En bref
Le baptême des croyants (ou crédobaptisme) réserve le baptême à ceux qui confessent personnellement leur foi ; il refuse de baptiser les nourrissons, et considère le baptême reçu enfant comme nul, d’où le « rebaptême » reproché aux premiers tenants, appelés pour cela anabaptistes. C’est la pratique des mennonites, des baptistes, de la plupart des Églises évangéliques libres, des pentecôtistes et des Églises du Christ. Beaucoup y joignent l’immersion comme seule forme valable. Il s’oppose au Baptême des enfants.
Origine et généalogie
Ce qui est revendiqué. Ses partisans y voient la pratique apostolique elle-même : dans le Nouveau Testament, tous les baptêmes nommés suivent une écoute ou une confession de foi (Ac 2:41 ; 8:12, 36-38 ; 18:8). Le baptême d’adultes est aussi la norme documentée des premiers siècles (Didachè 7, qui demande un jeûne préalable au baptisé ; Justin, Première Apologie 61). Constat : ces textes montrent des baptêmes de convertis, sans traiter la question des enfants nés de chrétiens ; ils ne tranchent donc pas à eux seuls.
Précurseurs médiévaux revendiqués. Pierre de Bruys (vers 1120-1130), connu par la réfutation de Pierre le Vénérable (Contra Petrobrusianos), rejetait le baptême des enfants ; c’est documenté. Des historiens baptistes du courant « landmarkiste » ont soutenu une chaîne ininterrompue d’Églises baptistes depuis les apôtres (J. M. Carroll, The Trail of Blood, 1931), passant par les montanistes, les donatistes, les pauliciens et les vaudois (voir Pierre Valdo). Contesté : la plupart des historiens, y compris baptistes, jugent cette succession non démontrée ; plusieurs de ces groupes pratiquaient le baptême des enfants ou avaient d’autres doctrines.
Première attestation documentée comme doctrine et pratique distinctes. À Zurich, le 21 janvier 1525, dans la maison de Felix Manz, Conrad Grebel baptise Georges Blaurock, qui baptise ensuite les autres présents. Le geste suit la rupture avec Zwingli, qui avait d’abord douté du baptême des enfants puis l’avait maintenu, et un débat public perdu le 17 janvier 1525. Une lettre de Grebel à Thomas Müntzer (5 septembre 1524) expose déjà la position.
Diffusion.
- Confession de Schleitheim (24 février 1527), rédigée surtout par Michael Sattler : l’article 1 réserve le baptême à ceux qui ont appris la repentance et croient. Sattler est exécuté à Rottenburg en mai 1527 ; Felix Manz est noyé dans la Limmat le 5 janvier 1527, première exécution d’un anabaptiste par une autorité protestante.
- Balthasar Hubmaier (Du baptême chrétien des croyants, 1525) ; Menno Simons aux Pays-Bas après 1536 (d’où les mennonites).
- Baptistes anglais : John Smyth, réfugié à Amsterdam, se baptise lui-même puis baptise son assemblée en 1609 ; Thomas Helwys fonde à Londres (Spitalfields) en 1612 la première Église baptiste d’Angleterre. Les baptistes « particuliers » (calvinistes) adoptent l’immersion vers 1641 ; Confession de Londres de 1644.
- Amérique : Roger Williams, Providence (Rhode Island), 1639.
- Réveils des XVIIIe-XIXe siècles, puis pentecôtisme et Églises évangéliques au XXe siècle ; en France, Églises baptistes dès le XIXe siècle.
Chronologie.
- vers 1120-1130 : Pierre de Bruys.
- 5 septembre 1524 : lettre de Grebel à Müntzer.
- 21 janvier 1525 : premiers baptêmes à Zurich.
- 5 janvier 1527 : exécution de Felix Manz.
- 24 février 1527 : Confession de Schleitheim.
- 1609 : John Smyth à Amsterdam.
- 1612 : Thomas Helwys à Londres.
- 1644 : Confession de foi baptiste de Londres.
