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Before Jerusalem Fell

Thèse de doctorat de Gentry publiée par l'ICE de Gary North : la défense la plus complète d'une rédaction de l'Apocalypse sous Néron, en 65 ou au début de 66, par l'examen des témoins anciens puis des indices internes. Elle répond aux critiques de la date du commentaire de Chilton ; la date domitienne reste majoritaire.

En bref

Before Jerusalem Fell (« Avant la chute de Jérusalem ») est la version publiée de la thèse de doctorat de Kenneth L. Gentry au Whitefield Theological Seminary. Le livre veut établir que l’Apocalypse a été écrite sous Néron, avant la guerre juive, et non vers 95 sous Domitien. Gentry y examine d’abord les témoins anciens (Irénée, Clément d’Alexandrie, d’autres), puis les indices internes au livre, puis les arguments avancés pour la date domitienne. Il conclut à une rédaction en 65 ou au début de 66. Pour le prétérisme de l’Apocalypse, l’enjeu est décisif : une prophétie de la chute de Jérusalem doit avoir été écrite avant elle. Le débat lui-même, argument par argument, est dans Date de l’Apocalypse ; cette fiche décrit le livre.

Éditions

  • 1re édition : Institute for Christian Economics (ICE), Tyler (Texas), 1989, diffusée par Dominion Press (Fort Worth) ; ISBN 0-930464-20-6. Préface de l’éditeur par Gary North (p. ix-xv), préface de l’auteur (p. xvii-xix), signée « Reedy River Presbyterian Church, Greenville, South Carolina ». Dédicace à Greg L. Bahnsen, qui l’a d’abord surpris, puis convaincu, de la date haute (voir Prétérisme partiel). Le texte est en anglais, citations bibliques dans la New American Standard Bible. Le PDF de cette édition est diffusé gratuitement par Gary North (garynorth.com, anciennement « ICE FreeBooks »).
  • Rééditions : une 2e édition chez American Vision (Atlanta), © 1998 selon Exodus Books, cataloguée en novembre 1999 par Internet Archive ; une 3e édition chez Victorious Hope Publishing (la maison de Gentry), parue le 15 janvier 2010 selon BookScouter, 478 pages annoncées. Ce qui a changé d’une édition à l’autre n’a pas été vérifié ici.
  • Origine : la préface de l’auteur dit que le travail a demandé plus de deux ans dans le programme doctoral de Whitefield (Lakeland, Floride), sous la direction de W. Gary Crampton, Daniel C. Coleman et Carl W. Bogue, avec le président Kenneth G. Talbot. Trois lecteurs extérieurs ont relu le manuscrit : Jay E. Adams (partisan de la date haute), C. Gregg Singer et George W. Knight III (partisans de la date basse). James B. Jordan en a revu le texte pour la publication. Whitefield n’est pas accrédité (voir Kenneth L. Gentry).

Plan

D’après la table des matières de la 1re édition :

  • Partie I, Considérations préliminaires : 1. Les études sur l’Apocalypse (p. 3) ; 2. La manière d’aborder la question de la date (p. 17).
  • Partie II, Le témoignage externe : 3. Introduction (p. 41) ; 4. Irénée, évêque de Lyon (p. 45) ; 5. Clément d’Alexandrie (p. 68) ; 6. Autres témoins anciens (p. 86).
  • Partie III, Le témoignage interne : 7. Le rôle du témoignage interne (p. 113) ; 8. Le thème de l’Apocalypse (p. 121) ; 9. L’attente temporelle de l’auteur (p. 133) ; 10. L’identité du sixième roi (p. 146) ; 11. L’intégrité du Temple au temps de l’auteur (p. 165) ; 12. Le rôle de Néron César (p. 193) ; 13. Le rôle du judéo-christianisme (p. 220) ; 14. La guerre juive imminente (p. 232).
  • Partie IV, Les indices domitiens examinés : 15. Introduction (p. 259) ; 16. Le culte impérial (p. 261) ; 17. La persécution des chrétiens (p. 285) ; 18. Le mythe de Néron revenu (p. 300) ; 19. L’état des sept Églises (p. 318).
  • Partie V, Conclusion : 20. Remarques finales (p. 333).
  • Appendice : « Réponse à House et Ice » (p. 339), puis bibliographie (p. 355) et index.

Thèse et arguments

Méthode. Gentry pose que le témoignage de l’Écriture sur elle-même doit peser plus que la tradition ; il commence pourtant par les témoins externes, parce que son livre répond d’abord à la position majoritaire (conclusion, p. 334). Il reconnaît dans sa préface que la plupart des spécialistes acceptent une date vers 95.

Le témoignage externe (ch. 3-6).

