le plus ancien et le plus répandu part de 457 : 69 semaines, soit 483 ans, mènent aux années 26-27 de notre ère, l’époque où Jésus commence son ministère.

Les dates exactes restent discutées, et il serait malhonnête de prétendre à une précision au jour près. Mais l’essentiel est clair : la prophétie conduit au premier siècle, à la venue d’un Oint qui sera retranché, c’est-à-dire mis à mort.

La dernière semaine

Le verset 27 décrit la soixante-dixième semaine. Deux lectures s’opposent sur l’identité de « il ».

La lecture que nous retenons : « il », c’est l’Oint dont le texte vient de parler. Il « fera une solide alliance avec plusieurs » : Jésus, au dernier repas, dit de la coupe : « ceci est mon sang, le sang de l’alliance, qui est répandu pour plusieurs » (Matthieu 26:28). Et « durant la moitié de la semaine il fera cesser le sacrifice et l’offrande » : après un ministère d’environ trois ans et demi, sa mort rend inutiles les sacrifices du Temple. L’épître aux Hébreux le dit en toutes lettres : Christ « a offert un seul sacrifice pour les péchés » (Hébreux 10:12).

Puis viennent les conséquences, déjà annoncées au verset 26 : « le peuple d’un chef qui viendra détruira la ville et le sanctuaire ». C’est exactement ce que firent les légions romaines de Titus en l’an 70. Jésus lui-même renvoie à cette prophétie quand il annonce la ruine du Temple pour sa génération : « lorsque vous verrez l’abomination de la désolation, dont a parlé le prophète Daniel, établie en lieu saint… » (Matthieu 24:15). Luc l’explique pour ses lecteurs : « Lorsque vous verrez Jérusalem investie par des armées, sachez alors que sa désolation est proche » (Luc 21:20).

La parenthèse de deux mille ans

La lecture futuriste, popularisée au XIXᵉ siècle par le dispensationalisme (voir 1948 : un signe prophétique ?), lit le texte autrement. Selon elle :

  • les 69 premières semaines se sont bien accomplies jusqu’à Jésus ;
  • puis l’horloge s’est arrêtée ;
  • la 70ᵉ semaine est reportée à la fin des temps, et « il » désigne un Antéchrist futur qui conclura un traité avec Israël, puis le rompra.

Cette lecture insère donc, entre la 69ᵉ et la 70ᵉ semaine, une parenthèse de deux mille ans dont le texte ne dit pas un mot. Or la prophétie se présente comme un compte précis : soixante-dix semaines « fixées » sur un peuple et une ville. On ne compte pas soixante-dix semaines en s’arrêtant à la soixante-neuvième pendant vingt siècles.

Et le « il » du verset 27 est d’autant plus naturellement l’Oint que l’Antéchrist n’apparaît nulle part dans le passage.

En résumé

Lue d’un seul tenant, la prophétie des soixante-dix semaines raconte une seule histoire, sans interruption : le retour d’exil, la venue de l’Oint, sa mort qui met fin aux sacrifices et scelle une alliance pour plusieurs, puis la destruction de la ville et du sanctuaire par un peuple étranger. Tout cela s’est accompli au premier siècle, et Jésus l’a annoncé pour sa génération.

Pour aller plus loin :