Ce que dit la doctrine
- Le baptême est un acte d’obéissance et de témoignage de celui qui a cru ; il suppose la repentance et la foi.
- Il ne régénère pas par lui-même (la plupart des baptistes) ; il signifie l’union à la mort et à la résurrection du Christ.
- Pour beaucoup, il se fait par immersion, conformément au sens du grec baptizô (plonger).
- L’Église est une communauté de croyants confessants, distincte de la société civile.
Arguments de ses partisans
- L’ordre des textes : « Celui qui croira et qui sera baptisé » (Mc 16:16) ; « Repentez-vous, et que chacun de vous soit baptisé » (Ac 2:38) ; « ceux qui acceptèrent sa parole furent baptisés » (Ac 2:41).
- Le sens du baptême : ensevelis avec le Christ par le baptême (Rm 6:3-4 ; Col 2:12), ce qui suppose une foi personnelle (« par la foi », Col 2:12).
- L’immersion : Jésus « sortit de l’eau » (Mt 3:16) ; Philippe et l’eunuque « descendirent dans l’eau » (Ac 8:38).
- Le silence du Nouveau Testament sur les nourrissons et le premier témoin (Tertullien) qui conseille de différer.
- La nouvelle alliance est intérieure : « Tous me connaîtront » (Jr 31:34 ; He 8:11).
Critiques de ses opposants
- Les baptêmes de maisons (Ac 16:15, 33 ; 1 Co 1:16) incluaient vraisemblablement des enfants.
- L’unité des alliances : les enfants étaient dans l’alliance d’Abraham ; rien ne dit qu’ils en soient exclus dans la nouvelle (Ac 2:39) (voir Théologie de l’alliance).
- La tradition ancienne : Origène et Cyprien présentent le baptême des enfants comme reçu des apôtres.
- Le rebaptême nie la validité d’un sacrement que la grande majorité des Églises reconnaissent.
- La nouveauté institutionnelle : la doctrine comme refus organisé du pédobaptisme ne paraît, de façon continue, qu’en 1525.
- Sur l’immersion : baptizô désigne aussi des lavages (Mc 7:4 ; Lc 11:38) ; la Didachè 7 admet l’effusion quand l’eau manque.
Textes clés
Mt 3:13-17 ; 28:19 ; Mc 16:16 ; Ac 2:38-41 ; 8:12, 36-38 ; 10:47-48 ; 16:31-34 ; 18:8 ; Rm 6:3-4 ; Col 2:11-12 ; 1 P 3:21.
Traductions qui la portent. Certaines traductions rendent baptizô par « immerger » : la traduction d’Alexander Campbell (The Living Oracles, 1826) et celle de l’American Bible Union (Nouveau Testament publié par parties en 1862-1864, révisé en 1865) emploient immerse ; en français, la Bible Chouraqui emploie « immerger ». Ac 8:37 (la confession de l’eunuque, absente des plus anciens manuscrits) est souvent cité dans ce débat : voir Actes 8-37 - la confession de l’eunuque et Textus Receptus.
Voir aussi
- Baptême des enfants · Pentecôtisme et parler en langues · Sola scriptura
- Pierre Valdo · Martin Luther · Jean Calvin
Sources
- Didachè 7 ; Justin, Première Apologie 61.
- Pierre le Vénérable, Contra Petrobrusianos (vers 1137-1138).
- Conrad Grebel, lettre à Thomas Müntzer, 5 septembre 1524, dans Leland Harder (éd.), The Sources of Swiss Anabaptism, Herald Press, 1985.
- Brüderliche Vereinigung (Confession de Schleitheim), 24 février 1527, article 1.
- Balthasar Hubmaier, Von der christlichen Taufe der Gläubigen, 1525.
- George Huntston Williams, The Radical Reformation, 1962 (3e éd. 1992).
- H. Leon McBeth, The Baptist Heritage, Broadman, 1987.
- J. M. Carroll, The Trail of Blood, 1931 (thèse de succession, contestée).
- Everett Ferguson, Baptism in the Early Church, Eerdmans, 2009.