En bref
Autodidacte de Cornouailles, sans diplôme universitaire, Samuel Prideaux Tregelles a consacré sa vie à une édition critique du Nouveau Testament grec (1857-1872), dans la ligne de Karl Lachmann. Chrétien fervent, lié aux Frères de Plymouth dans le parti de Benjamin Wills Newton, il est aussi un témoin capital pour l’histoire de l’Enlèvement prétribulationnel : il attribue l’origine de l’enlèvement secret aux manifestations de l’église d’Edward Irving.
Provenance et confession
Samuel Prideaux Tregelles naît le 30 janvier 1813 à Wodehouse Place, près de Falmouth, en Cornouailles, dans une famille quaker ; les Tregelles et les Prideaux appartiennent aux réseaux de la Société des Amis de l’ouest de l’Angleterre. Il fréquente l’école classique de Falmouth, puis travaille jeune dans une fonderie de fer (Neath Abbey, au pays de Galles), et apprend seul le grec, l’hébreu, l’araméen et le gallois. Dans les années 1830, il quitte les quakers pour les Frères de Plymouth ; à la division de 1845-1848, il suit Benjamin Wills Newton, son cousin par alliance, qui avait contribué à sa conversion et aidait à financer ses livres, contre John Nelson Darby. En fin de vie, il passe chez les presbytériens (peut-être les anglicans : les sources hésitent). Il n’a jamais été ordonné : les Frères n’ont pas de clergé. Sa formation est d’autodidacte, mais sa compétence est reconnue publiquement (doctorat honoris causa de l’université de St Andrews en 1850, pension de 200 livres sur la liste civile en 1862). Aucune appartenance à une société ou à un cercle n’est rapportée.
Vie
- Né en 1813 à Wodehouse Place, près de Falmouth, dans une famille quaker.
- Travaille jeune dans une fonderie, apprend seul le grec, l’hébreu, l’araméen et le gallois.
- Rejoint les Frères à Plymouth dans les années 1830 ; à la division de 1845-1848, il suit Benjamin Wills Newton contre John Nelson Darby, puis se rapproche plus tard des presbytériens.
- Pension de la liste civile en 1862. Frappé de paralysie en 1870, il achève son édition avec des aides. Meurt à Plymouth en 1875.
Influence sur la Bible et la doctrine
L’édition critique (faits). Tregelles publie An Account of the Printed Text of the Greek New Testament (1854), puis The Greek New Testament en livraisons (1857-1872). Comme Lachmann, il fonde le texte sur les manuscrits anciens seulement, en négligeant les byzantins. Il voyage pour collationner lui-même (il essaie en vain, en 1845, d’étudier le Codex Vaticanus à Rome). Il collabore aussi à l’Introduction de Thomas Hartwell Horne (vol. 4, 1856).
Le témoignage sur l’enlèvement (faits). Dans The Hope of Christ’s Second Coming (1864), il écrit qu’il ne connaît aucun enseignement précis d’un enlèvement secret de l’Église avant qu’il ne soit donné comme une « parole » (utterance) dans l’église d’Irving, reçue là comme la voix de l’Esprit, et que la doctrine moderne en est issue, non de l’Écriture. Il rejette lui-même cet enseignement : pour lui, l’Église passera par la tribulation. C’est un témoin direct, membre des Frères, hostile à Darby ; son témoignage est donc précieux, mais il faut savoir qu’il était partie dans le conflit avec Darby.
Interprétation. Tregelles est un cas instructif : il est futuriste et prémillénariste (comme Newton), mais il refuse l’enlèvement secret et le dénonce comme nouveauté ; son témoignage est donc celui d’un futuriste, non d’un adversaire de toute eschatologie future. Sur le texte, il contribue au même mouvement que Lachmann et Tischendorf, avec une piété réelle et la conviction de servir l’Écriture.
Financement et réseaux
- Documenté : travail largement fait à ses frais, avec des souscriptions privées ; pension de l’État britannique en 1862. Réseau des Frères de Plymouth (parti de Newton).
- Allégué : rien de notable.
- Non démontré : aucun commanditaire institutionnel.
Signaux d’alerte
Aucun signal documenté. Une autorité sans diplôme pourrait évoquer le signal 6 (ascension inexpliquée), mais elle s’explique entièrement par son travail publié, vérifiable et reconnu par ses pairs, y compris ses adversaires. Son financement (souscriptions, pension publique) est connu. Rien ne justifie une enquête plus poussée.
Pourquoi cette note
★★★☆☆ selon les critères neutres du barème. Honnêteté, indépendance et transparence : un travail honnête et coûteux, fait à ses frais, avec des collations personnelles, et un témoignage historique de premier ordre sur l’origine de l’enseignement de l’enlèvement secret, rapporté comme souvenir d’un témoin (partie au conflit avec Darby, ce qu’il faut garder en tête). Fidélité au texte : une édition qui néglige les manuscrits byzantins, choix discuté entre écoles. Apport réel, mêlé d’un principe textuel contesté. La note ne dépend pas de son eschatologie.
Voir aussi
- Les Frères de Plymouth · John Nelson Darby · Edward Irving · Margaret MacDonald · Enlèvement prétribulationnel
- Karl Lachmann · Constantin von Tischendorf · Mouvement de critique textuelle · Futurisme
Sources
- S. P. Tregelles, An Account of the Printed Text of the Greek New Testament, Londres, 1854.
- S. P. Tregelles, The Hope of Christ’s Second Coming, Londres, 1864.
- E. C. Marchant, rév. J. K. Elliott, « Tregelles, Samuel Prideaux (1813-1875) », Oxford Dictionary of National Biography, 2004.
- Timothy C. F. Stunt, The Life and Times of Samuel Prideaux Tregelles: A Forgotten Scholar, Cham, Palgrave Macmillan, 2020.
- Dave MacPherson, The Incredible Cover-Up, 1975 (cite Tregelles ; ouvrage polémique).
- Wikipédia (anglais), « Samuel Prideaux Tregelles » : parents quakers, école de Falmouth (1825-1828), Neath Abbey, lien avec Newton, LL.D. de St Andrews (1850).