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Codex Vaticanus

Le Codex Vaticanus, conservé à la Bibliothèque vaticane, est probablement le plus ancien manuscrit presque complet de la Bible grecque.

Critère de la note : valeur comme témoin du texte, avec les mêmes critères pour tous les manuscrits : ancienneté, soin de la copie, nombre et nature des corrections, étendue du contenu conservé. L’accord ou le désaccord avec le texte reçu ou avec le texte critique n’est pas un critère : c’est l’objet même du débat (voir Mouvement de critique textuelle).

En bref

Le Codex Vaticanus, conservé à la Bibliothèque vaticane, est probablement le plus ancien manuscrit presque complet de la Bible grecque. Écrit sur trois colonnes par page d’une main régulière, il est tenu par la critique moderne pour le meilleur témoin du Nouveau Testament. Fenton John Anthony Hort en a fait le cœur de son texte « neutre » ; le Nestle-Aland le suit encore très souvent. Pour les défenseurs du texte traditionnel, c’est au contraire le manuscrit d’où vient l’affaiblissement du texte biblique moderne.

Histoire

Faits documentés.

  • Il figure dans les inventaires de la Bibliothèque vaticane dès le XVe siècle (catalogue de 1475). Son origine (Égypte, Césarée ou Rome) est discutée.
  • Érasme en connaît des leçons par Paulus Bombasius (1521) et par Juan Ginés de Sepúlveda (1533), qui lui en envoie des centaines ; il ne le juge pas supérieur au texte grec qu’il a imprimé.
  • Napoléon le fait transporter à Paris (1809-1815), où Leonhard Hug établit son ancienneté.
  • L’accès est longtemps restreint. L’édition du cardinal Angelo Mai (posthume, 1857) est fautive ; Tischendorf obtient de l’étudier brièvement en 1866 ; une édition par Vercellone et Cozza paraît de 1868 à 1881 ; un fac-similé photographique en 1889-1890.
  • Vers le Xe ou le XIe siècle, un copiste a repassé à l’encre presque tout le texte et ajouté accents et esprits, en sautant les lettres qu’il jugeait fautives.
  • En Hébreux 1:3, un correcteur médiéval a écrit en marge une apostrophe injurieuse contre un correcteur précédent qui avait changé le texte, l’invitant à laisser l’ancienne leçon.
  • Après Mc 16:8, le copiste laisse une colonne entière vide, le seul cas de ce genre dans le Nouveau Testament du manuscrit.

Les arguments des défenseurs

  • Le copiste est régulier et soigneux ; les fautes de ce type sont moins nombreuses que dans le Codex Sinaiticus.
  • Le papyrus P75 (vers 200), publié en 1961, s’accorde avec lui de façon remarquable dans Luc et Jean. Carlo Maria Martini en a tiré, en 1966, que le texte du Vaticanus n’est pas une recension tardive mais remonte au moins au IIe siècle.
  • Ses leçons plus courtes s’expliqueraient par l’absence des ajouts accumulés dans les copies plus tardives.

Les arguments des critiques

  • John William Burgon l’appelle, avec le Sinaiticus, l’un des manuscrits les plus altérés qui existent ; il compte, dans les Évangiles, environ 7 500 écarts par rapport au texte reçu (omissions, additions, substitutions, transpositions), dont 2 877 mots omis : au total 7 578 écarts, contre 8 972 pour le Sinaiticus (The Revision Revised, 1883, p. 12).
  • Herman Hoskier relève plus de 3 000 désaccords entre B et Aleph dans les seuls Évangiles : s’ils étaient deux témoins d’un texte pur, ils devraient s’accorder bien davantage.
  • Edward F. Hills fait valoir que l’ancienneté de B peut tenir à ce qu’il n’a pas été usé par la lecture, parce que l’Église ne l’a pas reçu.
  • La colonne blanche après Mc 16:8 suggère que le copiste connaissait une suite qu’il a choisi de ne pas copier.
  • Des marques en marge (« distigmai », étudiées par Philip Payne) signalent peut-être des variantes connues du copiste ou d’un lecteur ancien, par exemple près de Jn 7:52.
  • Il lui manque une grande partie du Nouveau Testament : on ne peut pas s’en servir pour 1 Tm 3:16, ni pour l’Apocalypse (suppléée au XVe siècle par une autre main).

Passages témoins

PassageTraitement
Mt 24:34« cette génération »
Ap 1:1 et 22:10lacune (Apocalypse absente du manuscrit original)
1 Jn 5:7-8Comma absente
Mc 16:9-20absent, avec une colonne laissée vide après 16:8
Jn 7:53-8:11absent
1 Tm 3:16lacune (épîtres pastorales absentes)
Ap 22:19lacune
Ac 8:37absent

Financement

  • Documenté : propriété de la papauté, conservé à la Bibliothèque vaticane ; les éditions du XIXe siècle sont faites sous autorité pontificale, et le fac-similé de 1889-1890 avec le soutien du Vatican.
  • Allégué : des auteurs protestants (et « King James seule ») voient dans la promotion du Vaticanus au XIXe siècle une victoire de Rome sur le texte de la Réforme, voire une stratégie jésuite. La propriété papale est un fait ; une stratégie concertée n’est pas démontrée.
  • Non démontré : que le Vatican ait altéré le manuscrit ou dirigé son usage par les critiques protestants.

Pourquoi cette note

Quatre étoiles. Qualités : probablement le plus ancien manuscrit presque complet de la Bible grecque, copié avec régularité et soin ; son type de texte est confirmé vers 200 par P75. Réserves : il est incomplet (fin d’Hébreux, pastorales, Philémon, Apocalypse) ; le texte a été repassé à l’encre au Moyen Âge ; il diverge souvent du Sinaiticus ; aucun manuscrit, si bon soit-il, ne doit servir seul de base. Les deux lectures : pour les partisans du texte critique, c’est le meilleur témoin du Nouveau Testament ; pour les défenseurs du texte traditionnel, un manuscrit isolé que l’Église n’a pas lu. Ses omissions (finale de Marc, femme adultère) ne sont comptées ici ni comme défaut ni comme qualité : c’est la question débattue. Changement : la note de départ (3/5) le jugeait à la mesure du texte que « l’Église a lu » et du texte « réduit » ; ce critère n’est plus retenu.

Voir aussi

Sources

  • Bibliorum Sacrorum Graecorum Codex Vaticanus B, fac-similé, Rome, Istituto Poligrafico dello Stato, 1999.
  • John William Burgon, The Revision Revised, Londres, 1883.
  • Herman C. Hoskier, Codex B and Its Allies, Londres, 1914.
  • C. M. Martini, Il problema della recensionalità del codice B alla luce del papiro Bodmer XIV, Rome, 1966.
  • Philip B. Payne et Paul Canart, « The Originality of Text-Critical Symbols in Codex Vaticanus », Novum Testamentum 42, 2000.