Ressources · Les doctrines

Immaculée Conception

L'Immaculée Conception est le dogme catholique selon lequel la Vierge Marie, « dès le premier instant de sa conception », a été préservée de toute tache du péché originel, par une grâce singulière de Dieu et en vue des mérites de Jésus-Christ.

Fiche de recherche, sources indiquées. Les points marqués « à vérifier » ne sont pas encore confirmés par les sources.

En bref

L’Immaculée Conception est le dogme catholique selon lequel la Vierge Marie, « dès le premier instant de sa conception », a été préservée de toute tache du péché originel, par une grâce singulière de Dieu et en vue des mérites de Jésus-Christ. Elle ne concerne pas la conception virginale de Jésus, avec laquelle on la confond souvent. Elle a été définie par Pie IX le 8 décembre 1854. Les orthodoxes, qui honorent Marie comme « toute sainte », n’admettent pas le dogme, lié à la conception augustinienne du péché originel ; les protestants le rejettent.

Origine et généalogie

Contexte ancien. Le Protévangile de Jacques (IIe siècle, apocryphe) raconte la conception et la naissance miraculeuses de Marie, fille de Joachim et Anne ; il ne parle pas du péché originel. Des Pères célèbrent la sainteté de Marie (Éphrem le Syrien, Hymnes de Nisibe 27 : « toi et ta mère êtes seuls beaux… aucune tache en ta mère »). Contesté : d’autres Pères lui attribuent des fautes légères (Origène, Basile, Jean Chrysostome) ; Augustin exempte Marie du péché personnel « pour l’honneur du Seigneur » (De la nature et de la grâce 36, 42) mais ne traite pas clairement de sa conception.

Première attestation documentée. La fête de la Conception d’Anne existe en Orient (VIIIe siècle, homélies d’André de Crète et de Jean d’Eubée, à vérifier pour les dates exactes), sans définir l’exemption du péché. En Angleterre, une fête de la Conception de Marie est célébrée à Winchester et Canterbury vers 1030-1060, supprimée après la conquête normande puis rétablie. Le premier traité qui défend explicitement une conception sans péché est celui du moine Eadmer de Canterbury, Tractatus de conceptione sanctae Mariae (vers 1125), avec l’argument : Dieu le pouvait, il convenait qu’il le fît, donc il l’a fait (potuit, decuit, ergo fecit, formule postérieure qui résume l’idée).

Opposition des grands théologiens. Bernard de Clairvaux, dans sa Lettre 174 aux chanoines de Lyon (vers 1138-1140), blâme l’introduction de la fête comme une nouveauté. Pierre Lombard, Bonaventure et Thomas d’Aquin (Somme théologique IIIa, q. 27, a. 2) tiennent que Marie a été sanctifiée dans le sein maternel, mais après sa conception, sinon elle n’aurait pas eu besoin du Christ rédempteur.

Le tournant scotiste. Jean Duns Scot (Oxford et Paris, vers 1300-1308) répond par la « rédemption préservatrice » : il est plus parfait d’être préservé du péché que d’en être délivré ; Marie est rachetée par le Christ, mais d’avance. Les franciscains défendent la thèse, les dominicains la combattent pendant des siècles.

Diffusion.

  • Concile de Bâle, session XXXVI (1439), la déclare pieuse doctrine ; décret sans valeur reconnue par Rome, le concile étant alors en rupture avec le pape.
  • Sixte IV (franciscain) approuve un office de la fête (Cum praeexcelsa, 1477) et interdit aux deux partis de se taxer d’hérésie (Grave nimis, 1483).
  • Concile de Trente, session V (1546) : le décret sur le péché originel déclare ne pas inclure Marie.
  • Alexandre VII, Sollicitudo omnium ecclesiarum (1661).
  • Pie IX, encyclique Ubi primum (1849), qui consulte les évêques, puis bulle Ineffabilis Deus (8 décembre 1854).
  • Apparitions de Lourdes (1858), où Bernadette Soubirous rapporte les mots « Je suis l’Immaculée Conception », reçues par les catholiques comme une confirmation.

Chronologie.

  • IIe siècle : Protévangile de Jacques.
  • vers 1030-1060 : fête en Angleterre.
  • vers 1125 : traité d’Eadmer.
  • vers 1138-1140 : lettre de Bernard.
  • vers 1300-1308 : Duns Scot.
  • 1477 et 1483 : Sixte IV.
  • 8 décembre 1854 : Ineffabilis Deus.

