Ressources · Les doctrines

Infaillibilité pontificale

L'infaillibilité pontificale est le dogme catholique selon lequel le pape, lorsqu'il parle ex cathedra, c'est-à-dire lorsqu'il définit solennellement, comme pasteur et docteur de tous les chrétiens, une doctrine de foi ou de mœurs à tenir par toute l'Église, jouit de l'infaillibilité promise à l'Église.

Fiche de recherche, sources indiquées. Les points marqués « à vérifier » ne sont pas encore confirmés par les sources.

En bref

L’infaillibilité pontificale est le dogme catholique selon lequel le pape, lorsqu’il parle ex cathedra, c’est-à-dire lorsqu’il définit solennellement, comme pasteur et docteur de tous les chrétiens, une doctrine de foi ou de mœurs à tenir par toute l’Église, jouit de l’infaillibilité promise à l’Église. Elle ne signifie ni que le pape est sans péché, ni que tout ce qu’il dit est infaillible. Elle est rejetée par les orthodoxes, les protestants, les anglicans et les vieux-catholiques.

Origine et généalogie

Racines revendiquées. Les partisans invoquent la primauté de Pierre (Mt 16:18-19 ; Lc 22:32 ; Jn 21:15-17) et le prestige doctrinal de l’Église de Rome dans l’Antiquité : Irénée (Contre les hérésies III, 3, 2) ; la formule « Pierre a parlé par Léon » au concile de Chalcédoine (451) ; la Formule du pape Hormisdas (519), où les évêques d’Orient reconnaissent que la religion catholique a toujours été gardée sans tache dans le siège apostolique. Le Dictatus papae de Grégoire VII (1075), art. 22 : l’Église romaine n’a jamais erré et n’errera jamais. Ces textes parlent de l’Église ou du siège de Rome ; qu’ils impliquent l’infaillibilité personnelle du pape est contesté.

Première attestation de la doctrine au sens strict. L’historien Brian Tierney (Origins of Papal Infallibility, 1150-1350, 1972) situe sa première formulation chez le franciscain Pierre de Jean Olivi (Quaestio de infallibilitate Romani pontificis, vers 1279-1280), dans la querelle sur la pauvreté : il s’agissait d’empêcher un pape futur de revenir sur les décisions favorables aux franciscains. Le pape Jean XXII rejeta d’ailleurs cette idée comme une entrave à sa liberté (bulle Quia quorundam, 1324). La lecture de Tierney est contestée par d’autres historiens catholiques (Ulrich Horst, Alfons Stickler), qui voient une continuité plus ancienne.

Étapes. Thomas d’Aquin attribue au pape l’autorité de fixer le symbole (Somme théologique IIa-IIae, q. 1, a. 10). Le conciliarisme (Constance, décret Haec sancta, 1415) affirme au contraire la supériorité du concile. Robert Bellarmin (De Romano pontifice, IV, 1586) défend l’infaillibilité du pape enseignant toute l’Église. Les Quatre articles gallicans (1682), art. 4, posent que le jugement du pape n’est irréformable qu’avec le consentement de l’Église. L’ultramontanisme du XIXe siècle (Joseph de Maistre, Du pape, 1819) prépare la définition.

Définition. Concile Vatican I, constitution Pastor aeternus, 18 juillet 1870, chap. 4 : les définitions du pontife romain parlant ex cathedra sont « irréformables par elles-mêmes, et non en vertu du consentement de l’Église ». Vote final : 533 voix pour, 2 contre ; une soixantaine d’évêques opposés avaient quitté Rome la veille pour ne pas voter (chiffre exact à vérifier). L’historien Ignaz von Döllinger refuse le dogme et est excommunié (1871) ; naissent les Églises vieilles-catholiques (Union d’Utrecht, 1889).

