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Textus Receptus

Le Textus Receptus (« texte reçu ») désigne le texte grec imprimé du Nouveau Testament qui a servi de base à toutes les grandes traductions protestantes de la Réforme jusqu'au XIXe siècle.

Critère de la note : les mêmes critères pour toutes les éditions du grec, quel que soit le camp textuel : soin de l’édition, largeur et qualité de la base manuscrite, transparence (le lecteur voit-il les leçons écartées ?), absence de leçon introduite sans appui manuscrit grec. La note juge le texte imprimé, non la foi de ceux qui l’ont lu, et ne tranche pas le débat entre texte reçu et texte critique (voir Mouvement de critique textuelle).

En bref

Le Textus Receptus (« texte reçu ») désigne le texte grec imprimé du Nouveau Testament qui a servi de base à toutes les grandes traductions protestantes de la Réforme jusqu’au XIXe siècle. Il descend de l’édition d’Érasme (1516), revue par Robert Estienne et Théodore de Bèze. Il reproduit pour l’essentiel le texte byzantin, celui que l’Église grecque a lu pendant mille ans, avec quelques leçons venues de la Vulgate.

Histoire

Faits documentés.

  • Érasme publie à Bâle, chez Froben, en mars 1516, le Novum Instrumentum, premier Nouveau Testament grec mis en vente. Il travaille vite, avec une demi-douzaine de manuscrits, presque tous du XIIe siècle. Il dira lui-même que l’édition fut « précipitée plutôt qu’éditée ».
  • Pour l’Apocalypse, il n’a qu’un manuscrit (1r, prêté par Reuchlin), sans les six derniers versets : il les retraduit du latin en grec (Ap 22:16-21). Quelques mots de cette retraduction n’ont aucun appui grec connu.
  • La Comma de 1 Jn 5:7-8 est absente des deux premières éditions ; Érasme l’ajoute dans la troisième (1522) après qu’on lui a présenté un manuscrit grec qui la contient (le Codex Montfortianus, 61, du XVIe siècle).
  • La Polyglotte d’Alcalá imprime aussi un texte grec (1514, diffusée vers 1522).
  • Robert Estienne publie l’Editio Regia (1550), avec des variantes en marge, puis l’édition de 1551 où apparaît la division en versets.
  • Bèze publie plusieurs éditions entre 1565 et 1604 ; les traducteurs de la King James 1611 suivent surtout Bèze 1598 et Estienne.
  • Le nom vient de la préface de l’édition Elzevir de Leyde (1633), qui présente au lecteur un texte « maintenant reçu par tous ».
  • En 1894, Frederick Henry Ambrose Scrivener reconstitue le texte grec effectivement suivi par la King James.

Fiabilité : arguments

Pour.

  • Il représente la forme de texte attestée par la très grande majorité des manuscrits grecs, par les lectionnaires et par l’usage de l’Église de langue grecque. Pour ses défenseurs (John William Burgon, Edward F. Hills), c’est la preuve de la préservation providentielle du texte.
  • Il garde des passages que le texte critique met en doute : finale de Marc, femme adultère, « Dieu » en 1 Tm 3:16.
  • C’est le texte de la Bible des martyrs et des Réformateurs, de William Tyndale à David Martin.

Réserves.

  • Les éditions d’Érasme reposent sur peu de manuscrits tardifs, et le texte reçu diffère du Texte majoritaire en un peu moins de deux mille endroits, souvent mineurs.
  • Quelques leçons n’ont qu’un faible appui grec : la Comma (1 Jn 5:7-8), Ac 8:37, « livre de vie » en Ap 22:19 (retraduit du latin). Les défenseurs les justifient par l’usage latin et la providence ; leurs critiques y voient des ajouts.
  • Les éditions du texte reçu ne sont pas toutes identiques ; il n’y a pas un seul « Textus Receptus », mais une famille d’éditions très proches.

Passages témoins

PassageTraitement
Mt 24:34genea, « cette génération » (comme tous les manuscrits)
Ap 1:1 et 22:10« bientôt » (en tachei), « le temps est proche »
1 Jn 5:7-8Comma présente (depuis Érasme 1522)
Mc 16:9-20présent
Jn 7:53-8:11présent
1 Tm 3:16« Dieu a été manifesté »
Ap 22:19« livre de vie » (retraduction latine d’Érasme)
Ac 8:37présent

Financement

  • Documenté : éditions commerciales d’imprimeurs (Froben à Bâle, Estienne à Paris puis Genève, Elzevir à Leyde) ; Érasme dédie son édition au pape Léon X, dont il obtient une lettre d’approbation.
  • Allégué : aucune allégation sérieuse de financement intéressé.
  • Non démontré : que les éditeurs aient modifié le texte pour une doctrine particulière ; les ajouts discutés (Comma) suivent la tradition latine de leur temps.

Pourquoi cette note

Harmonisation (2026-10-27). Les éditions imprimées du Nouveau Testament grec sont maintenant notées avec une même règle : les éditions du Textus Receptus (Érasme, Stephanus, Bèze, Elzevir, Scrivener) ont 3/5, parce qu’elles reposent sur un petit nombre de manuscrits tardifs et gardent quelques leçons sans aucun manuscrit grec connu (Ap 22:16-21 retraduit du latin par Érasme, conjecture de Bèze en Ap 16:5) ; les éditions modernes à apparat complet, critiques ou byzantine (Nestle-Aland, UBS, SBLGNT, Tyndale House, Robinson-Pierpont), ont 4/5. Cette règle porte sur la base manuscrite et la transparence, pas sur le choix entre les deux familles de textes : Pierre reste libre de la changer.

Trois étoiles. Qualités : un texte proche, pour l’essentiel, de la forme byzantine attestée par la majorité des manuscrits et lue par l’Église grecque ; une famille d’éditions qui a servi la Réforme pendant trois siècles ; l’Editio Regia d’Estienne (1550) donne déjà des variantes en marge. Réserves : base de quelques manuscrits tardifs, édition hâtive (Érasme), quelques mots de l’Apocalypse retraduits du latin sans appui grec connu, la Comma et Ac 8:37 sur un appui grec très faible ; la plupart des éditions n’informent pas le lecteur des variantes ; les éditions ne sont pas identiques entre elles. Les deux lectures : pour les défenseurs de la préservation providentielle (Hills), ces faiblesses d’édition ne comptent pas devant l’usage de l’Église, et le texte mérite davantage ; pour les critiques textuels, ce sont des défauts de méthode qui justifient moins. La note s’en tient aux critères vérifiables communs à toutes les éditions. Changement : la note de départ (4/5) donnait du poids à « la lecture de l’Église » et au fait que le texte « ne cache aucun passage », critères qui supposent déjà la réponse au débat textuel ; ils ne sont plus retenus.

Voir aussi

Sources

  • Érasme, Novum Instrumentum omne, Bâle, Froben, 1516 ; 3e éd., 1522.
  • F. H. A. Scrivener, The New Testament in the Original Greek according to the Text Followed in the Authorised Version, Cambridge, 1894.
  • Edward F. Hills, The King James Version Defended, 1956.
  • Bruce M. Metzger et Bart D. Ehrman, The Text of the New Testament, 4e éd., 2005, ch. 3.
  • H. J. de Jonge, « Erasmus and the Comma Johanneum », Ephemerides Theologicae Lovanienses 56, 1980.