Fiche de recherche, sources indiquées. Évaluation proposée, pas encore confirmée. Les points marqués « à vérifier » ne sont pas encore confirmés par les sources.
En bref
Le Pentateuque samaritain n’est pas une traduction mais une forme hébraïque des cinq livres de Moïse, conservée par les Samaritains, qui ne reconnaissent que ces cinq livres. Il est écrit dans une écriture dérivée de l’ancien alphabet paléo-hébreu. Il compte quelques milliers de différences avec le Texte massorétique, dont la plupart sont minimes, mais quelques-unes sont des changements volontaires en faveur du mont Garizim.
Histoire
Documenté : la rupture entre Samaritains et Juifs s’approfondit à l’époque perse et hellénistique ; le temple samaritain du Garizim est détruit par Jean Hyrcan vers 110 av. J.-C. Les spécialistes datent la forme sectaire du texte du IIe ou du Ier siècle av. J.-C. Le texte de base est plus ancien : plusieurs manuscrits de Qumrân (dits « pré-samaritains », comme 4QpaléoExod^m) ont les mêmes leçons, sans les ajouts sur le Garizim.
Tradition samaritaine : les Samaritains de Naplouse gardent le « rouleau d’Abisha », qu’ils attribuent à un arrière-petit-fils d’Aaron. Les études paléographiques le datent du Moyen Âge (XIIe-XIVe siècle pour l’essentiel).
En Occident, le texte fut redécouvert quand le voyageur Pietro della Valle en acheta un exemplaire à Damas en 1616. Le prêtre oratorien Jean Morin le publia, et il entra dans la Polyglotte de Paris (1629-1645, volume du Pentateuque paru en 1632). Les catholiques s’en servirent alors pour mettre en doute l’autorité du texte massorétique défendue par les protestants.
Texte source et méthode
On compte environ 6 000 différences avec le texte massorétique. La plupart sont orthographiques ou grammaticales. Environ 1 900 s’accordent avec la Septante contre le massorétique, ce qui montre une tradition hébraïque ancienne. D’autres sont des harmonisations (passages des Nombres complétés par ceux du Deutéronome).
Changements sectaires (documentés) :
- Dt 27:4 : l’autel doit être bâti sur le Garizim au lieu de l’Ébal.
- Après le dixième commandement (Ex 20 et Dt 5), un ajout ordonne de bâtir un autel sur le Garizim.
- Dans le Deutéronome, « le lieu que l’Éternel a choisi » au lieu de « choisira » : le lieu est déjà fixé (Sichem et le Garizim), alors que le massorétique le laisse à venir, et que la tradition juive l’identifie à Jérusalem. Certains spécialistes (Adrian Schenker) tiennent la forme « a choisi » pour ancienne ; le débat reste ouvert.
Fait notable : sur Dt 27:4, certains spécialistes pensent que « Garizim » pourrait être la leçon originale et « Ébal » une correction juive (un fragment de Qumrân et la Vetus Latina vont dans ce sens). C’est débattu ; à vérifier avant d’en faire un argument.
Chronologie : en Genèse 5 et 11, le samaritain a encore d’autres chiffres que l’hébreu massorétique et la Septante. C’est un troisième témoin pour les calculs de l’âge du monde.
Passages témoins
| Passage | Traitement |
|---|---|
| Mt 24:34 | sans objet (Pentateuque seulement) |
| Ap 1:1 | sans objet |
| 1 Jn 5:7-8 | sans objet |
| Mc 16:9-20 | sans objet |
| 1 Tm 3:16 | sans objet |
| Ap 22:19 | sans objet |
Témoin propre : Dt 27:4 (Garizim) et le commandement ajouté en Ex 20.
Notes, livres et doctrine
Seulement la Torah. Ni prophètes ni écrits. Il existe aussi un Targoum samaritain (en araméen) et une traduction arabe médiévale. Jn 4:20 (« nos pères ont adoré sur cette montagne ») montre la querelle déjà vive au temps de Jésus.
Ce qu’on lui reproche
- « Vous avez falsifié votre Torah » (sages juifs du IIe siècle) : Rabbi Éléazar bar Siméon le dit aux scribes samaritains à propos de Dt 11:30, où le samaritain ajoute « en face de Sichem » pour situer les monts Garizim et Ébal (Talmud de Jérusalem, Sota 7:3 ; Talmud de Babylone, Sota 33b). Pourquoi : pour les Samaritains, ce n’est pas un ajout mais le texte de Moïse. Réponse samaritaine : ce sont les Juifs, depuis Esdras, qui auraient changé l’écriture et le texte, en particulier « Garizim » en « Ébal » en Dt 27:4.
