I · Le retour du Christ

70 apr. J.-C. : le jour où tout a changé

En l'an 70, quarante ans après les paroles de Jésus, Jérusalem tombe et le Temple brûle. Ce que rapportent les témoins de l'époque, et pourquoi cet événement est la clé des prophéties.

23 octobre 2026

IVDAEA CAPTA, « la Judée conquise » : l'inscription frappée sur les monnaies de l'empereur Vespasien après la prise de Jérusalem.
IVDAEA CAPTA, « la Judée conquise » : l'inscription frappée sur les monnaies de l'empereur Vespasien après la prise de Jérusalem.

Assis sur le mont des Oliviers, face au Temple de Jérusalem, Jésus avait annoncé à ses disciples qu’il n’en resterait « pas pierre sur pierre » (Matthieu 24:2), et que cette génération ne passerait point avant que tout cela n’arrive.

Environ quarante ans plus tard, au cours de l’été de l’an 70, les légions romaines prennent Jérusalem et le Temple est incendié. Pour les Juifs comme pour les premiers chrétiens, c’est la fin d’un monde.

Nous avons sur cette guerre un témoin exceptionnel : Flavius Josèphe, un général juif passé du côté romain, qui assista au siège et en écrivit l’histoire dans La Guerre des Juifs, quelques années plus tard. Il n’était pas chrétien et ne cherchait à confirmer aucune prophétie de Jésus. C’est ce qui rend son récit d’autant plus frappant.

Les citations bibliques sont celles de la Bible Louis Segond (1910).

Les étapes de la guerre

  • 66 : la Judée se soulève contre Rome. À l’automne, Cestius Gallus, gouverneur de Syrie, met le siège devant Jérusalem, puis se retire brusquement, sans raison évidente, selon Josèphe.
  • 67-68 : le général Vespasien reconquiert la Galilée et la région. En 68, l’empereur Néron se suicide.
  • 69 : Rome connaît l’« année des quatre empereurs ». Vespasien finit par l’emporter et confie la guerre de Judée à son fils, Titus.
  • 70 : Titus assiège Jérusalem à partir du printemps, au moment où la ville est remplie de pèlerins venus pour la Pâque. Famine, luttes entre factions juives, massacres. Au mois d’août, le Temple brûle. En septembre, toute la ville est prise.

Josèphe avance le chiffre d’un million cent mille morts et de quatre-vingt-dix-sept mille captifs. Les historiens jugent ces nombres exagérés, mais tous s’accordent sur l’ampleur de la catastrophe. Josèphe écrit, en tête de son livre, que les malheurs de tous les peuples depuis le commencement du monde n’étaient rien comparés à ceux des Juifs. Jésus avait dit : « la détresse sera si grande qu’il n’y en a point eu de pareille depuis le commencement du monde jusqu’à présent » (Matthieu 24:21).

« Que ceux qui seront en Judée fuient dans les montagnes »

Jésus avait donné à ses disciples un signe précis et une consigne :

Lorsque vous verrez Jérusalem investie par des armées, sachez alors que sa désolation est proche. Alors, que ceux qui seront en Judée fuient dans les montagnes, que ceux qui seront au milieu de Jérusalem en sortent.

— Luc 21:20-21

Le premier siège, celui de Cestius Gallus en 66, suivi de son retrait inattendu, offrit exactement cette occasion. L’historien de l’Église Eusèbe de Césarée (vers 325) rapporte que la communauté chrétienne de Jérusalem, avertie par une révélation, quitta la ville avant la guerre et s’établit à Pella, de l’autre côté du Jourdain (Histoire ecclésiastique, III, 5). Les chrétiens avaient pris la parole de Jésus au pied de la lettre, et elle leur sauva la vie.

« Pas pierre sur pierre »

Selon Josèphe, une fois la ville prise, Titus ordonna de raser la ville et le Temple. Il ne laissa debout que trois grandes tours et une partie du rempart ouest, pour montrer aux générations suivantes quelle cité avait été vaincue (Guerre des Juifs, VII, 1, 1).

