Critère de la note : fiabilité comme base de traduction, c’est-à-dire ancienneté et stabilité du texte, fidélité de la copie, accord avec les témoins indépendants (Manuscrits de la mer Morte, Septante, Pentateuque samaritain) et absence d’intervention doctrinale démontrée.
En bref
Le texte massorétique est la forme de la Bible hébraïque transmise par les scribes juifs et fixée dans ses moindres détails par Les Massorètes de Tibériade entre le VIIe et le Xe siècle. Il comprend trois couches : les consonnes, beaucoup plus anciennes ; les voyelles et les accents, ajoutés par des signes ; et la massora, notes marginales qui comptent les lettres et signalent les formes rares. C’est le texte de l’Ancien Testament de la Bible Segond 1910, de la King James 1611, de Martin et d’Ostervald.
Histoire
Faits documentés.
- Les manuscrits de Qumrân montrent qu’un texte consonantique très proche du texte massorétique (dit « proto-massorétique ») circulait déjà avant l’ère chrétienne, à côté d’autres formes. Après 70, et surtout au IIe siècle, c’est cette forme seule qui est copiée dans le judaïsme rabbinique : les fragments de Wadi Murabba’at et de Nahal Hever (vers 132-135) sont déjà presque identiques au texte médiéval.
- Les Massorètes de Tibériade, dont les familles Ben Asher et Ben Nephtali, inventent un système de voyelles et d’accents qui fixe la lecture traditionnelle. Le Codex d’Alep (vers 930) et le Codex de Leningrad (1008) sont les grands témoins de la tradition Ben Asher.
- La première Bible rabbinique imprimée par Daniel Bomberg à Venise (1517 ; seconde édition par Jacob ben Hayyim, 1524-1525) devient le « texte reçu » de l’Ancien Testament pour les Réformateurs et les traducteurs de la King James.
- Les éditions savantes modernes (Biblia Hebraica Stuttgartensia, 1967-1977 ; Biblia Hebraica Quinta, en cours) reproduisent le Codex de Leningrad ; l’édition de l’Université hébraïque suit le Codex d’Alep.
Fiabilité : arguments
Pour. La découverte du grand rouleau d’Isaïe (1QIsa a, daté par la paléographie vers 150-100 avant J.-C. ; les analyses au carbone 14 donnent des fourchettes plus larges, du IIIe au IIe siècle avant J.-C.) a montré que, sur plus de mille ans, le texte d’Isaïe a été transmis avec une exactitude remarquable : les différences sont surtout d’orthographe. La discipline des scribes (comptage des lettres, interdiction de corriger le texte écrit, corrections signalées en marge par le qeré) est sans équivalent dans l’Antiquité.
Contre, ou réserves.
- La vocalisation est tardive : elle fixe une lecture traditionnelle, mais quelques passages peuvent être lus autrement avec les mêmes consonnes.
- En quelques endroits, d’autres témoins anciens semblent garder une meilleure leçon. Dt 32:8 lit « selon le nombre des fils d’Israël » ; un manuscrit de Qumrân (4QDeut j) et la Septante portent « des fils de Dieu ». Au Ps 22:17 (22:16 en français), le texte massorétique lit ka’ari (« comme un lion ») là où la Septante comprend « ils ont percé » et où un fragment de Nahal Hever porte une forme verbale. Au Ps 145, le verset commençant par la lettre noun manque dans le texte massorétique, mais figure dans la Septante et dans un rouleau de Qumrân (11QPs a).
- Allégation ancienne : Justin Martyr (Dialogue avec Tryphon, 71-73) accuse les maîtres juifs d’avoir retranché des passages favorables au Christ. Les exemples qu’il donne ne se retrouvent pas dans les manuscrits de Qumrân ; l’accusation n’est donc pas démontrée pour le texte massorétique dans son ensemble, mais Dt 32:8 et Ps 22:17 sont souvent cités dans ce débat.
Passages témoins (Ancien Testament)
| Passage | Traitement |
|---|---|
| Es 7:14 | almah, « jeune fille » ; la Septante rend par parthenos, « vierge » (voir Luther Weigle) |
| Ps 22:17 | « comme un lion » (leçon discutée) |
| Dt 32:8 | « fils d’Israël » (Qumrân et Septante : « fils de Dieu ») |
| Dn 9:24-27 | les soixante-dix semaines, texte stable, ponctuation massorétique discutée au v. 25 |
Financement
- Documenté : transmission par les communautés juives elles-mêmes ; les grands manuscrits sont commandés par des particuliers ou des communautés (le Codex d’Alep pour la communauté karaïte de Jérusalem). L’édition de Bomberg est une entreprise commerciale vénitienne.
- Allégué : rien de précis, hors l’accusation théologique de Justin.
- Non démontré : une correction systématique et volontaire du texte contre le Christ.
Pourquoi cette note
Quatre étoiles : c’est le meilleur témoin complet de l’Ancien Testament hébreu, transmis avec un soin unique et confirmé par Qumrân. La cinquième étoile est retenue parce que la vocalisation est tardive et que, dans un petit nombre de passages, la Septante et Qumrân semblent plus proches de l’original. Une traduction sûre suit le texte massorétique et consulte ces témoins.
Voir aussi
- Codex d’Alep · Les Massorètes de Tibériade · Manuscrits de la mer Morte · Septante · Pentateuque samaritain · Targoums
- Textus Receptus · Bible Segond 1910 · King James 1611
Sources
- Emanuel Tov, Textual Criticism of the Hebrew Bible, 3e éd., Fortress Press, 2012.
- Ernst Würthwein, The Text of the Old Testament, 3e éd., Eerdmans, 2014.
- Justin Martyr, Dialogue avec Tryphon, 71-73.
- Karl Elliger et Wilhelm Rudolph (dir.), Biblia Hebraica Stuttgartensia, Deutsche Bibelgesellschaft, 1967-1977.