  • Irénée (Contre les hérésies V, 30, 3), le pilier de la date basse. Gentry discute la traduction : le sujet de « fut vu » peut être la vision ou Jean lui-même. Il admet (p. 47) que la plupart des savants ne voient là aucun problème de traduction, puis invoque ceux qui en voient un (Wettstein, Chase, Hort d’après Swete, Edmundson, Barnes, etc.). Il ajoute que, même lu comme on le lit d’ordinaire, Irénée se trompe ailleurs (Jésus presque quinquagénaire). Le détail est dans Apocalypse 1.1-3 et Date de l’Apocalypse.
  • Clément d’Alexandrie et Origène parlent du « tyran » qui exila Jean sans le nommer : Gentry soutient qu’il faut y lire Néron, non Domitien.
  • Autres témoins (ch. 6) : le Pasteur d’Hermas, Papias, le Canon de Muratori, Tertullien, Épiphane, la tradition syriaque, Aréthas. Pour le Canon de Muratori (p. 93-94), Paul écrit à sept Églises en suivant « son prédécesseur Jean » : si Jean le précède, l’Apocalypse serait antérieure à la mort de Paul.

Le témoignage interne (ch. 7-14).

  • Le thème : Ap 1:7, « Voici, il vient avec les nuées, et tout œil le verra, et ceux qui l’ont transpercé ; et toutes les tribus de la terre se lamenteront sur lui » (traduction de Pierre Savignac). Gentry y voit, avec Stuart, Terry, Russell et Chilton, le thème du livre, et le lit comme une venue en jugement contre ceux qui ont percé le Christ, c’est-à-dire Israël (ch. 8).
  • L’attente temporelle (ch. 9, p. 133-145) : « bientôt » et « proche » (Ap 1:1, 1:3) ont leur sens ordinaire (voir Apocalypse 1.1-3).
  • Le sixième roi (ch. 10) : Ap 17:10, « Les cinq sont tombés, l’un est, l’autre n’est pas encore venu, et quand il viendra, il doit rester peu » (traduction de Pierre Savignac). En comptant depuis Jules César, Néron est le sixième, Galba le septième.
  • Le Temple (ch. 11) : le temple qu’on mesure en Ap 11:1-2 serait le Temple d’Hérode encore debout.
  • Néron César (ch. 12) : 666 (Ap 13:18) serait la valeur de « Néron César » écrit en lettres hébraïques ; d’autres traits de la Bête conviendraient à Néron.
  • Le judéo-christianisme (ch. 13) et la guerre juive (ch. 14) : le livre reflèterait une Église encore mêlée au judaïsme et l’approche de la guerre de 66-70. Gentry y rapproche la grêle d’un talent d’Ap 16:21 des pierres d’un talent lancées par les Romains selon Josèphe (p. 246 ; voir Destruction de Jérusalem (70)).

Les indices domitiens (ch. 15-19). Gentry conteste que le culte impérial, une persécution générale sous Domitien, la légende du retour de Néron ou l’état des sept Églises (Laodicée, Éphèse, Smyrne) exigent une date tardive.

Conclusion (ch. 20). Les indices convergent vers le milieu des années 60 ; Gentry place la rédaction après le début de la persécution néronienne (fin 64) et avant la déclaration de la guerre juive (début 67), de préférence en 65 ou au début de 66 (p. 336). Il donne enfin à la question une portée pratique : si les jugements de l’Apocalypse sont passés, l’Église peut travailler au progrès de l’Évangile dans la culture, au lieu d’attendre le pire (p. 336-337). C’est le lien avec le postmillénarisme.

Appendice. Gentry répond au chapitre 12 de Dominion Theology: Blessing or Curse? de H. Wayne House et Thomas Ice (Multnomah, 1988). Il y nie que le reconstructionnisme dépende du prétérisme : il dépend d’une eschatologie victorieuse, le postmillénarisme. Il cite sa propre recension de The Days of Vengeance (Counsel of Chalcedon, juin 1987, p. 10). Il y écrivait qu’une date de 25 ans après la chute de Jérusalem ruinerait tout le travail de Chilton. Il précise que la faiblesse visée était celle du livre de Chilton, qui ne consacre que quelques pages à la date, et non celle de la date haute elle-même (p. 342). Il annonce une réponse en un volume, préparée avec Greg Bahnsen ; il s’agit vraisemblablement de House Divided: The Break-up of Dispensational Theology (1989), à ne pas confondre avec House Divided (2009).

