En bref
Augustin, évêque d’Hippone (aujourd’hui Annaba, en Algérie), est le théologien le plus influent de l’Occident. Pour la Bible, trois choses comptent : il a défendu la Septante comme inspirée et s’est opposé à la traduction de Jérôme de Stridon sur l’hébreu ; il a soutenu le canon long (avec les livres deutérocanoniques) aux conciles africains ; et il a donné à l’Église sa lecture du millénium d’Apocalypse 20, compris comme le temps présent de l’Église. Cette lecture, dite amillénariste, a dominé l’Occident pendant des siècles.
Provenance et confession
Augustin naît en 354 à Thagaste (aujourd’hui Souk Ahras, en Algérie), dans une famille de petite notabilité municipale de langue latine. Son père, Patrice, décurion aux moyens modestes, est païen et ne se fait baptiser qu’à la fin de sa vie ; sa mère, Monique, est une chrétienne fervente. Inscrit comme catéchumène dans l’enfance, il n’est pas baptisé. Il étudie à Thagaste, à Madaure, puis la rhétorique à Carthage, qu’il enseigne ensuite à Carthage, Rome et Milan. Pendant neuf ans, il est « auditeur » de la secte manichéenne, puis traverse une période sceptique et découvre les néoplatoniciens. Converti en 386, il est baptisé par Ambroise à Pâques 387. Ordonné prêtre à Hippone en 391, presque contre son gré, puis évêque en 395-396, il appartient à l’Église catholique d’Afrique, en lutte contre l’Église donatiste rivale. Il ne lit guère le grec et ignore l’hébreu. Aucune appartenance à une société n’est documentée ; son passé manichéen est raconté par lui-même dans les Confessions.
Vie
- Faits documentés : né à Thagaste en 354, d’un père païen et de Monique, chrétienne. Professeur de rhétorique à Carthage, Rome puis Milan ; neuf ans manichéen. Converti en 386 à Milan, baptisé par Ambroise en 387. Prêtre puis évêque d’Hippone (395-396) jusqu’à sa mort en 430, pendant le siège de la ville par les Vandales. Œuvres : Confessions, La Cité de Dieu, La doctrine chrétienne, La Trinité, des centaines de sermons et de lettres.
Influence sur la Bible et la doctrine
- Septante contre hébreu : dans ses lettres à Jérôme (Lettres 28, 71, 82), Augustin craint qu’une traduction sur l’hébreu divise les Églises latines et grecques. Il raconte (Lettre 71) qu’à Oea (Tripoli), le peuple s’est soulevé quand l’évêque a lu le « lierre » de Jérôme au lieu de la « courge » de Jonas 4:6. Dans La Cité de Dieu (XVIII.43), il tient la Septante pour inspirée, même là où elle diffère de l’hébreu. Il finit par apprécier le travail de Jérôme.
- La chronologie : en Cité de Dieu XV.10-13, il discute les écarts d’âge des patriarches entre l’hébreu et la Septante (Genèse 5 et 11). Il refuse l’idée que les Juifs aient falsifié leurs livres par haine des chrétiens et attribue les écarts à un copiste. Voir Les Massorètes de Tibériade.
- Le canon : les conciles d’Hippone (393) et de Carthage (397), où il joue un rôle, dressent une liste qui inclut Tobie, Judith, Sagesse, Siracide et Maccabées (La doctrine chrétienne II.8.13 donne la même liste).
- La Bible latine : il recommande l’Itala parmi les versions latines (La doctrine chrétienne II.15.22), mention dont le sens précis est discuté. Voir Vetus Latina.
