Fiche de recherche, sources indiquées. Les points marqués « à vérifier » ne sont pas encore confirmés par les sources.
En bref
Imprimeur du roi François Ier pour le grec, Robert Estienne a publié quatre éditions du Nouveau Testament grec (1546, 1549, 1550, 1551). Celle de 1550, l’Editio Regia, est la première à donner des variantes de manuscrits ; elle est devenue le texte de référence du Textus Receptus dans le monde anglophone. Celle de 1551, imprimée à Genève, a introduit la numérotation des versets que toutes nos Bibles suivent encore.
Provenance et confession
Robert Estienne naît à Paris en 1503, fils de l’imprimeur Henri Estienne ; après la mort de son père, sa mère épouse l’imprimeur Simon de Colines, chez qui il se forme. Il épouse Perrette Bade, fille de l’imprimeur humaniste Josse Bade : c’est une dynastie de libraires savants. Sa langue est le français ; il maîtrise le latin, le grec et l’hébreu, sans grade universitaire connu. Laïc, il n’appartient à aucun ordre. Catholique de naissance, il est soupçonné d’hérésie par la Faculté de théologie de Paris pour ses éditions de la Vulgate ; il passe ouvertement à la Réforme en s’installant à Genève (1550-1551), où il devient bourgeois. Aucune appartenance à une société ou un cercle n’est documentée.
Vie
- Né en 1503 à Paris, fils de l’imprimeur Henri Estienne ; il reprend l’atelier familial (1526) et épouse Perrette Bade, fille de l’imprimeur Josse Bade.
- Thesaurus linguae latinae (1531), éditions savantes de la Vulgate (1528, 1532, 1540) corrigées d’après des manuscrits anciens, ce qui lui vaut l’hostilité de la Sorbonne.
- 1539 : imprimeur du roi pour l’hébreu et le latin, puis pour le grec ; il utilise les « Grecs du roi », caractères gravés par Claude Garamont.
- Censures répétées des théologiens de Paris ; après la mort de François Ier (1547), il perd son protecteur.
- 1550-1551 : il s’installe à Genève, adopte publiquement la Réforme, y ouvre un atelier. Il publie sa réponse aux censures de la Sorbonne (Les Censures des théologiens de Paris, 1552).
- Il meurt à Genève le 7 septembre 1559. Son fils Henri Estienne publiera le Thesaurus graecae linguae (1572).
Influence sur la Bible et la doctrine
Faits documentés.
- 1546 et 1549 : deux petites éditions grecques (dites O mirificam, d’après les premiers mots de la préface), fondées surtout sur Érasme et la Polyglotte d’Alcalá.
- 1550, Editio Regia (in-folio) : texte proche de la 4e/5e édition d’Érasme, avec en marge des variantes d’une quinzaine de manuscrits, désignés par des lettres grecques (dont β, qu’on identifie au Codex de Bèze, D) et de la Polyglotte (α). Les collations sont dues en partie à son fils Henri. C’est le premier apparat critique imprimé.
- 1551, Genève : texte grec entre deux latins (Vulgate et Érasme), avec les versets numérotés pour la première fois dans le Nouveau Testament. Son fils Henri raconte qu’il fit ce découpage pendant un voyage de Paris à Lyon, « en chevauchant » (inter equitandum), ce qu’on comprend souvent comme : pendant les haltes. Le découpage, parfois maladroit, coupe des phrases au milieu.
- 1553 : première Bible française entièrement divisée en versets (texte de Genève).
- L’Editio Regia contient la Comma Johanneum et lit « livre de vie » en Ap 22:19, comme Érasme.
- Au XIXe siècle, F. H. A. Scrivener et d’autres ont pris l’édition de 1550 comme texte de collation standard ; en Angleterre, « Textus Receptus » désigne souvent ce texte d’Estienne.
Interprétation. Estienne a fait entrer la philologie dans l’édition du Nouveau Testament : il a montré au lecteur que les manuscrits diffèrent, tout en gardant le texte traditionnel. Ses variantes ont été utilisées plus tard pour argumenter contre ce même texte. Sa numérotation a facilité les concordances et la mémorisation, mais elle a aussi encouragé la lecture par versets isolés, détachés de leur contexte, ce que lui reprochent des lecteurs de toutes écoles.
Financement et réseaux
- Documenté : charge d’imprimeur du roi (privilèges, caractères royaux), entreprise familiale commerciale. À Genève, atelier privé, avec la clientèle des réfugiés.
- Allégué : la Sorbonne l’a accusé d’avoir emporté à Genève les poinçons des Grecs du roi ; il n’emporta que des matrices, et la question a été réglée par la suite (à vérifier dans le détail).
- Non démontré : aucun financement extérieur de ses éditions bibliques au-delà du patronage royal.
Signaux d’alerte
Aucun signal documenté. Son patronage (imprimeur du roi) est officiel ; il a signé ses éditions et publié ses démêlés avec la Sorbonne. L’accusation d’avoir emporté du matériel royal à Genève concerne la propriété des matrices, non le texte. Rien de suspect.
Pourquoi cette note
Quatre étoiles : éditions soignées, premier apparat critique, numérotation des versets, exil pour sa foi. Réserves : texte fondé sur Érasme sans examen nouveau (la Comma et Ap 22:19 y restent), et un découpage en versets parfois maladroit, qui coupe des phrases.
Voir aussi
- Textus Receptus
- Érasme
- Théodore de Bèze
- Polyglotte d’Alcalá
- Frederick Henry Ambrose Scrivener
- Bible de Genève française
- King James 1611
Sources
- Elizabeth Armstrong, Robert Estienne, Royal Printer, Cambridge, 1954 (rééd. 1986).
- Jordan S. Penkower, « Verse Divisions in the Hebrew Bible », Vetus Testamentum 50 (2000) (sur la Bible hébraïque ; pas sur le Nouveau Testament de 1551).
- Bruce M. Metzger et Bart D. Ehrman, The Text of the New Testament, 4e éd., Oxford, 2005.
- Henri Estienne, préface à sa Concordance du Nouveau Testament (1594), récit du voyage.