- Le dixième commandement ajouté (Ex 20:17 et Dt 5:21 samaritains) : un long ajout, fait de Dt 11:29-30 et Dt 27:2-7, ordonne l’autel sur le Garizim. Le reproche vient des critiques textuels modernes (Tov, Pummer), qui y voient la principale retouche sectaire, absente des manuscrits pré-samaritains de Qumrân. Pourquoi : légitimer le sanctuaire samaritain face à Jérusalem ; c’est la lecture des Samaritains eux-mêmes, qui en font un commandement.
- « A choisi » au lieu de « choisira » (une vingtaine de fois dans le Deutéronome) : reproche juif et critique classique. Réponse : Adrian Schenker et d’autres tiennent « a choisi » pour une forme ancienne, attestée aussi par des témoins grecs et latins ; la question reste ouverte.
- Un texte « populaire » et harmonisé (Wilhelm Gesenius, De Pentateuchi Samaritani origine, indole et auctoritate, 1815) : Gesenius classa les variantes et conclut que presque toutes sont des corrections, des harmonisations (l’Exode et les Nombres complétés par les discours du Deutéronome) ou des simplifications, sans valeur pour corriger l’hébreu. Ce jugement domina tout le XIXe siècle. Réponse : Qumrân a montré que ces harmonisations existaient déjà dans des manuscrits juifs (4QpaléoExod^m, 4QNum^b) : elles ne sont pas samaritaines, mais d’un type de texte ancien.
- L’arme des catholiques contre les protestants (XVIIe siècle) : l’oratorien Jean Morin (Exercitationes ecclesiasticae in utrumque Samaritanorum Pentateuchum, 1631) l’utilisa pour montrer que le texte massorétique n’était pas intact. Les protestants (Johann Heinrich Hottinger, Exercitationes anti-Morinianae, 1644) l’accusèrent alors d’être un texte sectaire et corrompu. Interprétation : le débat portait autant sur l’autorité de l’Écriture seule que sur le texte.
- Gn 2:2 « le sixième jour » (avec la Septante et la Peshitta) au lieu de « le septième » : les critiques y voient une correction pour éviter que Dieu « achève » son œuvre le jour du repos. On ne connaît pas le motif des scribes.
- Ex 12:40 : « en Canaan et en Égypte » ajouté (aussi dans la Septante), ce qui fait entrer les patriarches dans les 430 ans. Les défenseurs de cette leçon rappellent que Ga 3:17 compte 430 ans depuis la promesse ; ceux du massorétique y voient une harmonisation chronologique.
Versets ajoutés ou retirés
- Ajouts propres : le commandement du Garizim après Ex 20:17 et Dt 5:21 ; « en face de Sichem » en Dt 11:30 ; « Garizim » en Dt 27:4.
- Genèse 4-8 - allons aux champs : présent (« Allons aux champs »), avec la Septante.
- Deutéronome 32-8 - fils d’Israël ou fils de Dieu : « fils d’Israël », comme le massorétique.
Pourquoi cette note
Interprétation : comme témoin textuel, il est précieux (il confirme souvent la Septante et Qumrân). Mais certains passages ont été modifiés pour servir une doctrine (le Garizim), au moins pour l’ajout d’Ex 20, que les manuscrits pré-samaritains de Qumrân n’ont pas ; le critère est le même que pour toute retouche confessionnelle du texte, juive, chrétienne ou samaritaine, ce qui correspond au bas du barème. La note 2 tient compte de ces deux faces : texte ancien de valeur, mais retouché aux endroits qui touchent au lieu du culte.
Voir aussi
Texte massorétique · Septante · Manuscrits de la mer Morte · Targoums
Sources
- Emanuel Tov, Textual Criticism of the Hebrew Bible, Fortress, 3e éd. 2012, ch. 2.
- Reinhard Pummer, The Samaritans: A Profile, Eerdmans, 2016.
- Adrian Schenker, « Le Seigneur choisira-t-il le lieu de son nom ou l’a-t-il choisi ? L’apport de la Bible grecque ancienne à l’histoire du texte samaritain et massorétique », dans A. Voitila et J. Jokiranta (dir.), Scripture in Transition: Essays on Septuagint, Hebrew Bible, and Dead Sea Scrolls in Honour of Raija Sollamo, Leyde, Brill (JSJ Supplements 126), 2008, p. 339-351.
- Stefan Schorch (dir.), édition critique du Pentateuque samaritain, De Gruyter, en cours depuis 2018.
- Talmud de Jérusalem, Sota 7:3 ; Talmud de Babylone, Sota 33b.
- Wilhelm Gesenius, De Pentateuchi Samaritani origine, indole et auctoritate, Halle, 1815.
- Jean Morin, Exercitationes ecclesiasticae in utrumque Samaritanorum Pentateuchum, Paris, 1631 ; Johann Heinrich Hottinger, Exercitationes anti-Morinianae, Zurich, 1644.
- James D. Purvis, The Samaritan Pentateuch and the Origin of the Samaritan Sect, Harvard University Press, 1968.