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Baptême des enfants

Le baptême des enfants (ou pédobaptisme) consiste à baptiser les nouveau-nés et les jeunes enfants de parents chrétiens, avant qu'ils puissent confesser eux-mêmes leur foi.

En bref

Le baptême des enfants (ou pédobaptisme) consiste à baptiser les nouveau-nés et les jeunes enfants de parents chrétiens, avant qu’ils puissent confesser eux-mêmes leur foi. C’est la pratique des Églises catholique, orthodoxes, anglicane, luthériennes, réformées et méthodistes, donc de la majorité des chrétiens. Les raisons varient : effacement du péché originel (catholiques, Augustin), signe de l’alliance comparable à la circoncision (réformés), grâce reçue avant toute œuvre (luthériens). Il s’oppose au Baptême des croyants.

Origine et généalogie

Première attestation documentée. Le Nouveau Testament ne mentionne ni ne défend explicitement un baptême de nourrisson ; il rapporte des baptêmes de « maisons » entières (Ac 16:15, 33 ; 1 Co 1:16). Le premier texte qui parle sans ambiguïté de baptiser des petits enfants est de Tertullien, De baptismo 18 (Carthage, vers 200-206) : il conseille de différer le baptême, « surtout pour les petits enfants » (praecipue tamen circa parvulos). Le texte prouve que la pratique existait, et qu’elle était discutée.

Autres témoins anciens.

  • Irénée, Contre les hérésies II, 22, 4 (vers 180) : le Christ est venu sauver tous ceux qui par lui « renaissent en Dieu, nourrissons, petits enfants… ». La « renaissance » y désigne-t-elle le baptême ? Contesté.
  • La Tradition apostolique attribuée à Hippolyte (§ 21) prescrit de baptiser d’abord les petits, et de faire répondre les parents pour ceux qui ne peuvent parler. L’attribution et la date (IIIe siècle, ou rédaction composite plus tardive) sont discutées.
  • Origène (Césarée, vers 240) : « l’Église a reçu des apôtres la tradition de donner le baptême même aux petits enfants » (Commentaire sur l’Épître aux Romains V, 9, conservé dans la traduction latine de Rufin) ; voir aussi Homélies sur le Lévitique VIII, 3 et Homélies sur Luc XIV, 5.
  • Cyprien et un concile de Carthage de 66 évêques (vers 253) : la Lettre 64, à Fidus, refuse d’attendre le huitième jour comme pour la circoncision ; il faut baptiser dès la naissance.
  • Inscriptions funéraires d’enfants baptisés (IIIe-IVe siècles).

Précurseurs revendiqués. Ses partisans font remonter la pratique aux apôtres (baptêmes de maisons, parallèle avec la circoncision de Col 2:11-12, promesse « pour vous, pour vos enfants » en Ac 2:39). Contesté : aucun texte apostolique ne nomme un nourrisson baptisé. Le débat savant le plus connu a opposé Joachim Jeremias (Die Kindertaufe in den ersten vier Jahrhunderten, 1958 : pratique apostolique) et Kurt Aland (Die Säuglingstaufe im Neuen Testament und in der alten Kirche, 1961 : pratique devenue générale seulement au IIIe siècle et surtout après Augustin).

Diffusion.

  • Au IVe siècle, beaucoup de familles chrétiennes retardent encore le baptême (Grégoire de Nazianze, Basile, Augustin d’Hippone lui-même, né d’une mère chrétienne, baptisé à 32 ans en 387).
  • Augustin, dans la controverse pélagienne (411-418), lie le baptême des enfants au péché originel ; le concile de Carthage de 418 (canon 2) condamne ceux qui nient que les nouveau-nés doivent être baptisés pour la rémission des péchés.
  • Au Moyen Âge, la pratique devient universelle en Occident et en Orient ; le concile de Florence (décret pour les Arméniens, 1439 ; décret pour les Jacobites, 1442, qui demande de ne pas différer le baptême des nouveau-nés) puis Trente (session VII, 1547, canons sur le baptême) la confirment.
  • Réformateurs : Martin Luther, Zwingli et Jean Calvin la gardent contre les anabaptistes (Calvin, Institution IV, 16 ; Confession helvétique postérieure, 1566, ch. 20 ; Confession de Westminster, 1646, ch. 28).