Chronologie

  • 451 : Chalcédoine. 519 : Formule d’Hormisdas.
  • 1075 : Dictatus papae.
  • vers 1280 : Olivi.
  • 1324 : Quia quorundam.
  • 1415 : Haec sancta.
  • 1682 : articles gallicans.
  • 1854 : Pie IX définit l’Immaculée Conception.
  • 1870 : Pastor aeternus.
  • 1950 : Pie XII définit l’Assomption de Marie, seule définition ex cathedra incontestée depuis 1870.
  • 1964 : Vatican II, Lumen gentium 25.
  • 1970 : Hans Küng, Unfehlbar? Eine Anfrage.

Ce que dit la doctrine

  • Sujet : le pape seul, comme successeur de Pierre.
  • Conditions : parler ex cathedra, sur la foi ou les mœurs, en définissant une doctrine à tenir par l’Église universelle.
  • Fondement : l’assistance divine promise à Pierre, non une révélation nouvelle.
  • Le Magistère ordinaire et universel des évêques unis au pape est aussi tenu pour infaillible dans certaines conditions (Lumen gentium 25).

Arguments de ses partisans

  • « Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église » (Mt 16:18, Segond 1910) ; « j’ai prié pour toi, afin que ta foi ne défaille point ; et toi, quand tu seras converti, affermis tes frères » (Lc 22:32).
  • Une Église qui doit garder la vérité jusqu’à la fin a besoin d’un juge ultime des controverses.
  • Témoignages anciens sur la fidélité doctrinale du siège romain (Irénée, Hormisdas).

Critiques de ses opposants

  • Historiques : le pape Honorius Ier a été condamné comme hérétique par le concile de Constantinople III (681), condamnation reprise par des papes ; Libère (IVe siècle) et Vigile (VIe siècle) auraient varié. Les partisans répondent qu’aucun d’eux n’a défini ex cathedra.
  • Nouveauté : selon Tierney, la doctrine est née au XIIIe siècle et a d’abord été repoussée par un pape (1324) ; les Pères de l’Église ne la connaissent pas sous cette forme.
  • Orthodoxes : la primauté de Rome était d’honneur, au sein d’une communion d’Églises ; l’autorité suprême appartient au concile œcuménique reçu par toute l’Église.
  • Protestants : seule l’Écriture est infaillible (voir Sola scriptura) ; Pierre lui-même a été repris par Paul (Ga 2:11-14).
  • Critiques internes : Hans Küng (1970) ; avant 1870, les « inopportunistes » (Dupanloup, Hefele, Lord Acton).

Textes clés

Mt 16:13-20 ; Lc 22:31-32 ; Jn 21:15-17 ; Ac 15:6-29 ; Ga 2:11-14 ; 1 Tm 3:15.

Traductions et notes : les notes des Bibles catholiques (Douai-Reims, Crampon, Bible de Jérusalem) sur Mt 16:18 présentent Pierre comme fondement ; les Bibles protestantes (Genève 1560) lisent la « pierre » comme la confession de foi de Pierre ou le Christ (formulations exactes à vérifier).

Voir aussi

Sources

  • Concile Vatican I, Pastor aeternus (18 juillet 1870), chap. 4 ; Vatican II, Lumen gentium 25.
  • Grégoire VII, Dictatus papae (1075), art. 22 ; Formule d’Hormisdas (519).
  • Pierre de Jean Olivi, Quaestio de infallibilitate Romani pontificis (vers 1280).
  • Jean XXII, Quia quorundam (1324).
  • Robert Bellarmin, De Romano pontifice, livre IV (1586).
  • Brian Tierney, Origins of Papal Infallibility, 1150-1350, Brill, 1972.
  • Ulrich Horst, Unfehlbarkeit und Geschichte, 1982.
  • Hans Küng, Unfehlbar? Eine Anfrage, 1970 (trad. Infaillible ? Une interpellation, 1971).
  • Klaus Schatz, Vaticanum I, 1869-1870, 3 vol., 1992-1994.
  • John Henry Newman, A Letter Addressed to His Grace the Duke of Norfolk, 1875.