Ce que dit la doctrine

La bulle déclare révélée par Dieu la doctrine selon laquelle Marie, dès le premier instant de sa conception, par une grâce et un privilège singuliers du Dieu tout-puissant, en vue des mérites de Jésus-Christ, Sauveur du genre humain, a été préservée intacte de toute souillure du péché originel. Marie est donc rachetée, mais d’une manière plus élevée ; elle n’est pas dite exempte de la mort ni de la condition humaine.

Arguments de ses partisans

  • Gn 3:15 : l’inimitié totale entre la femme et le serpent ; la bulle de 1854 lit ce verset comme une annonce de la victoire du Christ et de sa mère.
  • Lc 1:28 : la salutation kecharitômenè, « comblée de grâce », participe parfait qui marquerait un état durable de grâce.
  • Lc 1:42 : « bénie entre toutes les femmes », mise en parallèle avec le fruit de son sein.
  • La convenance : la nouvelle arche (Ex 25:10-11, bois incorruptible) ; la nouvelle Ève, déjà chez Justin (Dialogue 100) et Irénée (Contre les hérésies III, 22, 4).
  • La rédemption préservatrice de Scot répond à l’objection de Thomas.
  • Le sens de l’Église (sensus fidelium) : fête ancienne et consultation des évêques avant 1854.

Critiques de ses opposants

  • L’universalité du péché : « tous ont péché » (Rm 3:23 ; 5:12).
  • Marie appelle Dieu « mon Sauveur » (Lc 1:47) ; elle offre au Temple le sacrifice de purification (Lc 2:22-24 ; Lv 12:6-8).
  • Le silence de l’Écriture et des premiers siècles, et l’opposition de Bernard, de Bonaventure et de Thomas d’Aquin, docteurs reconnus par Rome.
  • Gn 3:15 : le texte hébreu porte le pronom masculin hû’, qui renvoie à la descendance (« celle-ci », la postérité, dans la Segond 1910 ; it dans la King James), alors que la Vulgate a ipsa, « elle », qui a nourri la lecture mariale.
  • La méthode : un dogme défini sans concile, par le pape seul, seize ans avant la définition de l’infaillibilité (voir Infaillibilité pontificale) ; les orthodoxes y voient un effet de la doctrine augustinienne du péché originel, qu’ils ne partagent pas.

Textes clés

Gn 3:15 ; Ct 4:7 ; Lc 1:28, 30, 42, 47 ; 2:22-24 ; Rm 3:23 ; 5:12 ; Ap 12:1.

Traductions qui la portent. La Vulgate et la Vulgate clémentine traduisent Gn 3:15 par ipsa conteret caput tuum, « elle t’écrasera la tête » ; la Bible de Douai-Reims suit (« she shall crush thy head »), tout comme de nombreuses éditions catholiques jusqu’au XXe siècle ; les traductions faites sur l’hébreu (Bible Segond 1910, King James 1611, et les Bibles catholiques modernes comme la Bible de Jérusalem) rendent le pronom par « celle-ci » se rapportant à la descendance, ou par « il ». En Lc 1:28, la Vulgate gratia plena (« pleine de grâce ») soutient la lecture d’un état de grâce ; la Segond 1910 traduit « à qui une grâce a été faite ». Ces différences sont documentées ; leur portée doctrinale est débattue.

Voir aussi

Sources

  • Protévangile de Jacques, trad. dans Écrits apocryphes chrétiens I, Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade, 1997.
  • Eadmer de Canterbury, Tractatus de conceptione sanctae Mariae, éd. H. Thurston et T. Slater, Fribourg, 1904.
  • Bernard de Clairvaux, Lettre 174.
  • Thomas d’Aquin, Somme théologique IIIa, q. 27.
  • Jean Duns Scot, Ordinatio III, d. 3, q. 1.
  • Pie IX, Ineffabilis Deus, 8 décembre 1854 ; Denzinger-Hünermann n° 2800-2804.
  • Concile de Trente, session V (1546), décret sur le péché originel, § 6.
  • Edward Dennis O’Connor (dir.), The Dogma of the Immaculate Conception: History and Significance, Notre Dame, 1958.
  • Hilda Graef, Mary: A History of Doctrine and Devotion, 1963 (nouv. éd. 2009).