Réception

  • La préface de Gary North situe le livre : il répond aux critiques qui écartaient The Days of Vengeance de David Chilton (1987) en invoquant la date de 96 (voir The Days of Vengeance). North y voit un clou de plus dans le cercueil des lectures non prétéristes et somme les adversaires de répondre avec autant de détail.
  • Recommandations en tête du livre : Jay E. Adams, George W. Knight III (pourtant partisan de la date basse, selon la préface de Gentry), W. Gary Crampton, Carl W. Bogue.
  • Grover E. Gunn III, Counsel of Chalcedon, mars 1990, p. 22-23 : recension citée par Wikipédia, qui en tire le résumé de l’argument sur Irénée (non lue ici).
  • Robert L. Thomas, « Theonomy and the Dating of Revelation », The Master’s Seminary Journal 5/2 (1994), p. 185-202, lu en entier. Pour Thomas, Gentry fonde surtout sa date sur Ap 17:9-11 et 11:1-13, et ses conclusions servent sa théonomie : il veut un fondement à l’engagement culturel chrétien et au « dominion ». Thomas lui reproche une herméneutique incohérente : Ap 1:7 ne serait pas lu comme le second avènement par parti pris, et les explications d’Ap 17:9-11 et 11:1-2 seraient faibles. Il lui pose cinq questions restées sans réponse. Une venue sur les nuées en 70 sans venue personnelle, et une autre à la fin de l’histoire : où le Christ distingue-t-il les deux ? Laodicée peut-elle se dire riche cinq ans après le séisme de 60 ? Comment Jean aurait-il supplanté Paul en Asie avant 65 ? Quand Jean y est-il arrivé ? Pourquoi les Églises d’Ap 2-3 diffèrent-elles tant de celles des lettres de Paul ? Une date de 65-66 rendrait, selon lui, l’auteur apostolique impossible. L’article est repris sur pre-trib.org sous le titre « An Assessment of Kenneth L. Gentry’s Internal Evidence for Dating Revelation ».
  • Mark L. Hitchcock : thèse « A Defense of the Domitianic Date of the Book of Revelation » (titre d’après Quintern, 2024) et série d’articles dans Bibliotheca Sacra (2006-2007), qui discutent Gentry point par point (références dans Date de l’Apocalypse).
  • Richard L. Mayhue (MSJ, 2003) et Thomas Ice reprennent la date basse contre Gentry et contre R. C. Sproul, qui suit Gentry (voir The Last Days According to Jesus).
  • Douglas J. Douma (blogue, mars 2018) : favorable à la date haute, il juge le livre excellent mais n’y voit pas de preuve décisive ; il retient le sixième roi et le Temple, trouve certains arguments fantaisistes et rejette la lecture d’Irénée.
  • Jason L. Quintern, A Defense of the Neronic Date of the Book of Revelation (thèse, Liberty University, 2024) : reprend les arguments de Gentry contre la thèse de Hitchcock.
  • Influence : le livre est la référence de la date haute chez les prétéristes partiels (R. C. Sproul, Gary DeMar) et complets (Dan L. Trotter y renvoie). Il ne l’a pas emporté chez les spécialistes : la date domitienne reste majoritaire (voir Date de l’Apocalypse).

Réponse de Gentry. Aucune réplique directe de Gentry à l’article de Thomas n’a été trouvée. Il a repris le sujet dans des séries de blogue, sur Irénée (« Revelation’s Date: External Evidence », 2020), sur Laodicée (2015) et sur le Temple (2014), citées dans Date de l’Apocalypse. Il l’a aussi repris dans son commentaire The Divorce of Israel (2024). Thomas annonçait déjà ce commentaire en 1994.

Ce qu’on en sait et comment

Lu en partie, dans le PDF de la 1re édition (1989) : page de titre, table des matières, préface de l’éditeur, préface de l’auteur, ouverture des chapitres 4, 8 et 12, passage sur le Canon de Muratori, conclusion (ch. 20) et appendice sur House et Ice. Les autres chapitres n’ont été lus qu’à travers la conclusion de Gentry et les comptes rendus. L’article de Thomas (1994) a été lu en entier ; les autres recensions, à travers des résumés. Les éditions de 1998-1999 et de 2010 n’ont pas été vues.

À vérifier

  • Les différences entre les trois éditions (préfaces, ajouts, réponses aux critiques), et la date exacte de la 2e édition (1998 ou 1999).
  • La recension de Grover E. Gunn III (1990) et celle de Gentry sur Chilton (Counsel of Chalcedon, juin 1987).
  • Une éventuelle réponse écrite de Gentry à Thomas (1994) ou à Hitchcock (2006-2007).
  • Que House Divided (Bahnsen et Gentry, 1989) soit bien la réponse annoncée dans l’appendice.
  • L’établissement et l’année de la thèse de Hitchcock (Dallas Theological Seminary, 2005 selon les autres fiches de ce recueil).

Voir aussi

Sources