En bref
Le mouvement millérite, aux États-Unis, annonça le retour du Christ « vers 1843 », puis le 22 octobre 1844, en calculant à partir des « 2 300 soirs et matins » de Daniel 8:14. Le retour attendu n’ayant pas eu lieu, ce fut la « Grande Déception ». Une partie des déçus réinterpréta la date : en 1844, le Christ serait entré dans la seconde partie du sanctuaire céleste pour y commencer un « jugement investigatif ». De ce groupe, réuni autour de Joseph Bates, James et Ellen White, est née l’Église adventiste du septième jour (1863). D’autres branches de l’adventisme ont donné l’Église chrétienne de l’Avent et, indirectement, le mouvement de Charles Taze Russell.
Origine et généalogie
Première attestation documentée. William Miller (1782-1849), fermier baptiste de Low Hampton (New York), ancien déiste, étudie la Bible à partir de 1816 et conclut vers 1818 que le Christ reviendra vers 1843. Il commence à prêcher en août 1831 (Dresden, New York), publie une série d’articles dans le Vermont Telegraph (1832) puis Evidence from Scripture and History of the Second Coming of Christ, About the Year 1843 (Troy, 1836). Il situe d’abord le retour entre le 21 mars 1843 et le 21 mars 1844.
Précurseurs revendiqués. Le calcul repose sur le principe « un jour pour une année » (Nb 14:34 ; Ez 4:6), commun à l’Historicisme protestant depuis Joachim de Flore et largement utilisé aux XVIIe-XVIIIe siècles (Joseph Mede, Isaac Newton). Plusieurs commentateurs britanniques et américains avant Miller faisaient déjà finir les 2 300 jours vers 1843-1847 ; Miller n’est donc pas le seul à ce calcul, mais il en fait un mouvement de masse.
Diffusion.
- Joshua V. Himes (1805-1895), pasteur de Boston, organise la diffusion à partir de 1839 : journal Signs of the Times (1840), The Midnight Cry (1842), grands rassemblements sous tente, cartes prophétiques.
- Samuel S. Snow annonce au rassemblement d’Exeter (New Hampshire, 12-17 août 1844) que le retour aura lieu le dixième jour du septième mois juif (Jour des expiations) selon le calendrier karaïte, soit le 22 octobre 1844 (« mouvement du septième mois »). Miller s’y rallie début octobre.
- La Grande Déception : le 22 octobre 1844 passe. Miller reconnaît son erreur de date ; il meurt en 1849 sans adhérer aux réinterprétations.
- Hiram Edson, le 23 octobre 1844, a une intuition en traversant un champ de maïs : le Christ est entré ce jour-là dans le lieu très saint du sanctuaire céleste. O. R. L. Crosier la développe dans le Day-Star Extra (7 février 1846).
- Joseph Bates adopte le sabbat du septième jour (1845) et publie The Seventh Day Sabbath, a Perpetual Sign (1846).
- Ellen G. Harmon (1827-1915, épouse White en 1846) a sa première vision à Portland (Maine) en décembre 1844 ; ses écrits (The Great Controversy, 1858 puis 1888) donneront au mouvement sa lecture de l’histoire.
- 1863 : organisation de la Conférence générale des adventistes du septième jour à Battle Creek (Michigan), le 21 mai.
Chronologie.
- 1818 : conclusion de Miller (selon son autobiographie).
- Août 1831 : premiers sermons publics.
- 1836 : Evidence from Scripture and History.
- 1840 : Signs of the Times (Himes).
- 21 mars 1844 : fin de la première « année juive 1843 ».
- 12-17 août 1844 : Snow à Exeter.
- 22 octobre 1844 : Grande Déception.
- 23 octobre 1844 : Hiram Edson.
- Décembre 1844 : première vision d’Ellen Harmon.
- 1846 : Crosier ; Bates sur le sabbat.
- 1863 : fondation de l’Église adventiste du septième jour.
Ce que dit la doctrine
- Le calcul : les 70 semaines (490 ans) de Dn 9:24-27 sont « retranchées » des 2 300 jours (Dn 8:14) et partent du même point, le décret d’Artaxerxès (Esd 7), daté de 457 av. J.-C. ; 2 300 ans après mènent à 1843-1844.