- Le millénium : dans La Cité de Dieu XX.7-9, Augustin abandonne le millénarisme qu’il avait d’abord partagé. Les mille ans d’Ap 20 sont le temps de l’Église, déjà commencé avec la première venue du Christ ; Satan est lié en ce sens que les nations ne peuvent plus être empêchées de croire ; la première résurrection est spirituelle. Il place en revanche le « court temps » où Satan est délié à la fin de l’histoire, sous un Antichrist futur de trois ans et demi (XX.8 ; XX.19), et il attend un retour futur du Christ. Dans ses lettres à Hésychius (Lettres 197-199), il distingue dans Mt 24 ce qui concerne la ruine de Jérusalem et ce qui concerne la fin du monde.
- Interprétation : sa lecture tient le règne pour déjà commencé et la libération de Satan, l’Antichrist et le retour du Christ pour futurs. Elle est revendiquée par les amillénaristes, discutée par les tenants du Prétérisme (qui placent davantage d’événements au Ier siècle) et rejetée par les prémillénaristes, dont le Futurisme et le Dispensationalisme, qui lisent les mille ans comme un règne terrestre futur. Elle a dominé l’Occident jusqu’au XIXe siècle.
- Autres doctrines : péché originel, prédestination, autorité de l’Église dans la reconnaissance des Écritures (« je ne croirais pas à l’Évangile si l’autorité de l’Église catholique ne m’y poussait », Contre la lettre de Manès dite du Fondement 5). Ces positions ont marqué Luther et Calvin autant que Rome.
Financement et réseaux
- Documenté : aucun commanditaire de son œuvre. Réseau : Ambroise de Milan, Jérôme, les évêques africains (Aurèle de Carthage, Alypius).
- Allégué : aucune allégation connue.
- Non démontré : rien à signaler.
Signaux d’alerte
- 7. Pouvoir politique servi (documenté) : contre les donatistes, Augustin justifie l’appel au bras séculier et la contrainte impériale (Lettres 93 et 185, lecture de Lc 14:23, « contrains-les d’entrer »). Cette doctrine de la coercition profite à l’alliance entre l’Église catholique et l’empire, qui légifère contre les donatistes (édit d’unité de 405).
- 8. Double allégeance (allégué, par Julien d’Éclane, dans sa controverse avec lui) : Augustin serait resté manichéen de pensée, notamment dans sa doctrine du péché originel. Augustin a raconté et renié lui-même ce passé ; l’accusation relève de la polémique théologique.
Conclusion : un signal documenté, qui pèse lourd dans l’histoire de la contrainte religieuse en Occident, mais qui ne touche pas le texte biblique. Rien n’indique d’argent caché ni de manipulation de l’Écriture ; son passé manichéen est connu par lui-même.
Pourquoi cette note
Augustin a donné à l’Occident une méthode de lecture de l’Écriture (La doctrine chrétienne) et il a refusé d’accuser les juifs d’avoir falsifié leurs livres, ce qui est une forme d’honnêteté sur le texte. Réserves, selon les critères du barème : il a tenu la Septante pour inspirée même là où elle s’écarte de l’hébreu et freiné le retour aux textes originaux ; il ne lisait ni l’hébreu ni guère le grec ; et sa justification de la contrainte impériale atteint l’indépendance de l’Église. Sa lecture du millénium et sa position sur le canon sont des positions doctrinales et confessionnelles qui n’entrent pas dans la note. Apport réel mais mêlé : 3/5.
Voir aussi
- Jérôme de Stridon · Septante · Vetus Latina · Vulgate
- Prétérisme · Futurisme · Historicisme · Dispensationalisme
- Les Massorètes de Tibériade · Eusèbe de Césarée
Sources
- Augustin, La Cité de Dieu XV, XVIII, XX ; La doctrine chrétienne II ; Lettres 28, 71, 82, 197-199.
- Peter Brown, Augustine of Hippo: A Biography, 1967 (trad. française La Vie de saint Augustin, Seuil, 1971).
- Brian E. Daley, The Hope of the Early Church, Cambridge, 1991.
- Augustin, Confessions ; Lettres 93 et 185 (sur la contrainte des donatistes) ; Contre Julien et Ouvrage inachevé contre Julien.
- Serge Lancel, Saint Augustin, Fayard, 1999.