On objecte parfois que le Mur occidental, le « mur des Lamentations », est toujours debout. Mais ce mur n’appartenait pas au Temple : c’est un mur de soutènement de l’immense esplanade sur laquelle le Temple était bâti. Le sanctuaire lui-même, celui dont les disciples admiraient les pierres, a disparu. Il n’a jamais été rebâti.

À Rome, l’arc de Titus, toujours visible au Forum, montre les soldats emportant le chandelier à sept branches du Temple. Et Vespasien fit frapper des monnaies portant l’inscription IVDAEA CAPTA, « la Judée conquise ».

Des signes dans le ciel

Voici le passage le plus étonnant. Josèphe, qui n’avait aucune raison de servir les prophéties chrétiennes, raconte une série de présages survenus avant la chute (Guerre des Juifs, VI, 5, 3) :

  • une étoile en forme d’épée au-dessus de la ville, et une comète visible pendant un an ;
  • une grande lumière autour de l’autel, en pleine nuit ;
  • l’énorme porte orientale du Temple, que vingt hommes peinaient à fermer, s’ouvrant d’elle-même ;
  • avant le coucher du soleil, des chars et des troupes armées aperçus dans les nuages, encerclant les villes ;
  • à la Pentecôte, les prêtres entendant dans le Temple une voix disant : « Partons d’ici. »

L’historien romain Tacite mentionne lui aussi des armées qui s’affrontaient dans le ciel et une voix surhumaine annonçant que les dieux quittaient le sanctuaire (Histoires, V, 13).

On peut lire ces récits avec prudence. Mais ils montrent au moins une chose : les contemporains eux-mêmes ont vécu la chute de Jérusalem comme un événement aux dimensions célestes, et pas seulement militaires.

Le langage des prophètes

Cela éclaire le passage qui embarrasse tant de lecteurs :

Aussitôt après ces jours de détresse, le soleil s’obscurcira, la lune ne donnera plus sa lumière, les étoiles tomberont du ciel, et les puissances des cieux seront ébranlées.

— Matthieu 24:29

Jésus parle ici exactement comme les prophètes d’Israël, quand ils annonçaient la chute d’un royaume :

ProphèteContre qui ?Les images employées
Ésaïe 13:10Babylone (13:1)« le soleil s’obscurcira dès son lever, et la lune ne fera plus luire sa clarté »
Ésaïe 34:4Édom (34:5)« les cieux sont roulés comme un livre, et toute leur armée tombe »
Ézéchiel 32:7l’Égypte de Pharaon (32:2)« je couvrirai le soleil de nuages, et la lune ne donnera plus sa lumière »

Babylone, Édom et l’Égypte sont tombés. Le soleil a continué de se lever. Dans ce langage, l’univers qui s’éteint, c’est l’ordre politique et religieux qui s’effondre. Pour un Juif du premier siècle, quel monde plus grand que celui du Temple pouvait s’écrouler ?

La fin d’un âge

Les disciples avaient demandé quand arriverait « l’achèvement de l’âge » (Matthieu 24:3). La réponse est venue en 70. Avec le Temple disparaissent les sacrifices, le sacerdoce, tout le culte de l’Ancienne Alliance. L’épître aux Hébreux, qui parle du culte du Temple au présent et fut donc très probablement écrite avant sa destruction, le disait d’avance :

En disant : une alliance nouvelle, il a déclaré la première ancienne ; or, ce qui est ancien, ce qui a vieilli, est près de disparaître.

— Hébreux 8:13

C’est pourquoi, à Vox Veritas, nous considérons l’an 70 comme la clé de lecture des prophéties du Nouveau Testament : un événement daté, attesté par des historiens non chrétiens, arrivé exactement dans le délai que Jésus avait fixé.

Pour aller plus loin :

Sources : Flavius Josèphe, La Guerre des Juifs (préface ; VI, 5, 3 ; VI, 9, 3 ; VII, 1, 1) ; Tacite, Histoires (V, 13) ; Eusèbe de Césarée, Histoire ecclésiastique (III, 5).