- Pour Miller : le « sanctuaire » purifié est la terre, purifiée par le feu au retour du Christ.
- Pour les adventistes du septième jour : le sanctuaire est céleste ; en 1844 commence le « jugement investigatif » (le Christ examine les registres avant son retour) ; s’y joignent le sabbat du septième jour, le message des trois anges (Ap 14:6-12) et le don de prophétie reconnu à Ellen White.
Arguments de ses partisans
- « Deux mille trois cents soirs et matins ; puis le sanctuaire sera purifié » (Dn 8:14, Segond 1910) : ses partisans relèvent que l’ange relie cette vision au « temps de la fin » (Dn 8:17) et que Dn 9 vient l’expliquer (Dn 9:23).
- Le principe jour-année est appliqué ailleurs (Nb 14:34 ; Ez 4:6) et vérifié, selon eux, dans les 70 semaines qui mènent au Christ.
- Le sanctuaire terrestre était une copie du céleste (Hé 8:1-5 ; 9:23-24) ; le Jour des expiations (Lv 16) annonce une œuvre de jugement.
- Les adventistes soulignent l’élan missionnaire, éducatif et médical de leur Église.
Critiques de ses opposants
- La date fausse : le retour annoncé n’a pas eu lieu ; la réinterprétation vers un événement invisible au ciel est jugée par les critiques comme une explication après coup (sociologues : Leon Festinger et al., When Prophecy Fails, 1956, sur la « dissonance cognitive », appliquée aux millérites).
- L’exégèse de Dn 8 : la plupart des exégètes, y compris futuristes et prétéristes, rapportent les 2 300 soirs et matins (1 150 ou 2 300 jours) à la profanation du Temple par Antiochus IV Épiphane (167-164 av. J.-C.) ; le lien entre Dn 8 et Dn 9 et la date de 457 sont contestés.
- Critiques internes : Dudley M. Canright, ancien pasteur adventiste, Seventh-Day Adventism Renounced (1889) ; Desmond Ford, théologien adventiste, conteste le jugement investigatif en 1979-1980 (conférence de Glacier View, 1980) et perd ses fonctions.
- Ellen White : Ronald L. Numbers, Prophetess of Health (1976), et Walter Rea, The White Lie (1982), documentent des emprunts non signalés à d’autres auteurs ; l’Église a reconnu des emprunts littéraires, en contestant le mot de plagiat (rapport de Fred Veltman, 1988).
Textes clés
Dn 8:13-14, 17 ; 9:24-27 ; Esd 7 ; Nb 14:34 ; Ez 4:6 ; Lv 16 ; Hé 8-9 ; Ap 14:6-12 ; Mt 24:36 (« Pour ce qui est du jour et de l’heure, personne ne le sait »), texte opposé par les critiques de toute date.
Voir aussi
- Historicisme · Daniel 9-25-27 - les soixante-dix semaines · Sabbat du septième jour
- Charles Taze Russell (influencé par l’adventisme via Nelson Barbour et Jonas Wendell)
- Futurisme · Prétérisme
Sources
- William Miller, Evidence from Scripture and History of the Second Coming of Christ, About the Year 1843, Troy, 1836 ; Apology and Defence, 1845.
- Sylvester Bliss, Memoirs of William Miller, Boston, 1853.
- O. R. L. Crosier, « The Law of Moses », Day-Star Extra, 7 février 1846.
- Ellen G. White, The Great Controversy, 1888.
- Edwin S. Gaustad (dir.), The Rise of Adventism, Harper & Row, 1974.
- Ronald L. Numbers et Jonathan M. Butler (dir.), The Disappointed: Millerism and Millenarianism in the Nineteenth Century, Indiana University Press, 1987.
- George R. Knight, Millennial Fever and the End of the World, Pacific Press, 1993 (historien adventiste).
- LeRoy Edwin Froom, The Prophetic Faith of Our Fathers, 4 vol., 1946-1954 (défense adventiste).
- Ronald L. Numbers, Prophetess of Health, 1976 ; Walter T. Rea, The White Lie, 1982.
- D. M. Canright, Seventh-Day Adventism Renounced, 1889.