Chronologie.

  • vers 180 : Irénée, Contre les hérésies II, 22, 4 (lecture discutée).
  • vers 200-206 : Tertullien, De baptismo 18.
  • vers 240 : Origène, Commentaire sur Romains V, 9.
  • vers 253 : Cyprien, Lettre 64.
  • 418 : concile de Carthage, canon 2.
  • 1525 : rupture anabaptiste à Zurich (voir Baptême des croyants).
  • 1547 : Trente, session VII.

Ce que dit la doctrine

  • Catholiques et orthodoxes : le baptême efface le péché originel et fait naître à la vie divine ; il est nécessaire au salut ; la foi de l’Église et des parrains supplée à celle de l’enfant. Les orthodoxes donnent ensemble baptême, chrismation et communion.
  • Luthériens : le baptême est un moyen de grâce ; Dieu agit avant toute réponse humaine.
  • Réformés : le baptême est le signe et le sceau de l’alliance de grâce, donné aux enfants des croyants comme la circoncision aux enfants d’Israël (voir Théologie de l’alliance).

Arguments de ses partisans

  • Les baptêmes de maisons : Lydie « et sa famille » (Ac 16:15), le geôlier « et tous les siens » (Ac 16:33), la famille de Stéphanas (1 Co 1:16).
  • La circoncision : Col 2:11-12 relie circoncision et baptême ; l’alliance d’Abraham incluait les enfants (Gn 17:7-12).
  • La promesse : « la promesse est pour vous, pour vos enfants » (Ac 2:39) ; les enfants des croyants sont « saints » (1 Co 7:14).
  • Jésus et les enfants : « Laissez venir à moi les petits enfants » (Mc 10:14).
  • La grâce : le salut ne dépend pas de la capacité à comprendre.
  • L’ancienneté : une pratique attestée vers 200, que ni Tertullien ni Origène ne présentent comme nouvelle.

Critiques de ses opposants

  • Aucun exemple explicite : les maisons baptisées ont aussi « cru » ou « écouté la parole » (Ac 16:32-34 ; 18:8), ce qui suppose des personnes en âge de le faire.
  • L’ordre « croire, puis être baptisé » : Mc 16:16 ; Ac 2:38, 41 ; 8:12, 36-37 (voir Actes 8-37 - la confession de l’eunuque).
  • Le premier témoin le critique : Tertullien conseille d’attendre ; d’éminents chrétiens du IVe siècle sont baptisés adultes.
  • Le lien avec le péché originel augustinien, qui aurait fait de la pratique une nécessité après 418.
  • La circoncision concernait les garçons, au huitième jour, par naissance charnelle ; la nouvelle alliance se fonderait sur la nouvelle naissance (Jn 3:3-5).

Textes clés

Gn 17:7-14 ; Mc 10:13-16 ; Mt 28:19 ; Jn 3:5 ; Ac 2:38-39 ; 16:15, 31-34 ; 1 Co 1:16 ; 7:14 ; Col 2:11-12 ; Rm 5:12.

Bibles et notes. Aucune traduction ne modifie ces textes en faveur ou contre la pratique ; le débat passe par les notes (Bibles catholiques et réformées d’un côté, Bibles d’étude baptistes de l’autre) et par la traduction du verbe baptizô (voir Baptême des croyants).

Voir aussi

Sources

  • Tertullien, De baptismo 18.
  • Irénée, Contre les hérésies II, 22, 4.
  • Tradition apostolique § 21, éd. Bernard Botte, Sources chrétiennes 11 bis, 1968 ; Paul F. Bradshaw, Maxwell E. Johnson et L. Edward Phillips, The Apostolic Tradition: A Commentary, 2002 (sur l’attribution).
  • Origène, Commentaire sur l’Épître aux Romains V, 9 ; Homélies sur le Lévitique VIII, 3.
  • Cyprien, Lettre 64 (à Fidus).
  • Concile de Carthage (418), canon 2.
  • Joachim Jeremias, Die Kindertaufe in den ersten vier Jahrhunderten, 1958 ; Kurt Aland, Die Säuglingstaufe im Neuen Testament und in der alten Kirche, 1961.
  • Everett Ferguson, Baptism in the Early Church, Eerdmans, 2009.
  • Jean Calvin, Institution de la religion chrétienne IV, 16.