Critère de la note : fiabilité comme base de traduction, c’est-à-dire exactitude de la copie, autorité reconnue dans la tradition qui l’a transmis, ancienneté. La note porte sur ce que le manuscrit contient, non sur ce qui en a été perdu.
En bref
Le Codex d’Alep, appelé en hébreu Keter Aram Tsova (« Couronne d’Alep »), est le plus ancien manuscrit connu de la Bible hébraïque complète dans la tradition des Massorètes de Tibériade. Copié vers 930, vocalisé et annoté par Aaron ben Asher lui-même, il a été considéré au Moyen Âge comme le modèle de référence pour copier les rouleaux de la Torah. Mutilé en 1947, il a perdu presque tout le Pentateuque.
Histoire
Faits documentés.
- Le texte consonantique est copié par le scribe Shelomo ben Buya’a ; la vocalisation, les accents et la massora sont l’œuvre d’Aaron ben Asher, le plus célèbre des Massorètes, vers 930.
- Une note de dédicace dit qu’il est acquis par la communauté karaïte de Jérusalem. Lors de la prise de Jérusalem par les croisés (1099), il est pris et racheté par la communauté juive du Caire (Fostat).
- Maïmonide, au Caire, le décrit comme le livre sur lequel tous s’appuyaient et l’utilise pour fixer les règles de copie de la Torah (Mishneh Torah, lois du rouleau de la Torah).
- À la fin du XIVe siècle, il est apporté à Alep, en Syrie, où la communauté juive le garde pendant près de six siècles dans la grande synagogue, sans le laisser copier ni photographier entièrement.
- En décembre 1947, après le vote de l’ONU sur le partage de la Palestine, des émeutes incendient la synagogue d’Alep. Le codex est sauvé en partie. En 1957-1958, il est sorti clandestinement de Syrie par Mourad Faham et remis à l’Institut Ben-Zvi de Jérusalem. Il est exposé aujourd’hui au Sanctuaire du Livre (musée d’Israël).
- Environ 294 feuillets subsistent. Il manque presque toute la Torah (le texte commence en Dt 28:17), ainsi que des parties d’autres livres. Un feuillet (Chroniques) et un fragment (Exode) ont été retrouvés depuis auprès de familles originaires d’Alep.
Allégué. Le journaliste Matti Friedman (The Aleppo Codex, 2012) soutient que des feuillets ont survécu à l’incendie et ont disparu après l’arrivée du codex en Israël, peut-être par vol ou vente. L’enquête apporte des témoignages, mais aucune preuve décisive ; les institutions concernées contestent.
Fiabilité : arguments
Pour. C’est la copie la plus soignée de la tradition Ben Asher, faite et vérifiée par le maître lui-même. Les études de Moshe Goshen-Gottstein et de Mordechai Breuer ont montré son exactitude extrême, supérieure à celle du Codex de Leningrad. L’édition de la Bible de l’Université hébraïque le prend pour base.
Réserves. Il ne peut pas servir seul, faute de Torah : pour le Pentateuque, on recourt au Codex de Leningrad et à d’autres témoins Ben Asher. Il témoigne d’une tradition (le texte massorétique), avec les limites de celle-ci exposées dans la fiche Texte massorétique.
Financement
- Documenté : commandé ou acquis par une communauté juive (karaïte) ; racheté après 1099 par la communauté du Caire ; conservé par la communauté d’Alep ; depuis 1958, propriété de l’Institut Ben-Zvi, institution publique israélienne.
- Allégué : la disparition de feuillets après 1958 (Friedman).
- Non démontré : qui détiendrait les feuillets manquants, s’ils existent.
Pourquoi cette note
Cinq étoiles : pour ce qu’il contient, aucun manuscrit hébreu n’est plus sûr. C’est le témoin le plus autorisé du texte que lisent les traductions fidèles de l’Ancien Testament. La perte de la Torah n’enlève rien à la qualité du reste.
Voir aussi
- Texte massorétique · Les Massorètes de Tibériade · Manuscrits de la mer Morte · Septante
- Codex Sinaiticus · Codex Vaticanus · Codex Alexandrinus (les grands codex grecs, pour comparaison)
Sources
- Matti Friedman, The Aleppo Codex, Chapel Hill, Algonquin Books, 2012.
- Moshe H. Goshen-Gottstein, « The Authenticity of the Aleppo Codex », Textus 1, 1960.
- Mordechai Breuer, The Aleppo Codex and the Accepted Text of the Bible (en hébreu), Jérusalem, Mossad Harav Kook, 1976.
- Maïmonide, Mishneh Torah, Hilkhot Sefer Torah 8:4.
- Emanuel Tov, Textual Criticism of the Hebrew Bible, 3e éd., 2012.