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Codex Alexandrinus

Le Codex Alexandrinus est un manuscrit en onciales du Ve siècle, sur deux colonnes, offert au roi d'Angleterre par le patriarche Cyrille Loucaris et arrivé à Londres en 1627.

Critère de la note : valeur comme témoin du texte, avec les mêmes critères pour tous les manuscrits : ancienneté, soin de la copie, nombre et nature des corrections, étendue du contenu conservé. L’accord ou le désaccord avec le texte reçu ou avec le texte critique n’est pas un critère : c’est l’objet même du débat (voir Mouvement de critique textuelle).

En bref

Le Codex Alexandrinus est un manuscrit en onciales du Ve siècle, sur deux colonnes, offert au roi d’Angleterre par le patriarche Cyrille Loucaris et arrivé à Londres en 1627. C’est le premier des grands codex anciens que les savants occidentaux ont pu étudier. Il a une particularité capitale : dans les Évangiles, il présente le texte byzantin, ce qui en fait le plus ancien grand témoin du texte que l’Église grecque a lu ensuite pendant mille ans.

Histoire

Faits documentés.

  • Une note arabe ancienne l’attribue à une martyre nommée Thècle ; c’est une tradition, non un fait établi. Il se trouvait à Alexandrie au moins depuis le Moyen Âge.
  • Cyrille Loucaris, patriarche d’Alexandrie puis de Constantinople, sympathisant de la Réforme, l’offre à Jacques Ier par l’intermédiaire de l’ambassadeur Thomas Roe ; Jacques étant mort, c’est Charles Ier qui le reçoit en 1627. Les traducteurs de la King James 1611 n’ont donc pas pu s’en servir.
  • Il passe de la Bibliothèque royale au British Museum en 1757, puis à la British Library.
  • Patrick Young en publie les épîtres de Clément (1633) ; Brian Walton en donne les variantes dans sa Polyglotte de Londres (1657). Fac-similé photographique de 1879-1883.
  • Il contient les deux épîtres de Clément de Rome ; sa table des matières mentionne aussi les Psaumes de Salomon, aujourd’hui perdus du manuscrit.

Les arguments des défenseurs (de sa valeur)

  • Ancienneté (Ve siècle) et copie soignée.
  • Dans les Évangiles, son texte byzantin prouve que cette forme existait déjà au Ve siècle, contre l’idée qu’elle serait purement médiévale. Les défenseurs du Texte majoritaire l’invoquent pour cette raison.
  • Il garde la finale de Marc (16:9-20).
  • Pour l’Apocalypse, les critiques modernes eux-mêmes (Josef Schmid) le jugent, avec le Codex Ephraemi, le meilleur témoin conservé.

Les arguments critiques (réserves)

  • Son texte est mixte : byzantin dans les Évangiles, alexandrin dans les Actes et les épîtres. Il ne peut pas servir à lui seul de base cohérente.
  • Il a des lacunes importantes : la plus grande partie de Matthieu (jusqu’en 25:6), une partie de Jean (6:50-8:52) et de 2 Corinthiens. Le calcul de l’espace manquant en Jean laisse penser que la femme adultère n’y figurait pas, sans certitude.
  • 1 Tm 3:16 : le manuscrit porte ΟΣ ou ΘΣ (abréviation de Theos, « Dieu »), selon qu’on voit ou non la barre médiane du thêta et le trait d’abréviation. Des témoins des XVIIe et XVIIIe siècles (Patrick Young, John Mill) ont lu « Dieu » ; Wettstein et la critique moderne y voient une retouche ou une illusion due à l’encre traversant le parchemin. John William Burgon défend la lecture « Dieu ». Le point reste disputé, le parchemin étant usé à cet endroit.

Passages témoins

PassageTraitement
Mt 24:34lacune (Matthieu manque jusqu’en 25:6)
Ap 1:1 et 22:10« bientôt », « le temps est proche »
1 Jn 5:7-8Comma absente
Mc 16:9-20présent
Jn 7:53-8:11lacune ; probablement absent d’après le calcul des lignes
1 Tm 3:16ΘΣ « Dieu » ou ΟΣ « celui qui » : lecture disputée
Ap 22:19« arbre de vie »
Ac 8:37absent

Financement

  • Documenté : cadeau diplomatique du patriarche Cyrille Loucaris à la couronne d’Angleterre ; conservé ensuite par la Bibliothèque royale, puis par le British Museum, institution publique.
  • Allégué : aucune allégation connue.
  • Non démontré : rien à signaler.

Pourquoi cette note

Trois étoiles : un témoin ancien et sérieux, plus tardif d’un siècle que le Vaticanus et le Sinaiticus, avec des lacunes importantes (une grande partie de Matthieu, des passages de Jean et de 2 Corinthiens). Son texte mixte intéresse les deux camps : les défenseurs du texte majoritaire y trouvent la forme byzantine des Évangiles attestée dès le Ve siècle ; les critiques textuels y trouvent l’un des meilleurs témoins de l’Apocalypse. Ces accords ne sont pas comptés dans la note, qui ne tranche pas entre les deux lectures.

Voir aussi

Sources

  • British Library, Royal MS 1 D V-VIII, notice et numérisation.
  • F. G. Kenyon (éd.), The Codex Alexandrinus in Reduced Photographic Facsimile, Londres, British Museum, 1909-1915.
  • Bruce M. Metzger et Bart D. Ehrman, The Text of the New Testament, 4e éd., 2005.
  • John William Burgon, The Revision Revised, 1883 (sur 1 Tm 3:16).
  • Josef Schmid, Studien zur Geschichte des griechischen Apokalypse-Textes, Munich, 1955-1956.