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En bref
L’Assomption est le dogme catholique selon lequel la Vierge Marie, « ayant achevé le cours de sa vie terrestre, a été élevée en corps et en âme à la gloire céleste ». Il a été défini par Pie XII le 1er novembre 1950. Les orthodoxes célèbrent le 15 août la Dormition (Koimèsis) de Marie, suivie de son enlèvement au ciel, comme une tradition liturgique et non comme un dogme défini. Les protestants la rejettent, faute de témoignage biblique. La définition de 1950 laisse ouverte la question de savoir si Marie est morte avant d’être élevée.
Origine et généalogie
Le silence des premiers siècles. Le Nouveau Testament ne dit rien de la fin de Marie ; sa dernière mention est Ac 1:14. Vers 375-377, Épiphane de Salamine écrit qu’il ne sait si elle est morte et a été ensevelie, ou non, et que « personne ne connaît sa fin » (Panarion 78, 11 et 78, 23-24). C’est le premier texte datable qui pose la question ; il ne l’affirme pas.
Première attestation documentée : les récits du transitus. Les premiers textes qui racontent la mort de Marie et l’enlèvement de son corps sont des apocryphes appelés transitus Mariae (« passage de Marie ») ou récits de la Dormition. Les plus anciens :
- le Livre du repos de Marie (Liber Requiei), conservé complet seulement en éthiopien, avec des fragments syriaques et géorgiens ; selon Stephen J. Shoemaker, son original grec remonte probablement au IVe siècle, peut-être au IIIe (datation discutée) ;
- les Six Livres syriaques de la Dormition, connus par des manuscrits de la fin du Ve et du VIe siècle ;
- en latin, le Transitus du Pseudo-Méliton (Ve-VIe siècle). Le Décret gélasien (VIe siècle) classe un Liber qui appellatur Transitus, id est Assumptio sanctae Mariae parmi les livres apocryphes à ne pas recevoir.
Ces récits divergent : selon les versions, le corps est transporté au paradis terrestre, sous l’arbre de vie, ou réuni à l’âme au ciel ; les apôtres sont miraculeusement rassemblés à Jérusalem.
Précurseurs revendiqués. Les défenseurs du dogme invoquent moins ces apocryphes qu’un sentiment ancien de l’Église, une argumentation de convenance et la liturgie. Ils citent parfois Ap 12 et la tradition d’un tombeau vide à Gethsémani. Contesté : les critiques notent que le premier témoin narratif est apocryphe, tardif, et rejeté à ce titre par le Décret gélasien.
Diffusion.
- Grégoire de Tours (Livre des miracles I, 4, vers 590) rapporte l’enlèvement du corps de Marie au paradis, en suivant un récit de transitus.
- L’empereur Maurice (582-602) fixe la fête de la Dormition au 15 août dans l’Empire (date approximative vers 600, à vérifier).
- Homélies de Modeste de Jérusalem (VIIe siècle, attribution discutée), de Germain de Constantinople, d’André de Crète et de Jean Damascène (trois homélies sur la Dormition, vers 740) ; la deuxième homélie de Jean Damascène contient, dans un passage tenu pour interpolé, le récit de l’« histoire euthymienne » (Marcien et Pulchérie demandant le corps de Marie à Juvénal de Jérusalem en 451).
- Rome adopte la fête au VIIe siècle (pape Serge Ier, 687-701) ; le nom passe de « Dormition » à « Assomption ».
- XXe siècle : pétitions (plus de 8 millions de signatures, chiffre avancé par Rome, à vérifier) ; Pie XII consulte les évêques (Deiparae Virginis Mariae, 1er mai 1946) ; constitution apostolique Munificentissimus Deus (1er novembre 1950), seule définition ex cathedra explicite depuis Vatican I (voir Infaillibilité pontificale).
Chronologie.
- vers 375-377 : Épiphane, Panarion 78.
- IVe siècle (?) : original grec du Liber Requiei.
- fin Ve-VIe siècle : manuscrits syriaques ; Décret gélasien.
- vers 590 : Grégoire de Tours.
- vers 600 : fête du 15 août à Byzance.
- vers 740 : homélies de Jean Damascène.
- 1946 : consultation des évêques.
- 1er novembre 1950 : Munificentissimus Deus.
Ce que dit la doctrine
- Marie, mère de Dieu, toujours vierge, a été élevée corps et âme au ciel au terme de sa vie terrestre.
- Elle anticipe ainsi la résurrection promise à tous les justes.
- La bulle ne tranche pas si Marie est morte ; la tradition orientale (Dormition) et la majorité de la tradition latine admettent sa mort, une minorité moderne (« immortalistes ») la nie.
- Le dogme est lié à l’Immaculée Conception : préservée du péché, elle serait préservée de la corruption du tombeau.
Arguments de ses partisans
- Ap 12:1 : la « femme enveloppée du soleil » lue comme Marie (lecture mariale ancienne, mais non exclusive).
- Ps 132:8 : « Lève-toi, Éternel, viens à ton lieu de repos, toi et l’arche de ta majesté », l’arche étant lue comme figure de Marie.
- Gn 3:15 et la nouvelle Ève : associée à la victoire du Christ sur le péché et la mort (1 Co 15:54).
- Les précédents bibliques d’enlèvement : Hénoch (Gn 5:24 ; He 11:5) et Élie (2 R 2:11) ; la résurrection de saints à la mort de Jésus (Mt 27:52-53).
- L’absence de reliques du corps de Marie, alors que l’Antiquité recueillait avidement celles des saints.
- La foi constante de la liturgie orientale et occidentale depuis le VIe-VIIe siècle.
Critiques de ses opposants
- Aucun texte biblique ne décrit ni n’annonce l’Assomption.
- Épiphane (IVe siècle), bon connaisseur des traditions palestiniennes, avoue ignorer la fin de Marie.
- L’origine apocryphe : le premier récit est un transitus que le Décret gélasien rejetait.
- Ap 12 : la femme enfante dans les douleurs (Ap 12:2) et fuit au désert (12:6), traits que l’exégèse catholique moderne elle-même lit souvent comme le peuple de Dieu.
- La méthode : un dogme défini sans témoin dans les quatre premiers siècles serait une nouveauté présentée comme révélée ; les orthodoxes, qui fêtent la Dormition, refusent qu’elle soit dogme obligatoire.
Textes clés
Gn 3:15 ; 5:24 ; 2 R 2:11 ; Ps 45:10-12 ; 132:8 ; Lc 1:28, 48 ; Mt 27:52-53 ; Ac 1:14 ; 1 Co 15:20-23, 54 ; Ap 11:19 ; 12:1-6.
Bibles et notes. Les notes des Bibles catholiques (Bible de Jérusalem, Bible Crampon) signalent la lecture mariale d’Ap 12:1 à côté de la lecture ecclésiale ; aucune traduction ne modifie le texte sur ce point.
Voir aussi
- Immaculée Conception · Culte des saints et des icônes · Infaillibilité pontificale · Tradition apostolique
- Bible éthiopienne (guèze) · Le canon éthiopien des 81 livres
Sources
- Épiphane de Salamine, Panarion 78, 11 et 78, 23-24.
- Décret gélasien (De libris recipiendis et non recipiendis), éd. E. von Dobschütz, 1912.
- Grégoire de Tours, Libri miraculorum I, 4 (In gloria martyrum).
- Jean Damascène, Homélies sur la Dormition, éd. et trad. P. Voulet, Sources chrétiennes 80, 1961.
- Stephen J. Shoemaker, Ancient Traditions of the Virgin Mary’s Dormition and Assumption, Oxford, 2002 (avec traduction du Liber Requiei éthiopien).
- Simon Claude Mimouni, Dormition et Assomption de Marie. Histoire des traditions anciennes, Beauchesne, 1995.
- Pie XII, Munificentissimus Deus, 1er novembre 1950 ; Denzinger-Hünermann n° 3900-3904.
- Hilda Graef, Mary: A History of Doctrine and Devotion, 1963 (nouv. éd. 2009).